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Anna de Noailles et le voyage à Constantinople

avec Christine Peltre, directeur de l’Institut d’Histoire de l’art à Strasbourg

Anna de Noailles a entretenu des relations avec nombre d’académiciens, Henri de Régnier, Maurice Barrès, Pierre Loti, et bien d’autres. Dans son oeuvre, comme dans sa vie, elle puise son inspiration dans un unique voyage à Constantinople. En ce sens, elle est un précieux témoin de la fascination des artistes et écrivains du XIX e pour l’Orient. Christine Peltre, notre invitée, explique pourquoi.


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Parmi les grands voyageurs des XVIIIe et XIXe siècles, on compte plusieurs femmes, et on les oublie trop ! Il y eut en effet beaucoup de femmes voyageuses. Le voyage au féminin, tel est le titre d’un livre regroupant diverses collaborations, dirigé par Nicolas Bourguinat, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Strasbourg.
Parmi ces collaborations, celle de Christine Peltre, intitulée Du bain turc au Gulistân, Anna de Noailles et le voyage à Constantinople.

Anna de Noailles est née à Paris en 1876, dans une famille à l'environnement très oriental, son père était un Brancovan, famille qui régna sur la Valachie, et sa mère, une Musurus de Constantinople.

En 1887, elle voyage par le train avec sa mère et sa sœur, à Constantinople. Elle a 11 ans à peine, c’est une petite fille mais assez grande pour conserver des souvenirs. Elle y reste trois mois. Ce fut une découverte décisive pour sa vie et pour son œuvre.
Dans Les éblouissements (1907), elle écrit :

J'ai vu Constantinople étant petite fille
Je m'en souviens un peu
Je me souviens d'un vase où la myrrhe grésille
et d'un minaret bleu.


Au retour, dans le bateau, elle croise Pierre Loti, elle se souviendra plus tard de l'acuité de son regard.

Les échos de ce voyage sur les rives du Bosphore résonneront dans toute son œuvre, tant en prose qu’en vers, notamment dans Le Livre de ma vie (paru en 1932 et qui vient d'être réédité ) et dans son œuvre De la rive d’Europe à la rive d’Asie. Christine Peltre souligne combien Anna de Noailles accorde une place privilégiée aux œuvres d’art : « elle emprunte ses modèles à la grande peinture », à celles de Delacroix, de Théodore Chasseriau, d’Ingres…. Elle démontre qu'elle est tributaire des arts plastiques tant pour construire sa vision du monde et de l'Orient que pour construire sa propre identité.

Car les autres, à Paris, la voient comme une orientale. Elle-même entretient cette image. Henri de(...)


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