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Académie des sciences morales et politiques

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Articles

La guerre froide de la France

La guerre froide de la France

Entretien avec l’historien Georges-Henri Soutou, membre de l’Académie des sciences morales et politiques
Dans l’imaginaire collectif, la guerre froide représente une période relativement simple des relations internationales, dans lequel le jeu diplomatique des États était entièrement déterminé par l’appartenance à l’un ou l’autre des deux blocs se faisant face. L’ouvrage que Georges-Henri Soutou a récemment consacré à La guerre froide de la France (Éditions Taillandier, 2018) démontre qu’il n’en est rien. Après avoir dépouillé méthodiquement les archives du Quai d’Orsay et des autres grandes chancelleries, l’historien démontre que, dans ce gigan-tesque affrontement idéologique et politique, la France - comme les autres acteurs - n’a ces-sé de faire valoir une vision spécifique au service de ses intérêts propres tant ceux-ci pou-vaient diverger de ceux des États-Unis ou de la Grande-Bretagne. En analysant ainsi les sub-tilités du positionnement français, l’auteur révèle ainsi combien le monde bipolaire de jadis comportait déjà une part de multipolarité dont notre pays a su habilement tirer parti, au point d’être, estime-t-il, l’un des bénéficiaires de la guerre froide.

mercredi 5 septembre 2018

“Réforme du droit de la responsabilité civile”

“Réforme du droit de la responsabilité civile”

Discours du garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas devant l’Académie des sciences morales et politiques. Réponses de François Terré, membre de l’Académie, et Jean-Sébastien Borghetti, professeur de droit privé à l’université Paris 2.
Le garde des sceaux, ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas s’est rendu à l’Académie le 13 mars 2017. Après l’allocution d’accueil du président Michel Pébereau, il a exposé en grande salle des séances, devant un public de 80 personnes environ, les grands enjeux de la réforme du droit de la responsabilité civile, qu’il a qualifiée d’historique. Les cinq articles qui traitent de la matière dans le Code civil étaient en effet demeurés pour ainsi dire en l’état depuis 1804, alors même que les occasions où la responsabilité civile est engagée se sont multipliées. Le ministre a rendu hommage aux travaux qui ont éclairé la réflexion de la Direction des affaires civiles de la Chancellerie, notamment ceux du groupe constitué autour de François Terré sous l’égide de l’Académie des sciences morales et politiques. François Terré et Jean-Sébastien Borghetti, professeur de droit privé à Paris 2, ont répondu au ministre. Cette réforme prend place dans une plus vaste entreprise de modernisation du droit des obligations, qui a déjà donné lieu en 2016 à la réforme du droit des contrats, elle aussi inspirée par une équipe animée par François Terré.

lundi 20 août 2018

“L'enseignement de l'économie dans les lycées”

“L’enseignement de l’économie dans les lycées”

Colloque organisé sous l’égide de l’Académie des sciences morales et politiques, le 27 février 2017
Après l’introduction de Michel Pébereau et George de Menil, les intervenants ont fait part de leurs propositions pour un enseignement plus dynamique et plus en phase avec l’économie telle qu’elle se vit actuellement. Exemples à l’appui, Martin Hellwig (Institut Max Planck, Bonn), a rappelé que la science économique n’était pas une théorie mais un langage pour développer des modèles de compréhension de la réalité, d’où l’importance de bien définir le cadre conceptuel dans lequel se déploient les analyses. Des pédagogies employées dans l’enseignement supérieur et qui pourraient avantageusement être utilisées au lycée ont été présentées : Leo Guthart (ancien enseignant à la Harvard Business School) a témoigné de la révélation qu’avait été pour lui la “méthode des cas” (Case Method) et Jean-Marc Tallon (École d’économie de Paris) a donné l’exemple de jeux développés dans les centres d’économie expérimentale. Yann Coatanlem (président du Club Praxis) a évoqué un certain nombre d’aspects de la vie des entreprises qui devraient être davantage intégrés aux programmes, comme la comptabilité. Chacune des communications a été suivie d’échanges au cours duquel des enseignants de SES présents ont pu faire part de leur expérience de terrain. Au terme de la matinée, George de Menil a conclu qu’une amélioration était souhaitable et possible dans l’enseignement de l’économie au lycée, mais qu’au-delà des programmes, elle nécessitait une réflexion plus globale, étendue aux méthodes et aux modes d’évaluation.

lundi 20 août 2018

“Management, humanisme et performance”

“Management, humanisme et performance”

Colloque associé à la remise du prix Olivier Lecerf 2016, le 17 mars 2017.
Le Prix Olivier Lecerf pour l’année 2016 a été remis le 17 mars 2017, en présence de ses fondateurs Bertrand Collomb et Bruno Lafont, à Jean-Paul Bouchet et Bernard Jarry-Lacombe pour leur ouvrage Manager sans se renier (Éditions de L’Atelier, 2015, 144 p.), fruit de leur enquête auprès de “dirigeants et managers de proximité”. Au cours de cette cérémonie, le secrétaire perpétuel Jean-Robert Pitte a retracé le parcours des deux lauréats. Il a vu dans l’attribution de ce prix à deux cadres ayant concilié “engagement professionnel” et “engagement syndical” (en l’occurrence au sein de la CFDT et de l’Observatoire des cadres et du management) un signe positif de l’évolution des mentalités vers une vision plus sereine des rapports entre société et entreprise. La matinée a été consacrée, comme il est d’usage, à un colloque autour des thèmes développés par les lauréats, intitulé cette année “Management, humanisme et performance”.

mardi 31 juillet 2018

“Entretiens autour de Félix Ravaisson (1813-1900)”

“Entretiens autour de Félix Ravaisson (1813-1900)”

Présentés par Bertrand Saint-Sernin et Jean-Louis Vieillard-Baron.
Le 16 octobre dernier, des « Entretiens autour de Félix Ravaisson (1813-1900) » se sont tenus à l’Institut de France à l’occasion des cent cinquante ans de la parution de son ouvrage, La Philosophie en France au dix-neuvième siècle. Initiateurs de cette rencontre, Bertrand Saint-Sernin, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, et de Jean-Louis Vieillard-Baron, professeur de philosophie à l’université de Poitiers et à l’Institut catholique de Paris, souhaitaient ainsi rendre hommage au grand philosophe spiritualiste du XIXe siècle, inspirateur de Bergson et membre de l’Académie des Inscriptions et belles lettres et de l’Académie des sciences morales et politiques. Ces “entretiens” comprennent les interventions suivantes :
- “Spiritualisme et action selon Ravaisson”, par Bertrand Saint-Sernin.
- “Ravaisson, philosophe de la grâce et de la ressemblance”, par Alexandra Roux.
- “De l’habitude au sacrifice. L’itinéraire spéculatif de Ravaisson”, par Andrea Bellantone.
- “Y a-t-il trop d’esprit dans le monde ?”, par Jean-Louis Vieillard-Baron.

mardi 31 juillet 2018

Des taux d'intérêt nuls voire négatifs peuvent-ils favoriser le financement de l'économie ?

Des taux d’intérêt nuls voire négatifs peuvent-ils favoriser le financement de l’économie ?

Dans cette nouvelle chronique, Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France et membre de l’Académie des sciences morales et politiques s’interroge sur l’incongruité que représente les taux d’intérêt nuls voire négatifs durables tels que ceux que l’on connaît actuellement.

mercredi 18 juillet 2018

“L'Église, le Vatican et sa communication”

“L’Église, le Vatican et sa communication”

Communication de Philippe Levillain, membre de l’Académie des sciences morales et politiques
L’orateur a commencé son exposé par une évocation de Vatican II (1962-1965), car c’est à cette occasion que, de son point de vue, l’opinion publique s’est introduite à l’intérieur de l’Église catholique, du moins à son sommet. Une évolution qu’il juge regrettable car “à la verticalité du message dont l’Église est censée être le relais, on opposa l’horizontalité de l’instant, du moment, de la vérité brutale des mots. Finalement, à la tentation du perfectus, on substitua le progressus, le renouvellement substantiel permanent”. D’où les efforts importants de la papauté pour adapter sa communication, notamment via la médiatisation accrue des papes qui, depuis Jean-Paul II, ne s’expriment plus seulement à travers les anciens canaux formels mais n’hésitent pas à se livrer aux questions des journalistes et même à mettre en scène leur personnalité et leurs voyages, devenant ainsi des “figures familières d’une opinion mondialisée”.

mercredi 11 juillet 2018

Celui qui disait non, d'Adeline Baldacchino

Celui qui disait non, d’Adeline Baldacchino

Par Haïm Korsia, membre de l’Académie des sciences morales et politiques.
Le 13 juin 1936 dans le port de Hambourg où Hitler vient baptiser un navire, August Landmesser, un jeune ouvrier allemand est seul à ne pas faire le salut nazi, geste ou plutôt non geste immortalisé sur la photo prise par un journaliste. Fascinée par cet homme, Adeline Baldacchino a mené l’enquête sur cet homme avant de lui redonner vie dans un roman (Celui qui disait non, Fayard, 2018). Haïm Korsia, membre de l’Académie des sciences morales et politiques et grand rabbin de France depuis 2014, explique pourquoi ce livre l’a particulièrement touché.

mercredi 11 juillet 2018

“Comment le djihadisme recrute grâce aux réseaux sociaux”

“Comment le djihadisme recrute grâce aux réseaux sociaux”

Communication de M. Gilles Keppel, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris
Dans son exposé, l’orateur a notamment rappelé qu’à chacune des phases du djihadisme contemporain, avaient correspondu un mode d’expression et des vecteurs de transmission distincts. Dans la première phase, qui commence autour de 1979 avec la révolution iranienne et l’intervention soviétique en Afghanistan, la mobilisation se fait essentiellement par l’écrit. L’apparition au grand jour d’Al-Qaida en 1998 inaugure une seconde phase, qui porte le djihad en dehors du monde musulman. Ses textes de propagande sont désormais diffusés via Internet et c’est à la télévision que sont rendus publics ses “exploits”. Les attentats, soigneusement planifiés, sont l’objet d’une mise en scène spectaculaire : les images du 11 septembre tournent en boucle, de longues semaines, sur les télévisions. À cette date, l’avènement des réseaux sociaux a déjà ouvert la voie à un nouveau type de djihad, dont l’organisation n’est plus hiérarchique mais cherche à susciter de multiples initiatives locales, au cœur même des pays occidentaux. Les auteurs des attentats qui frappent la France depuis 2012 s’inscrivent dans cette logique.

jeudi 5 juillet 2018

“Le cinéma, les séries télévisées, la bande dessinée : fabriques d'opinion”

“Le cinéma, les séries télévisées, la bande dessinée : fabriques d’opinion”

Communication de M. Hubert Védrine, ancien ministre
Dans cette communication prononcée, le 18 juin 2018 l’orateur a souligné que, si pour une bonne part, films, séries et bandes dessinées sont avant tout une transposition du monde dans lequel vivent leurs créateurs, ils ne sont pas, pour autant, un reflet passif et neutre car la puissance subjuguante de l’image porte en elle-même une force de conviction. Ainsi lorsque Hergé, dans le Lotus bleu, attira l’attention sur les événements qui se produisaient en Chine dans les années 1930, il modifia certainement la perception qu’en avaient ses contemporains. Et Hollywood ne fut pas pour rien dans l’arrimage de l’Europe de l’Ouest du côté américain durant toute la guerre froide. Aujourd’hui, plusieurs générations d’Occidentaux ont grandi dans un bain d’images, avec des héros de pellicule ou de papier, qui leur sont aussi familiers que l’étaient aux Grecs les dieux de l’Olympe. Il est naturel qu’ils en aient hérité non des opinions précises, mais une certaine représentation du monde. Il n’est toutefois pas exclu que, dans les années à venir, l’Occident subisse sur ce terrain la concurrence des pays émergents.

mercredi 27 juin 2018

“Le rôle de la politique monétaire dans la genèse de la crise de 2007-2008'

“Le rôle de la politique monétaire dans la genèse de la crise de 2007-2008’

Dans cette nouvelle chronique, Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France et membre de l’Académie des sciences morales et politiques s’interroge sur le rôle que la politique monétaire a joué dans la genèse de la crise financière de 2007-2008. Lors du déclenchement de celle-ci, on l’exonérait volontiers de toute responsabilité en soulignant qu’elle avait accompli sa mission de maintenir l’inflation à moins de 2 % par an. Mais pour Jacques de Larosière, c’est oublier un peu vite qu’une politique monétaire accommodante avait alors permis aux agents économiques de s’endetter au-delà du raisonnable…

mercredi 27 juin 2018

Physiologie du goût, de Jean Anthelme Brillat-Savarin

Physiologie du goût, de Jean Anthelme Brillat-Savarin

par Jean-Robert Pitte, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques.
Le plaisir de la lecture se poursuit longtemps lorsqu’il est partagé ! Nous avons donc demandé aux académiciens de présenter, en toute liberté de choix, un livre qui les a marqués, intéressés, enchantés ou même simplement divertis. C’est Jean-Robert Pitte, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques et président de Canal Académie qui inaugure cette nouvelle rubrique, en présentant Physiologie du goût de Jean Anthelme Brillat-Savarin. Publié en 1825, cet ouvrage fait l’éloge de la gastronomie (française), cette “science nouvelle […] qui nourrit, restaure, conserve, persuade, console, et, non contente de jeter à pleine main des fleurs sur la carrière de l’individu, contribue encore puissamment à la force et à la prospérité des empires” !

mercredi 20 juin 2018

“L'École pratique des hautes études (1868-2018) : l'érudition dans le débat public et ses rapports avec l'opinion.”

“L’École pratique des hautes études (1868-2018) : l’érudition dans le débat public et ses rapports avec l’opinion.”

Communication de M. Hubert Bost, président de l’École pratique des hautes études (EPHE)
Cette communication a été prononcée, le 11 juin 2018. Elle concluait la journée d’étude organisée conjointement par l’Académie des sciences morales et politiques et l’École pratique des hautes études, à l’occasion du 150e anniversaire de cette dernière, sur le thème “De l’érudition à l’opinion”. L’orateur a notamment souligné que “si l’EPHE a joué un rôle dans l’opinion, ce n’est pas dans le domaine des débats d’idées animés par la presse et les médias, mais plutôt dans sa contribution aux évolutions fondamentales et lentes, par sa manière de reposer et de penser à nouveaux frais certaines questions en revenant aux sources”. Et de citer, à titre d’exemple, le rôle joué crucial joué par l’École dans le développement de nouvelles disciplines - la sémantique (Bréal), la sociologie (Mauss), l’anthropologie (Lévi-Strauss) - ou le renouvellement des plus anciennes.

mercredi 20 juin 2018

Message n°521

Message n°521

Mercredi 6 Juin 2018

mercredi 6 juin 2018

L'œuvre d'Alain Besançon : un puissant antidote à la sombre séduction des idéologies

L’œuvre d’Alain Besançon : un puissant antidote à la sombre séduction des idéologies

L’historien revient sur son itinéraire intellectuel à l’occasion de la publication d’un recueil de ses essais par les Belles Lettres

mercredi 6 juin 2018

“L'opinion et les intellectuels : exorde à ceux qui nous détestent”.

“L’opinion et les intellectuels : exorde à ceux qui nous détestent”.

Communication d’Alain Minc devant l’Académie des sciences morales et politiques
Dans son intervention, l’orateur est revenu sur la dialectique du peuple et des élites, dans laquelle il voit le moteur de la contestation populiste et dont il situe l’apparition dans le débat politique contemporain au moment du référendum sur le traité de Maastricht, avant qu’elle ne s’impose définitivement avec la victoire du « non » français au traité constitutionnel européen de 2005. Pour Alain Minc, ce cadre mérite toutefois d’être remis en cause. En effet, selon lui, la notion de « peuple », représenterait une pure construction ne prenant corps que dans l’opposition à des élites également fantasmées. Il insiste, dans ce sens, sur le caractère psychologique de la césure entre le « peuple » et les « élites », qui de son point de vue dépasse les enjeux purement matériels. Il passe en revue ce qui pourrait s’opposer à ce « mythe du peuple » – les classes sociales, le communautarisme, la nation, la construction européenne même – pour conclure que la solution se trouve sans doute dans l’émergence de ce qu’il qualifie de « populisme mainstream », associant au renouvellement des formes de la vie politique la défense des idées portées par les anciens partis de gouvernement.

mercredi 6 juin 2018

“Le journal Le Monde, prescripteur d'opinion”

“Le journal Le Monde, prescripteur d’opinion”

Communication de Jean-Marie Colombani, journaliste, directeur du Monde entre 1994 et 2007
A l’issue d’une présentation de l’histoire du Monde et d’une analyse de son statut de “journal de référence”, l’orateur a estimé qu’il n’est pas sûr qu’un magistère comme celui exercé par Le Monde dans le passé soit encore possible à l’heure des chaînes d’information continue et des réseaux sociaux, qui imposent à l’ensemble des médias leur tempo et une dictature de l’émotion. Il est toutefois convaincu que, dans ce contexte, les médias de presse écrite peuvent tirer leur épingle du jeu, en revenant aux règles fondamentales du métier : la mise en perspective, la hiérarchisation des faits et l’approfondissement... sans renoncer, comme dans le cas du Monde, à déranger. Une conviction ainsi résumée : “À défaut d’être prescripteur d’opinion, il lui faut, au moins, être prescripteur de débats.”

mardi 15 mai 2018

« La frénésie anti-identitaire »

« La frénésie anti-identitaire »

Par Alain Finkelkraut (Académie française)
1er volet des Conversations chez M. Thiers organisées à la Fondation Dosne Thiers à l’occasion des journées du patrimoine 2017. Débat animés par François d’Orcival

mardi 20 mars 2018

“Histoire de la presse : les journalistes dans les drames contemporains”

“Histoire de la presse : les journalistes dans les drames contemporains”

Communication de Patrick Eveno, professeur émérite à l’université Paris 1
Au fil d’une vaste évocation historique de l’Affaire Dreyfus à nos jours, l’orateur s’est inscrit en faux contre l’idée selon laquelle les médias seraient un instrument efficace de manipulation des masses. En effet, s’il n’est pas douteux que les organes d’information contribuent à alimenter l’opinion publique, c’est faire peu de cas de leur réception que de leur attribuer un pouvoir de persuasion tel qu’il annihilerait toute capacité d’appréciation chez les citoyens. S’agissant de la période contemporaine, il a aussi souligné que l’explosion d’Internet, puis des réseaux sociaux depuis les années 2000, impose un paysage médiatique polycentrique, dans lequel les citoyens sont de plus en plus partie prenante des circuits de l’information, en même temps qu’il contraint médias et journalistes à se remettre en cause. Si bien que leur défi sera d’inventer un modèle économique viable pour la presse et de retrouver la confiance du public, sans se modeler sur les caprices de l’opinion, de manière à jouer pleinement leur rôle dans le bon fonctionnement de la démocratie.

jeudi 15 février 2018

“Napoléon ou la maîtrise de l'opinion publique”

“Napoléon ou la maîtrise de l’opinion publique”

Communication de Jean Tulard, membre de l’Académie des sciences morales et politiques.
Comme l’a rappelé Jean Tulard, aux yeux de Napoléon, l’opinion publique peut être utilement prise en compte, pourvu toutefois qu’elle soit clairement subordonnée au politique. Ainsi, devant le Conseil d’État, l’Empereur déclaré, en 1804 : “Je respecterai les jugements de l’opinion publique quand ils seront légitimes, mais elle a des caprices qu’il faut savoir mépriser. C’est au gouvernement de l’éclairer et non de la suivre dans ses écarts. J’ai pour moi la volonté de la Nation et une armée de 500 000 hommes.” Le pouvoir du premier consul, puis de l’empereur, dérive des seuls plébiscites, censés exprimer irrévocablement la voix de la Nation. Toutefois, la réussite la plus nette de Napoléon face à l’opinion publique n’est pas de l’avoir muselée, mais d’avoir durablement imposé sa légende. Dès la campagne d’Italie, Bonaparte se révèle un maître en communication. Il se crée une image à la fois héroïque et immédiatement reconnaissable, à travers sa tenue et ses postures. Elle se décline aussi bien dans les grandes peintures académiques que dans la gravure populaire. La construction de cette mythologie se poursuit au-delà de la chute de l’Empire, à destination de la postérité, ce qui arrachera ce cri à Chateaubriand : “Vivant il a manqué le monde, mort il le possède.”

jeudi 8 février 2018

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