Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Du bois dont on fait les flûtes

Une allusion historique, par Jean-Claude Bologne

Comment l’histoire de M. le député Dubois, André de son prénom, est-elle devenue une allusion historique ? Jean-Claude Bologne nous conte cette affaire et la prospérité de ce jeu de mots.


Bookmark and Share

À l’origine de l’expression, il y a un monsieur Dubois, André de son prénom, député d’Angers sous Louis-Philippe. En 1833, le journal satyrique Charivari, qui vient de se créer, s’en prend assez méchamment à ce politicien conservateur et pusillanime, qui suit comme un petit chien les ordres du gouvernement. L’article est accompagné d’un portrait sous-titré : « Dubois dont on fait les flûtes ». Le député était donc bien taillé pour prendre part au concert de louanges qu’attendait le nouveau roi.

Tout aurait pu en rester là, si le sieur Dubois n’avait également été président de la Cour d’Assise. Prenant prétexte d’un mauvais compte rendu d’une affaire judiciaire, il poursuit le journal et le fait condamner. Grossière erreur ! Le Charivari va aussitôt le prendre comme tête de Turc, et ne cite plus son nom qu’en l’assortissant de ce jeu de mots blessant. Nouvelles poursuites, nouvelle condamnation. Le journal, implacable, parlera désormais du député Dubois... dont on ne fait pas les flûtes. On ne peut rien lui reprocher : il s’abrite derrière le jugement. Les rieurs sont de son côté, et le jeu de mots prospère, se décline jusqu’à devenir une allusion historique.

On parle aussi bien du bois dont on fait les royautés que de la magistrature dont on fait les flûtes.
Lorsqu’elle est citée dans sa forme complète, l’expression dénonce un homme timoré, qui adopte facilement l’opinion dominante, qui sera toujours de l’avis du pouvoir. C’est dans ce sens qu’on la retrouve, par exemple, dans la chanson de Georges Brassens, « Auprès de mon arbre » :
« On était du même bois
Un peu rustique, un peu brut,
Dont on fait n’importe quoi
Sauf, naturell’ment, les flûtes... »

Mais on peut fort heureusement tirer du bois des hommes d’une autre espèce. Le bois dont on fait les gestionnaires, les artistes, les sportifs, est plus valorisant, et l’allusion du départ est alors bien oubliée. Selon un journaliste des Échos (24 août 2009), le président du directoire des thermes de Saujon est du bois dont on fait les gestionnaires. Rien d’étonnant, il s’appelle Thierry Dubois...

Ecoutez également :

Jean-Claude Bologne est historien, essayiste et romancier.

Jean-Claude Bologne,(...)


© Canal Académie - Tous droits réservés

Notez cette émission :

Pour poursuivre la lecture de cet article et écouter cette émission,
devenez membre du Club pour 25€ par an seulement ! abonnez-vous ici Déjà abonné ? identifiez-vous

Commentaires