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L’édition originale n’est pas extravagante !

par le bibliologue Betrand Galimard Flavigny

Il vous est sans doute arrivé en regardant à la dernière page d’un roman, pas l’un des derniers parus, mais publié il y a au moins une cinquantaine d’années - déjà !- de lire cette indication qui semble un peu mystérieuse : "Il a été tiré de cet ouvrage trente-cinq exemplaires sur vélin pur chiffon des papeteries Lana, dont vingt-cinq exemplaires numérotés de 1 à 25 et dix exemplaires hors commerce numérotés de de H.C I à H.C. X, le tout constituant l’édition originale."


Originale ! avec un e final indiquant le féminin. Un maître mot pour tous les amateurs de livres. A l’occasion de la rentrée littéraire, nous pouvons faire le point sur l’histoire de ces premières impressions.

Au XVe siècle, dès l’apparition de l’imprimerie, les amateurs collectionnaient déjà les premières impressions des classiques qu'ils appelaient les "éditions princeps". On parla ensuite de "première édition". A la fin du XVIIIe siècle, la Convention tenta de définir "l'édition originale" en désignant l'édition authentique et en accord avec l'auteur afin d'établir une jurisprudence pour les temps futurs. "Originale" correspondait à "honnête", à "véritable".
A l'époque, certains libraires, notamment en Belgique, ne s'embarrassaient pas de scrupules et imprimaient des ouvrages, sans autorisation des auteurs, lançant ainsi sur le marché des "contrefaçons". Cette pratique se poursuivit encore jusque vers le milieu du XIXe siècle.

Il nous faudrait encore distinguer l'édition originale de l'édition définitive d'un texte. Ce qui est, après tout, assez facile à admettre et à vérifier grâce aux dates de parution figurant sur les pages de garde. Certains auteurs n'ont cessé d'apporter des corrections et des modifications à leurs œuvres. Ronsard retravaillait constamment ses poèmes. La Bruyère présente, de 1688 à 1699, neuf éditions des Caractères qui s'améliorent de l'une à l'autre. Balzac lui-même était un correcteur impénitent et seule l'édition complète de ses œuvres imprimées par Houssiaux en 20 volumes (in-8°) de 1842 à1855 peut être considérée comme définitive. Quoiqu'il en soit, dans notre langage d'aujourd'hui, "originale" désigne les exemplaires d'une première édition, imprimés sur "grand papier" et numérotés. Les autres exemplaires étant considérés comme ceux de "l'édition courante", par conséquent de moindre valeur.

Cette notion d’originale fut institutionnalisée vers la fin du XIXe siècle. Les éditeurs imprimaient quelques exemplaires, pour leur seul plaisir, sans but commercial, sur papier de Hollande ou sur Chine, qu'ils se réservaient avec l'auteur. Ces "grands papiers" permettaient d'obtenir une meilleure qualité d'impression essentiellement des gravures. Les bibliophiles virent là une nouvelle occasion de collectionner et recherchèrent ces exemplaires hors commerce ; les libraires ne manquèrent(...)


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