Michel Zink présente Henri Pourrat et le Trésor des contes

Michel Zink, secrétaire perpétuel de présente Henri Pourrat et le Trésor des contes
Michel ZINK
Avec Michel ZINK de l’Académie française,
Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

Le millier de contes recueillis par Henri Pourrat en Auvergne constitue un patrimoine, sauvé au prix d’une longue collecte de cinquante années et servi par un talent d’écriture qui les a transfigurés. Le résultat est un chef d’oeuvre unique que présente ici Michel Zink, président du Comité des rencontres Henri Pourrat, dont on a rappelé, en 2009, le cinquantenaire de la mort.
dimanche 4 octobre 2009 - réf.

Madame Boudier, Henri Pourrat et Pierre Villetard devant l’église St-Jean d’Ambert, 1955
Photo Albert Monier


Lorsqu’un livre ou une œuvre n’est plus disponible à la lecture depuis près de 40 ans, sa réédition devient un événement littéraire. C’est le cas du « Trésor des Contes » d’Henri Pourrat, qui vient d’être réédité chez Omnibus avec une préface de Michel Zink, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

L’année 2009 permet de commémorer un cinquantenaire, celui de la mort de l’auteur, Henri Pourrat, mort en 1959. Ce cinquantenaire a provoqué, à l'initiative de l'Association des Amis d'Henri Pourrat et de ses descendants, un important colloque à Ambert, lieu de naissance de Pourrat, mais aussi de nombreux spectacles, des lectures, des animations, des excursions, non seulement en France mais dans plusieurs pays étrangers, en Irlande notamment.


Michel Zink, au début de cet entretien, commence par restituer les principales données biographiques concernant Henri Pourrat.
Né à Ambert en 1887, au cœur de ce pays d’Auvergne qu’est le Livradois, alors qu'il vient d'être reçu au concours de l'Agro préparé au Lycée Henri IV, en 1908, le jeune Pourrat découvre qu'il est atteint de tuberculose et contraint désormais à vivre de longues heures allongé devant la fenêtre ouverte de sa chambre. Vingt ans plus tard, s'estimant presque guéri, il parcourt à pied les environs d'Ambert, où chacun le reconnaît à sa silhouette : homme mince, chaussures de montagne surmontées de guêtres, pantalon leggins, chapeau de feutre. C'est pourquoi, ses contes sont toujours empreints du paysage, des senteurs des plantes, des bruits et des réalités de la vie quotidienne. Et il recueille ainsi toutes sortes de contes, de fées, de sorcières, d'horreur, de brigands, desfacéties, des hagiographies, des miracles...

Sa première grande œuvre : Gaspard des montagnes, dont le titre exact est Les vaillances, farces et aventures de Gaspard des montagnes offre quatre volumes dont le 1er Le château des sept portes est paru en mai 1922. Henri Pourrat avait 35 ans. Le 4ème La tour du levant en 1931, lui vaut de recevoir le Grand Prix du Roman de l’Académie française.

Michel Zink explique ensuite la méthode particulière d'Henri Pourrat pour collecter ces contes, une quête qui l’a tenu de 1908 jusqu’en 1956 (près de cinquante ans). Durant ses rencontres, il écoute, sans rien noter, puis de retour chez lui, il rédige d'abondantes notes (qui ont été retrouvées par Bernardette Bricout, qui a rédigé l'introduction à cette réédition).

Interrogé sur sa méthode, que certains puristes "folkloristes" ont contestée, Pourrat dit : Pour les contes… suffit-il seulement de les recueillir, ce qui n’est déjà pas facile ? Neuf fois sur dix, ils sont racontés platement. Lui-même le conseillait : Il faut que la transcription redevienne une création. La suprême fidélité, comment la nommer autrement qu’art ou poésie ? Et il écrit encore : Impossible de ne pas toucher à ces contes : donnés tels quels, sans sel ni sauge, ils restent curiosités de spécialistes. Et impossible d’y toucher : ils ne sont pas tiens, ce sont des classiques de la paysannerie. Pour qu’ils se fassent leur destin, il s’agit de leur rendre sève. Les revoir verdissant, craquant, bruissant, dans un air qui sent le genêt et la roche chaude… (La porte du verger, page 132).

Henri Pourrat méditant
Photo Albert Monier




Ainsi naît l'inimitable style d'Henrii Pourrat qui ne veut pas retranscrire littéralement (méthode d’ethnologie scientifique qu’il refuse) mais qui se veut un défenseur passionné de l’adaptation, conscient néanmoins de la difficulté : Comment un conte, oral par définition, peut-il retranscrire les gestes, la voix, les mimiques, et même les silences ?

Et Michel Zink de conclure : « Les contes, il les a transfigurés ».

Le maître mot de Pourrat : la nature C’est toujours de la terre qu’est venu dans la fraîcheur tout renouveau, on peut même dire tout ordre, tout style, tout classicisme véritable. Toujours il faut revenir toucher terre. (in Toucher terre, page 121, livre écrit en 1936 puis repris en 1946).

Et encore : Il ne s’agit pas d’un retour au passé, il s’agit d’un retour à la fraîcheur. Toucher terre ! aujourd’hui, moins encore que jadis et naguère, on ne peut se passer des prés de la marguerites, des bois de la fougère, de la montagne d’où regarder d’autres montagnes, là-bas couleur du temps. Nature reste le maître-mot de tous les arts et de l’art de vivre. (Toucher Terre page 18)


Michel Zink, en médiéviste réputé, examine enfin les contes sous l'angle d'un héritage du moyen-age. Au Collège de France, il tient en effet la chaire de littérature de la France médiévale. Il souligne un premier point commun : la langue d’oc.

Pour aller plus loin :

Assistez à la conférence de Michel Zink au Collège de France « Pourrat et la vérité des contes » le mercredi 25 novembre 2009, à 17 h 30.

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