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Composition française de Mona Ozouf

présenté par Jean Mauduit

Une enfance bretonne, c’est riche ! Et cela donne matière à un livre magnifique. Mona Ozouf, au-delà de son vécu, s’appuie sur cet apprentissage difficile pour poser des questions fondamentales. Pourquoi la France de la République a-t-elle tant de mal à accepter une pluralité régionale toujours perçue comme une menace ? Pourquoi certaines régions ont-elles si facilement tendance à se sentir mal aimées de cette République centralisatrice ? Mona Ozouf apporte une lumineuse réponse : comment elle a, non sans tâtonnement ni repentir, réussi sa Composition française.


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Composition française fait un peu scolaire, mais il s'agit d’un intitulé au deuxième degré !
Le sous-titre révèle le clin d’œil : Retour sur une enfance bretonne. La composition française, c’est la façon dont les identités régionales ou locales parviennent à se rassembler sans se renier pour constituer une nation. Relation dialectique, s’il en est, entre le particulier et l’universel.
C'est une relation que Mona Ozouf a vécue avec une intensité particulière et pour cause, son père, mort très jeune et qu’elle a à peine connu, était un militant de la langue bretonne et qui s’affirmait « patriote breton ». Bien qu’il fût né d’une famille plutôt bourgeoise où l’on ne se préoccupait pas d’identité régionale, les brimades qu’il avait eu à subir, à l’Ecole normale d’instituteurs de Saint Brieux, de par la pédagogie en effet normalisante qu’on y pratiquait et à cause d’un directeur odieux, lui avaient paru autant de manifestations de l’impérialisme français.

On pourrait penser que l’expression paraît à la fois disproportionnée et un peu réductrice mais pas vraiment. Les révoltes sont toujours vécues au singulier et chacun tire de sa sujétion personnelle des conclusions générales, qui se transforment aisément en posture idéologique. Quoi qu’il en soit, la petite Mona devenue orpheline va connaître une enfance triste, entre l’ombre exigeante de son père et le deuil accablant de sa mère, dans la Bretagne profonde qu’incarne sa grand-mère maternelle qui partage leur vie. Cette grand-mère à elle seule résume l’ambiguïté du statut régional. Tout en elle, son histoire personnelle – elle est originaire de Lanillis, à l’autre bout de la province – sa langue, ses coiffes, ses pratiques de chaque jour, attestent son enracinement. Mais elle écoute Tino Rossi à la radio et connaît tout, refrain et couplets de : « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ». Enfance bretonne donc, mais laïque car c’est une école maternelle de la République que dirige la mère de Mona, à Plouha, dans un bâtiment tout neuf amarré en pleine terre de catholicité. Pour tout simplifier en effet le clivage est double. A la frontière invisible qui tend à mettre en opposition le vécu de la bretonnité (ou de la(...)


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