Le sculpteur Pierre-Edouard reçu sous la Coupole

Au sein de l’Académie des beaux-arts
Avec Marianne Durand-Lacaze
journaliste

Le sculpteur Pierre-Edouard succédant à Albert Féraud a été officiellement installé au sein de l’Académie des beaux-arts par son confrère, le sculpteur Gérard Lanvin. Canal Académie vous propose d’écouter la retransmission de cette cérémonie du 10 mars 2010 sous la Coupole de l’Institut de France.

Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : cou536
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Installation de Pierre-Edouard au sein de l’Académie des beaux-arts, Institut de France, 10 mars 2010
© Brigitte Eymann\/Académie des beaux-arts



La section de sculpture de l'Académie compte désormais sept membres : Jean Cardot, Gérard Lanvin, Claude Abeille, Antoine Poncet, Eugène Dodeigne, Brigitte Terziev.


Gérard Lanvin a prononcé le discours d'installation de Pierre-Edouard, élu dans la section sculpture, le 28 mai 2008 au fauteuil d'Albert Féraud. Pierre Edouard a souhaité que son discours soit prononcé par la voix de son ami Alain Zaepffel contre-ténor et fondateur de l'Ensemble Gravida. Selon l'usage, le discours de Pierre-Edouard fait l'éloge de son prédécesseur.



Né dans une famille d'artistes, fils du peintre Charles Maussion, Pierre-Edouard, nom d'artiste qu'il s'est choisi, a réalisé ses premières sculptures dès l'âge de quatorze ans tout en poursuivant son apprentissage de dessinateur et de peintre. Ses œuvres de jeunesse sont influencées par la statuaire Khmer et par Giacometti. Puis il se lance dans l'abstrait et fait de Rothko sa référence fondamentale. Pourtant il revient à la figuration après ce passage à l'abstraction dont il garda précieusement les stigmates. Son œuvre peinte côtoie une œuvre dessinée et gravée d'où naissent ses premières "têtes" et son œuvre sculptée vient plus tard en guise de synthèse. Gérard Lanvin a évoqué parmi les œuvres et les thèmes de Pierre-Edouard, "L'Homme à terre", "Femmes à l'échelle", Eve. Au début des années quatre-vingt-dix, Pierre-Edouard renoue avec la sculpture, à laquelle il décide de se consacrer prioritairement. En 2001, le public découvre ses sculptures en apesanteur, des figures de femme à partir du thème d'Eve ou de Noût. En 2003, il a reçu le Grand Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco. En 2008, il est élu à l'Académie des beaux-arts au fauteuil du sculpteur Albert Féraud.


Gérard Lanvin et Pierre-Edouard, membres de l’Académie des beaux-arts, lors de l’Installation sous la Coupole de Pierre-Edouard, le 10 mars 2010
© Canal Académie




Extraits du discours de Gérard Lanvin :


...D'ores et déjà, vous apparaissez comme hors normes, l'esprit non prévenu, lucide. Vous ne pouvez pas vous passer de la forme humaine et vous cherchez néanmoins toujours à l'éviter. Quoi que vous fassiez vous la rencontrez.

Vous êtes fasciné par le tragique pascalien. C'est le Pascal de la géométrie du hasard, du vertige face aux infinis, du fragment, du contraste hallucinant des clairs et des sombres, des ruptures abruptes et des interrogations sans fin. Cette ascèse pascalienne, vous la retrouverez chez Glenn Gould, qui, vous me l'avez souvent dit, est le créateur qui vous a le plus profondément marqué par sa pensée ; sans doute pour cette modulation sans début ni fin, et pour sa manière d'interpréter Bach en regard de la mort, mais dans un instant présent éternel.

Ce qui vous passionne véritablement dans toute création, c'est lorsque la rigueur géométrique est poussée tellement loin qu’elle en devient, dites-vous, lyrique, incandescente, et qu'elle nous donne envie de mourir par sa beauté parce qu'elle a perdu la raison.

Sculpture de Pierre-Edouard, Torse avec épaules III. 2000, 45 x 31 x 35 cm, Bronze
© Gilles Abegg



.... Je suis frappé quant à moi, dans ce que vous faites, par des axes, des torsions, des arêtes, des sillons, des surplombs. Vous avez parlé de commencer une sculpture avec l'idée d’une montagne ou d’un temple. Un corps fait naître l'idée d’un entablement. Les visiteurs de votre atelier ont pu avoir l'impression d’entrer dans un sanctuaire.

Je serais pour ma part enclin à parler plutôt de métaphore, en souhaitant qu'elle ne soit pas la visée d’un système, sans surtout qu'on dût la signaler.

Faire des séries n’implique pas une progression, mais un réajustement par rapport à une vision initiale.

Les choses chez vous sont faites à partir du vide, sans direction préétablie, progressant en aveugle et somme toute sur une vision, mais fugace, prenant fond sur un absolu, et qui touche aux origines.



Le discours d'éloge de Pierre-Edouard consacré à Albert Féraud commence par son regret de ne pas avoir connu Albert Féraud et par la description de l'atelier de son confrère disparu.


Extrait du discours de Pierre-Edouard :

Vers le fond, je découvre les œuvres restées en suspens. Cet endroit respire un travail très rude, intense, violent; avec sa dose de consumation physique, d’effort manuel.
J’ai cette impression étrange que le maître des lieux s’est juste absenté quelques minutes et qu’il va m’accueillir, souriant. Cet atelier n’a pas fini de vivre et de servir la création qui l’habite.
Mais peut-être n’est-ce là qu’un lieu commun, peut-être la mort d’un artiste, la fin d’une œuvre ne sont jamais qu’un accident qui n’aurait jamais dû se produire. Peut-être la nature interne d’une œuvre est-elle d’être un monde en expansion infinie qui ne connaît pas l’amoindrissement, la rupture, le point final. Peut-être la mort, dans l’art, n’est-elle qu’un évènement minime, anecdotique, qui va stupidement mettre un terme à quelque chose qui n’en a pas.



Dans l'atelier d'Albert Féraud, il reconnaît un tableau de Mubin Örhon, "grand seigneur de la peinture, mort dans l'oubli", meilleur ami de son père qui a guidé ses premiers pas de peintre et de sculpteur entre neuf et dix-huit ans.


Parlant de l'œuvre de Féraud, extrait du discours :

L'œuvre de Féraud est profondément lyrique. Lorsqu'on parle d’abstraction lyrique, on n'a encore rien dit. Beaucoup d’artistes abstraits se rattachent à des éléments figuratifs. Certaines œuvres de Féraud incorporent des tracés humanoïdes ou animaliers. Mais la vérité de cette œuvre prend tout de même racine dans une libération vis-à-vis de tout naturalisme au profit d’une sorte d’écriture en trois dimensions qui privilégie une pulsation interne dynamique. Sa sculpture est une danse dionysiaque.



Parlant de la sculpture, Pierre-Edouard précise : ... En ce qui me concerne, je n’ai réussi à aborder la sculpture que par une fugace articulation de plans qui s’émiettent forcément parce qu’ils n’ont pas d’assise. Ils sont dans le vide.
Ils apparaissent, disparaissent, se recommencent, indéfiniment, jusqu’à ce qu’un semblant de cohérence extrêmement fragile et ténu se fasse jour. Soudain un rapport s’établit entre quelques plans et ce rapport, aussi étrange que cela paraisse, ce rapport crée du « sens ».
Rien n’est plus beau que le surgissement de ce «sens», je dirai même de cette « logique » au sein de cet invraisemblable chaos qu’est l’espace.




Remise des insignes de chevalier de arts et lettres à Pierre-Edouard, membe de l’Académie des beaux-arts, par Arnaud d’Hauterives, Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts , le 10 mars 2010, Institut de France
© Canal Académie




Pour en savoir plus


- Pierre-Edouard sur le site de l'Académie des beaux-arts->
- Site Internet personnel de Pierre-Edouard
- Gérard Lanvin sur le site de l'Académie des beaux-arts->
- Albert Féraud sur le site de l'Académie des beaux-arts->
- Alain Zaepffel : contre-ténor, fondateur de l'Ensemble Gravida, spécialisé dans le répertoire baroque. Sa passion pour le théâtre l'a conduit à la mise en scène. Il a notamment mis en scène et dirigé Esther de Racine sur la musique originale de Jean-Baptiste Moreau à la Comédie française, en 2003. Actuellement, il est professeur au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris.

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