L’impératif de la compétitivité. Une chronique de François d’Orcival

de l’Académie des sciences morales et politiques
François d’ORCIVAL
Avec François d’ORCIVAL
Membre de l'Académie des sciences morales et politiques

L’académicien affirme que la France reste compétitive, même dans le domaine automobile où la concurrence est pourtant rude... François d’Orcival reprend ici, au micro de Canal Académie, la chronique qu’il donne, le samedi, dans Le Figaro Magazine.

_ Cette voiture allait tout casser – nos centres de recherche, nos usines, nos emplois. On avait envoyé sur place reporters et caméras découvrir le prodige de l’industrie automobile indienne qui devait déclasser nos premières gammes. Cela se passait à la fin 2008 ; le groupe Tata Motors présentait sa « Nano » à 1500 euros. Il devait en produire 250 000 par an. En dix-huit mois, sa production a tout juste dépassé le tiers de l’objectif. La vente vient de s’effondrer à quelque 500 à 600 exemplaires par mois. Trop chère pour les uns, trop pauvre pour les autres, trop dangereuse pour tous.

Car entretemps, son prix de vente a quasiment doublé – certes à cause de la hausse des matières premières, mais pas seulement. Et c’est ce qui a beaucoup rassuré nos ingénieurs : on ne peut pas fabriquer une voiture à n’importe quel prix ; sur les routes indiennes, une demi-douzaine de « Nano » sont parties en fumée ; était-ce à cause du système électrique, du pot d’échappement, du réservoir de carburant ?
Les constructeurs français et européens ont acheté des « Nano », inutile d’espionner les usines Tata, et les ont confiées à leurs laboratoires. Ils ont constaté que le même véhicule n’aurait pas pu se vendre à moins de 5 000 euros sur le marché européen. Non pas en raison des coûts salariaux, mais des normes de sécurité européennes ! Les ingénieurs indiens n’étaient donc pas plus inventifs ni plus doués que les nôtres, mais, n’ayant pas le même cahier des charges, ils pouvaient à moindre coût produire un petit véhicule de faible motorisation mais sans tenue de route ni sécurité des passagers.
La partie est donc loin d’être perdue pour les constructeurs européens dans la bataille mondiale de l’industrie. La matière grise, le talent des ingénieurs et des chercheurs, ne nous fait pas défaut. Nos centres technologiques conservent leur avance sur leurs concurrents « émergents », et leur capacité à fabriquer des véhicules de plus en plus sûrs et de plus en plus performants.

Cette bataille n’est pourtant pas gagnée. La « Nano » faisait peur à cause de son prix de vente. Si les Français vont produire leurs voitures en Roumanie ou ailleurs, c’est bien pour baisser leurs prix. Le « recalage » de notre compétitivité est urgent, disent en chœur le Médef, Rexécode, ou Philippe Varin (Peugeot) : il s’agit de réduire de 5 à 10% la charge qui pèse sur le travail. Un impératif et un défi.



Le texte de cette chronique est paru dans Le Figaro Magazine du samedi 05 février 2011. Elle est reprise ici par son auteur, avec l’aimable autorisation de l’hebdomadaire.
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