L’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, lauréat du Prix mondial Del Duca, reçoit le prix Louis Pauwels 2012

Reportage à la Société des Gens de Lettres pour le prix Louis Pauwels décerné à ce "recueilleur de lumière" pour son ouvrage "Le Cosmos et le Lotus"
Avec Virginia Crespeau
journaliste

Ecoutez la retransmission de la remise du Prix Louis Pauwels 2012 à l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, également lauréat du grand prix mondial Simone et Cino Del Duca, remis par l’Institut de France. L’écrivain Louis Pauwels était membre de l’Académie des beaux-arts. Vous entendrez ici, avec plaisir, le comédien Jean Piat donner lecture d’extraits du livre de Louis Pauwels L’apprentissage de la sérénité dans lequel il donne d’utiles conseils aux lecteurs que nous sommes tous !

Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : foc706
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Le Prix Louis Pauwels, créé en 1997, est attribué chaque année à un écrivain francophone auteur d’un essai, et couronne ainsi un ouvrage qui manifeste un esprit d’ouverture dans le débat d’idées, faisant place à la morale, à l’esthétique, à la philosophie, à la science, à la spiritualité et aux questions de société, dans le monde contemporain ou dans l’Histoire .
Ce prix nous permet d’évoquer la mémoire du romancier, poète et journaliste, Louis Pauwels, fondateur du Figaro Magazine, membre de l'Académie des beaux-arts.

Louis Pauwels (1920-1997)
© Louis Monier


Depuis 2007, suite à la donation de Madame Elina Pauwels, ce prix est remis dorénavant par la Société des Gens de Lettres, dans les salons de l’Hôtel de Massa (dans le XIV arrondissement de Paris).

Après avoir récompensé les années précédentes : en 2010 Frédéric Lenoir pour Socrate, Jésus, Bouddha : Trois maîtres de vie (Fayard), en 2009 Laure Mandeville pour La reconquête russe (Grasset), en 2008 Natacha Polony pour L'Homme est l'avenir de la femme: Autopsie du féminisme contemporain (Jean-Claude Lattès), en 2007 Alain Juppé pour France, mon pays : Lettres d'un voyageur (Robert Laffont), en 2006 Xavier Darcos pour L'école de Jules Ferry 1880-1905 (Hachette), en 2005 Jean Ferniot pour C'était ma France (Grasset), 2004 Vladimir Fédorovski pour Le Roman du Kremlin (Le Rocher), en 2003 Thierry Hentsch pour Raconter et mourir. L'Occident et ses grands récits (Bréal), cette année 2012, l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan reçoit le prix Louis Pauwels pour son ouvrage paru chez Albin Michel Le cosmos et le lotus, essai entre réflexion personnelle, partage et communication scientifique auprès d’un très large public.

Soulignons que le 14 mai 2012, ce même auteur a également été récompensé par le prestigieux prix mondial Simone et Cino Del Duca, décerné par l’Institut de France, prix littéraire le mieux doté au monde après le Nobel.


Le jury du Prix Pauwels, présidé par Jean Miot, est composé de : Jean Claude Bologne, Hélène Renard, le Pr Bernard Debré, Franz-Olivier Giesbert, Henri-Christian Giraud, Dominique Le Brun, Jean Piat, Sylviane Plantelin, Guy Sorman et Henriette Walter.


Quelques membres du jury du Prix Louis Pauwels entourant le lauréat et son épouse. De gauche à droite, Jean-Claude Bologne, président de la SGDL, Sylviane Plantelin, Henriette Walter, Hélène Renard, Jean Piat, Jean Miot, président du jury, Henri-Christian Giraud, Dominique Le Brun.
© Canal Académie





Au cours de cette cérémonie de remise de prix que vous pourrez écouter intégralement sur notre radio internet Canal Académie, après les mots d'accueil et de bienvenue prononcé par Jean-Claude Bologne, Jean Piat donne la lecture d'un texte écrit par Louis Pauwels, extrait de son livre paru en 1978, L'apprentissage de la sérénité. Louis Pauwels y consacrait un chapitre à la lecture et à la liberté du lecteur !

LECTURE ET LIBERTÉ PAR LOUIS PAUWELS

Utiles conseils aux lecteurs que nous sommes !


- Comptons, dit-il, cinq sortes de lectures. D'abord, la presse, dite d'information; nous en dirons deux mots parce que pour beaucoup de nos contemporains, elle constitue la seule lecture ou presque; si j'écris «lecture dite d'information», c'est parce que l'information ne s'y trouve pas ; où se trouve l'information ?Chez ceux qui savent : une poignée. Or ceux qui savent ne parlent pas ou très peu, ou entre eux... Faites -vous une raison.
Sur quoi d'essentiel repose donc la presse? Sur une chose, sur l'art et la manière de former des opinions ; la presse est une arme politique ; le monde étant comme toujours en guerre, la plupart de nos existences se passe sous les armes ; les armes en papier font partie du matériel moderne.
Un homme qui ne lit que des journaux et des magazines, ayant reçu autant de plomb dans la tête, mérite tout à fait sa condition de mort-vivant.
Je ne crois qu'aux hommes qui éprouvent la profonde nécessité durant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, de n'être pas sous presse, de se tenir à l'écart de l'actualité ; et je le dis avec d'autant plus de conviction que la presse est l'un de mes métiers et qu'il me passionne.

Voyons maintenant les autres formes de lectures :
- 1-la lecture de distraction, évasion en tous genres
- 2-la lecture d'acquisition, le savoir
- 3-la lecture de ravissement, les grandes œuvres littéraires
- 4-la lecture d'élévation, philosophie, sagesse, spiritualité.

Il arrive que les quatre formes se mêlent dans les grands chefs-d'œuvre ; cependant on ne lit pas que les grands chefs-d'œuvre...

- Première règle: une lecture multiforme ; vous avez besoin de distraction, vous avez besoin de savoir, vous avez besoin d'art, vous avez besoin d'âme ; toujours quatre livres au moins sous la main ; comme on varie la nourriture dans le même repas, variez la lecture ; allez d'un genre à l'autre selon l'humeur, l'incitation, l'appétit, sans hiérarchie ni complexe.
- Deuxième règle : pas de respect pour le livre, ceci est capital : ni respect de l'objet ni timidité dans son usage ; faites des marques, soulignez, écrivez dans les marges ; un livre n'est pas un cadavre dans une châsse (une châsse désigne généralement un reliquaire contenant le corps d'un saint entier, ou sa plus grande partie, voire de deux ou trois), c'est un être, dialoguez.
Second non-respect nécessaire : la lecture du commencement à la fin d'un livre n'est ni une obligation ni le témoignage d'on ne sait quel mérite ; décortiquez, prenez ce qui vous convient ; prenez le livre pour un crabe, rien n'interdit de commencer par l'intérieur, une pince ou une patte.
- Troisième règle: quotidiennement, un peu de lecture d'élévation ; sur ma table de chevet cette semaine, un policier : la distraction ; un ouvrage d'astronomie contemporaine : le savoir ; un Tchékov : le ravissement : l'enseignement de Râmakrishna : l'élévation. Je vais de l'un à l'autre, dans la journée mais de toutes façons je finis chaque soir par un peu de Râmakrishna. Pas un jour sans lecture, mais pas un jour sans élévation.

Vous me direz c'est bel et bon, mais pas d'argent, et pas de temps. Vous mentez! Vous mentez sur l'argent, à l'époque du livre de poche, avouez-le, en acheter un, n'épuiserait pas votre argent de poche. Vous mentez sur le temps : vous pouvez sauf cas extrême, consacrer une heure par jour, même fractionnée, à la lecture.
Vous ne le faites pas, c'est que vous n'en avez pas le désir ou pas la volonté ; ayez ce désir, ayez le désir de ce désir ; ayez la volonté de cette volonté.

Mes chers amis, les bons comptes faisant les bons amis, comptons : vous disposez de 2 journées pleines par semaine, durant 48 semaines, soit 96 jours ; + 30 jours minimum de vacances, de plus 15 journées sont chômées dans l'an. Addition : 141 jours au bas mot, soit la valeur diffuse de 4 mois et demi, c'est le record du monde.

Enfin, un homme me dit: «Je lirais volontiers mais la télévision...
- Eh bien, regardez la télévision, mais rarement, faites un choix strict ; tout ce qui ne vous enrichit pas, vous appauvrit. Qui vous force à demeurer collé ? Votre faiblesse, uniquement votre faiblesse.
Ben, non, ma femme aussi ; ma femme préfère que je regarde avec elle ; elle insiste ; je m'isole, la vexe, la chagrine... - Nous nous voyons déjà si peu ! - Dit-elle
- Les soins que vous devez à votre esprit, pour ne pas dire à votre âme, ne sont donc pas pour elle essentiels? La lecture est un chemin de possession de soi; votre possession de vous-même, n'est donc pas pour elle l'essentiel ?
Ben, non, j'imagine, elle s'en moque pour ainsi dire
- Et vous acceptez?
Qu'y puis-je, c'est ma femme, nous nous aimons.
- Mon cher Monsieur, divorcez, une femme qui ne tient pour rien à la vie intérieure de son mari est une parfaite étrangère, et un vampire.»

Je tenais ces propos à un homme, mais quantité d'hommes sont également pour leur épouse des empêcheurs d'être, de parfaits étrangers et des vampires ; et reconnaissons que plus de femmes que de mâles pourraient donner l'occasion d'un tel dialogue ; reconnaissons aussi que mon conseil est exagéré ; or on sait que les conseils ne sont pas faits pour être suivis, à plus forte raison les conseils exagérés... Celui-ci n'aura donc pas de conséquence fatale, tant mieux, du moins aura-t-il réveillé quelque chose et dégagé une vérité vivante du silence mortel des couples.

En résumé, et pour conclure, disons que si vous partagez tout avec un être, vous risquez de vous diminuer de moitié."

Jean Piat, membre dujury du prix Louis Pauwels
© Canal Académie



Extraits du discours de Jean Miot, président du jury :


"Vous devez vous jeter sans tarder dans le Cosmos et le Lotus paru chez Albin Michel. Vous verrez cet homme-là a les yeux dans les étoiles, mais sa vision intergalactique embrasse tout à la fois l'humain et la science.


Son livre a une vertu cardinale : après l'avoir lu, on a sentiment d'être devenu intelligent... Mais bien plus encore, il nous transmet cette version du bouddhisme : l'amour de l'homme, la plénitude de l'humanité ; c'est un livre qui pacifie comme la musique de Jean-Sébastien BACH.
Nourri de trois cultures, imprégné de Confucianisme, Trinh Xuan Thuan appartient à la dernière génération d'intellectuels vietnamiens formés «à la française» ; et sa formation scientifique a été acquise au plus haut niveau américain.
- C'est dans la langue de Molière que je me sens le plus à l'aise,- avoue-t-il; le Cosmos et le Lotus est une leçon d'écriture...
Vous éprouvez, cher Trinh Xuan Thuan, le besoin de vulgariser la science, d'écrire non seulement pour une poignée d'experts mais pour changer la vision du monde des lecteurs non initiés que nous sommes. Vous êtes, Monsieur, un merveilleux passeur de connaissances...
Votre directeur de thèse n'est autre que Lieman Spiser, l'inventeur du télescope spatial Hubble, et après un doctorat en théologie, vous ne résistez pas à l'appel du ciel, ce sera la cosmologie.
- Je voulais frissonner à la pensée que les particules de lumière du ciel qui parvenaient jusqu'à mon télescope, avaient commencé leur voyage intergalactique dès milliards d'années auparavant, alors que les atomes constituant mon corps n'avaient pas encore été fabriqués par l'alchimie nucléaire d'une étoile - écrit Trinh Xuan Thuan.

Je suis sorti de ce livre fasciné ; fasciné surtout quand j'ai appris que ce

Lotus sacré

que nous voyons briller, les soirs d'été, les quelques cent milliards de galaxies de l'univers observables, chacune contenant cent milliards de soleils, ne représentent que 0,5% du contenu total de l'univers, nous n'avons donc encore aucune idée de ce qui reste à découvrir et Trinh Xuan Thuan de citer ce texte du Petit Prince de Saint-Exupéry : «L'essentiel est invisible pour les yeux».
Dans le Cosmos et le Lotus, ce recueilleur de lumière, comme il aime à définir lui-même son travail, nous apprend la beauté de la science ; «c'est parce que le monde m'émerveille que je fais de la science» ; la nature est belle parce qu'elle est régie par des lois. La spiritualité est une autre approche de la science.

L'auteur nous rappelle utilement que les Grecs eurent une pensée révolutionnaire : les évènements naturels ne relèvent pas seulement des dieux. L'homme est capable de penser le tout, la pensée humaine peut tout appréhender ; atteindrons-nous jamais la vérité ultime ? Il ne le croit pas mais cette recherche illuminera et magnifiera toujours notre existence.
«Le savoir ne tue ni la poésie ni la mystique, encore moins la beauté».

(Ecoutez sur Canal Académie, la retransmission intégrale de ce discours prononcé par Jean Miot)

La sensibilité du scientifique : Trinh Xuan Thuan a écrit

Dans l'esprit populaire, l'activité scientifique est souvent considérée comme une entreprise purement rationnelle, basée sur la seule logique et dénuée de toute émotion, et la physique comme une science d'où toute contemplation esthétique est bannie. Les jugements de valeur n'y auraient pas droit de cité ; seuls compteraient des faits précis, froids, impersonnels.


"Nous sommes tous poussière d’étoiles"

Pourtant le scientifique que je suis est tout autant sensible à la beauté et à l'harmonie de la nature qu'un artiste ou un poète. Dans mon travail, je me laisse souvent guider par des considérations d'esthétique, qui viennent s'ajouter à celles d'ordre rationnel.

L'idée d'un travail scientifique dépourvu de tout sentiment est on ne peut plus erronée. L'homme est à la fois raison et émotion, et le scientifique, comme quiconque, ne peut dissocier son affectivité de sa raison quand il tente de dialoguer avec la nature.


La lumière me connecte au cosmos. Elle me permet de remonter dans le passé jusqu'à des temps immémoriaux, et de voir le monde en train de naître.


Qu'est-ce que la beauté en science ? C'est d'abord la beauté physique du monde, celle qui nous saute aux yeux et qui nous éblouit. Ainsi, le Soleil n'est pas seulement source de vie, de lumière et d'énergie ; il est aussi source de splendeur et d'émerveillement.

En jouant avec les gouttelettes d'eau, les molécules d'air et les cristaux de glace, en rebondissant à la surface des grains de poussière, des arbres et des montagnes, en se reflétant sur les eaux des océans et des lacs, ou en se faufilant dans les nuages et les brumes, notre astre solaire est à l'origine de spectacles naturels qui apaisent le cœur et mettent du baume à l'âme. Une beauté qui nous console souvent et parfois nous sauve.

Les plus grands savants ont exprimé un avis sans équivoque sur le rôle que joue la beauté en science. Écoutons le mathématicien français Henri Poincaré : « Le scientifique n'étudie pas la nature pour un but utilitaire.
Il l'étudie parce qu'il y trouve du plaisir ; et il y trouve du plaisir parce que la nature est belle. Si la nature n'était pas belle, elle ne vaudrait pas la peine d'être étudiée, et la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue. » Je ne peux qu'y souscrire.

Pour moi, le désir d'étudier le réel est sans aucun doute motivé en premier lieu par la perception de la beauté du monde.
Le monde n'était pas « obligé » d'être beau, mais il se trouve qu'il l'est.

Nous vivons dans un monde de merveilles optiques, et le ciel est une toile majestueuse où jouent couleurs et lumières les plus inattendues.
Pensez à l'arche multicolore d'un arc-en-ciel qui surgit au milieu des gouttes de pluie à la fin d'un orage, et dont la taille imposante, l'harmonie des couleurs et la perfection de la forme circulaire constituent un pont entre la poésie et la science et commandent l'admiration et la révérence.

À la spectaculaire beauté des couchers de soleil, ce festival de tons jaunes, orangés et rouges qui illuminent le ciel juste avant que l'astre disparaisse sous l'horizon.

Quand nous avons le blues, que la tristesse nous envahit, il suffit parfois de regarder un ciel bleu, ensoleillé et dénué de nuages pour que notre chagrin s'atténue. Les aurores boréales, ces lumières diffuses dont les couleurs, les formes et les mouvements semblent varier à l'infini, et que nous ne pouvons observer que dans les zones de hautes latitudes, sont d'une magie époustouflante.

Nous vivons au milieu d'un monde exubérant de variété et de diversité, où la nature donne sans cesse libre cours à sa créativité et son inventivité. Lors de mes fréquents voyages aux observatoires du monde entier, je suis émerveillé par les forêts de cactus dans l'aridité sauvage et majestueuse du désert d'Arizona où se dresse l'observatoire de Kitt Peak, ou la splendeur de la cordillère des Andes chiliennes où se situe l'Observatoire européen austral. Parce qu'elle est inépuisable, la magnificence de la nature ne me laisse jamais indifférent.


Confucius, philosophe chinois (28 septembre 551 av. J.-C. - 11 mai 479 av. J.-C.)

Mais la beauté du monde est davantage que celle perçue par les yeux. Je ressens aussi intensément une beauté d'ordre plus abstrait, que m'inspirent sa cohérence et son ordre. Si l'univers était totalement chaotique, s'il ne possédait aucune sorte de régularité, je ne pourrais pas faire de science. Les succès époustouflants de la science, rapportés et diffusés quasi instantanément par internet, nous font oublier que c'est presque un miracle qu'elle soit possible. C'est le cas parce que la nature présente des régularités, parce que son comportement peut être décrit par ce que nous appelons des « lois ».

L'esprit des lois

Les lois naturelles possèdent un ensemble de propriétés généralement admises qui rappellent étrangement celles attribuées à Dieu. Elles sont d'abord universelles, s'appliquant partout dans l'univers. Je suis toujours admiratif devant la grande unité de la nature quand je constate que les lois physiques qui régissent une galaxie située aux confins de l'univers dont la lumière a été émise avant même que certains atomes de mon corps ne soient fabriqués par l'alchimie nucléaire d'une étoile, soient les mêmes qui s'appliquent à notre petit coin de Terre, grain de sable dans le vaste océan cosmique. Où que nous pointions nos télescopes dans l'espace, les mêmes phénomènes physiques se présentent à nous.







Trinh Xuan Thuan, vainqueur du prix Louis Pauwels
© Canal Académie



Le site de Thuan : www.trinhxuanthuan.com

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