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Il ne manque pas un bouton de guêtre

Une allusion historique, par Jean-Claude Bologne

Si l’on ne porte plus de guêtres, l’expression "il ne manque pas un bouton de guêtre" reste vivante pour désigner, mais avec un brin d’ironie, que tous les détails sont prêts. Découvrez, avec l’historien Jean-Claude Bologne, l’origine historique de cette allusion qui remonte à la guerre de 1870 et s’utilise de nos jours notamment par les économistes !


L’origine de l’expression n’est pas réjouissante. En 1870, lors de la déclaration de guerre de la France à la Prusse, chacun a eu le temps de se préparer : la tension entre les deux pays est constante depuis au moins quatre ans. Le 15 juillet, lorsque les chambres votent la mobilisation, les pacifistes se montrent réticents. « Vous n’êtes pas prêts », avertit Adolphe Thiers. « Nous sommes prêts et archiprêts, rétorque le maréchal Le Bœuf, ministre de la guerre. La guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats. » On connaît la suite : un mois et demi plus tard, l’empire français capitule. Tous les boutons de guêtres étaient en place, mais il manquait les munitions.

Cet accessoire aujourd’hui désuet consiste en pièces de cuir ou de toile qui couvraient le dessus du pied et le mollet, et que l’on attachait aux souliers au moyen de minuscules boutons. Les guêtres viennent d’un mot francique désignant le cou-de[ied, et ne doivent donc pas être confondues avec les jambières, qui couvrent la jambe et s’arrêtent à la cheville. On parle cependant de guêtres pour les protections des jambes des chevaux.

Les boutons de guêtre sont utiles, mais peuvent paraître un accessoire dérisoire en cas de conflit. Aussi raille-t-on par cette expression l’importance accordée à des détails au détriment de l’essentiel, et une confiance abusive dans le succès d’une entreprise.

La confiance du maréchal Le Bœuf était certes excessive. L’a-t-il exprimée d’une manière aussi naïve ? Le mot nous est rapporté un quart de siècle plus tard par le général Du Barail, héros de la guerre de 1870 et successeur de Le Bœuf sous la IIIe République. Il était bien placé pour témoigner de la diffusion de ce mot dans les couloirs de l’Assemblée. Il est étonnant cependant qu’aucun journaliste ne l’ait rapporté sur le moment même. L’expression quoi qu’il en soit est entrée dans la langue, et a survécu à la disparition des guêtres.

Ainsi, en annonçant que l’armée mondiale de la régulation est en marche, un journaliste de Marianne, en août 2009, précise qu’il ne lui manque pas un bouton de guêtre. Il faisait allusion aux réformes promises dans les marchés financiers : dans la crise que nous traversons, non seulement une crise économique, mais une crise de confiance dans nos institutions financières, tout est prêt(...)


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