Entre Byzance et l’Occident, Chypre du IV e au XVI e siècle. Regards croisés sur l’histoire et les arts de l’île d’Aphrodite : versant médiéval

avec Jean-Bernard de Vaivre, correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Jannic Durand et Pierre-Yves Le Pogam
Que savons-nous de Chypre au Moyen Âge au sens large, du IV e au XVI e siècle : du triomphe du christianisme byzantin à la conquête de l’île par les Turcs en 1570 ? Découvrez l’histoire de cette île, carrefour des civilisations gréco-romaine, byzantine et ottomane, en compagnie de trois invités au micro de Marianne Durand-Lacaze. Ils retracent pour vous, l’histoire de Chypre, tour à tour byzantine, franque et vénitienne à travers 150 objets d’art réunis au Louvre et l’histoire d’un archéologue français à Chypre, Camille Enlart (1862-1927).


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : HIST750
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Date de mise en ligne : 23 décembre 2012



Dans le cadre de la présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne, le Louvre a organisé deux expositions. L’une présente près de 1000 ans d’histoire artistique chypriote à l’époque médiévale : une richesse fécondée par les différentes dominations politiques que l’île méditerranéenne située à moins de 50 kilomètres des côtes syriennes a connu. Jannic Durand, adjoint au directeur du département des Objets d’art du musée du Louvre et commissaire général de l’exposition Chypre entre Byzance et l’Occident, IVe-XVIe siècle (du 28 Octobre 2012 au 28 Janvier 2013) retrace dans cette émission l’histoire byzantine de l’île en commentant quelques-unes des plus belles pièces de l’exposition, pour certaines jamais réunies en France. Du IVe, premier siècle byzantin à la prise de l’île par les Ottomans en 1570, Chypre connut une époque très prospère se maintenant comme une étape incontournable sur les routes commerciales entre l’Occident chrétien occidental, Byzance et son empire d’une part, et le Proche-Orient avec Jérusalem d’autre part. Une richesse dont l’art en Chypre témoigne. Des éléments de mobilier liturgique, des fragments de tables d’autel, des médaillons de mosaïque et le trésor dit de Lamboussa-Lapithos retrouvé autour de 1900 sont des exemples de sa prospérité. Ce trésor est pour la première fois réuni et montré à Paris car il est partagé entre le Musée archéologique de Nicosie, le Metropolitan Museum de New York et le British Museum. Composé de plats d’argent, de lampes, de cruches et d’autres objets réalisés sous le règne d’Héraclius (610-650), ce trésor fut enfoui une première fois lors de la conquête arabe de l’île (dès 649-650). Au cours de son histoire, l’île fut partagée entre les Arabes musulmans et les Byzantins, entre l’islam et Byzance à partir de 688 pour trois siècles, et finalement redevenir byzantine avec la reconquête de l’empereur Nicéphore Phocas au Xe siècle. Des décors de fresques et des icônes permettent de se rendre compte concrètement de l’héritage de la religion orthodoxe en Chypre durant cette période précise.
Redevenue province Byzantine (965-1191), Chypre se couvre d’églises où s’exprime l’âge d’or de la peinture byzantine. Elle est alors réputée pour sa soie et pour ses ports où on trouve toute sorte de marchandises.

Cathédrale Saint-Nicolas, Chevet, Famagouste, Chypre, photographie : Jean-Bernard de Vaivre (1998)
Cathédrale Saint-Nicolas, Chevet, Famagouste, Chypre, photographie : Jean-Bernard de Vaivre (1998)
© Jean-Bernard de Vaivre

En 1099, la première croisade marque le début d’une nouvelle période pour l’île en devenant une étape incontournable pour se rendre en Terre sainte, une route que les pèlerins chrétiens avaient déjà balisée pour se rendre à Jérusalem depuis des siècles. La création et le développement des États latins d’Orient consolidèrent cette situation. Les icônes et les sculptures chypriotes témoignent d’une autonomie artistique plus ou moins importante par rapport à l’art de Constantinople au point que les commissaires de l’exposition parlent d’une réelle autonomie artistique de l’île. La Vierge Éléousa du peintre Théodore Apsevdis en est une illustration. Parmi les figures de la sainteté chypriote, au cœur d’un monachisme séculaire, notons l’histoire de saint Néophyte le Reclus. Ce moine en décidant de se retirer au Nord de Paphos en 1159 est devenu l’un des plus célèbres. Préoccupé de l’éducation des moines qui l’ont rejoint, il rédige plusieurs traités à leur intention. Ses écrits "anti-latins" constituent une source capitale des événements de l’île à la fin du XIIe siècle.

Le grand Christ, Nicosie, Chypre, Photographie : Jean-Bernard de Vaivre (1999)
Le grand Christ, Nicosie, Chypre, Photographie : Jean-Bernard de Vaivre (1999)
© Jean-Bernard de Vaivre

En 1192, l’île tombe sous la domination des Lusignan, elle est alors confiée à Guy de Lusignan, roi déchu de Jérusalem et devient un État latin d’Orient à part entière. Saint Louis séjourne sur l’île en 1248-1249. Chypre entame une autre période en servant de dernier refuge aux croisés à la chute de la vile d’Acre en 1291, dernier bastion des États latins d’Orient sur les terres du Proche-Orient.

Jean-Bernard de Vaivre, correspondant de l'Institut- Académie des inscriptions et belles-lettres, ancien ambassadeur de France à Chypre, 28 novembre 2012, Canal Académie
Jean-Bernard de Vaivre, correspondant de l’Institut- Académie des inscriptions et belles-lettres, ancien ambassadeur de France à Chypre, 28 novembre 2012, Canal Académie
© Jean-Bernard de Vaivre

S’ouvre alors pour Chypre une période encore plus florissante, qualifiée d’âge d’or entre la seconde moitié du XIIIe et la première moitié du XVe siècle où s’opère une synthèse artistique originale, une maniera cypria entre traditions grecque et latine. À partir de 1365, les Vénitiens profitent de la décadence politique des Lusignan pour prendre progressivement le contrôle de l’île. Pendant le dernier siècle du royaume des Lusignan, les Grecs semblent peu sensibles à l’art gothique importé par les latins et l’art byzantin subsiste profondément, avec cependant des emprunts à la tradition chrétienne occidentale comme le traitement naturaliste de la croix ou le sang qui coule abondamment des plaies du Christ. Les arts profanes, comme les céramiques par exemple, témoignent d’une synthèse plus profonde encore des techniques et des symboles hérités de Byzance et des décors courtois ou héraldiques occidentaux.
À la fin du Moyen Âge, Chypre est devenue vénitienne, une période de domination qui s’étend de 1489 à 1570, pendant laquelle l’île devient cette fois le dernier bastion militaire chrétien en Méditerranée orientale en raison de la lutte implacable que se livrent les deux puissances maritimes de l’époque, l’Empire ottoman et Venise. Les Vénitiens y implantent des constructions militaires des plus modernes dont l’île conserve encore les traces.
L’exposition présente pour illustrer sur le plan artistique la domination vénitienne, une œuvre exceptionnelle de dynamisme pour une icône, l’icône de saint Mamnès chevauchant le lion, datant de la première moitié du XVIe, actuellement au musée byzantin de Paphos en Chypre. Jannic Durand présente aux internautes dans cette interview l’histoire de ce saint, un des plus vénérés de Chypre et cette icône exceptionnelle où le mélange des traditions artistiques grecques et latines est un des plus beaux exemple.

En 1570, l’île tombe aux mains des Ottomans presque dans sa totalité. Dans le courant de l’année suivante, la ville de Famagouste, la dernière place forte vénitienne en Chypre tombe. Au même moment sont enfouis les hanaps d’argent du trésor de Nicosie, témoins de la richesse antérieure de l’île.

Jannic Durand, adjoint au directeur du département des Objets d’art du musée du Louvre et commissaire général de l’exposition Entre Byzance et l’Occident, Chypre du IV e au XVI e siècle Jannic Durand a dirigé le catalogue Chypre en Byzance et l’Occident IV e au XVI e siècle avec Dorota Giovannoni assistée de Dimitra Mastoraki, Louvre Éditions, Somogy Éditions d’Art, dont vous trouverez toute les références au bas du texte.

Pierre-Yves Le Pogam, Jean-Bernard de Vaivre (à droite), Canal Académie, 23 novembre 2012
Pierre-Yves Le Pogam, Jean-Bernard de Vaivre (à droite), Canal Académie, 23 novembre 2012
© MDL/Canal Académie

Jean-Bernard de Vaivre, correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et Pierre-Yves Le Pogam directeur du département des sculptures du musée du Louvre, commissaire de l’exposition parallèle Camille Enlart, ses collections et les photographies rapportées de Chypre en 1896, s’expriment aussi dans cette émission sur le patrimoine religieux de Chypre. Édifices gothiques, sculptures religieuses, art funéraire témoignent eux aussi pleinement de l’originalité des arts en Chypre par les emprunts réciproques entre les traditions byzantine, musulmane et latine. Les deux invités abordent aussi l’histoire des voyageurs qui se sont succédé sur l’île au XIXe siècle. Ces derniers ont joué une part importante dans la redécouverte du patrimoine de Chypre, notamment pour les œuvres médiévales, la période antique de l’île n’étant pas tombée dans l’oubli en raison de la place prépondérante de la culture classique dans la formation des élites à cette époque.

Dalle du chevalier Verny, conservée à Limassol, Chypre, photographie : Jean-Bernard de Vaivre
Dalle du chevalier Verny, conservée à Limassol, Chypre, photographie : Jean-Bernard de Vaivre
© Jean-Bernard de Vaivre

Jean-Bernard de Vaivre, est l’auteur Monuments médiévaux de Chypre. Photographies de la mission de Camille Enlart en 1896, qui paraît avec l’aide de la Fondation Khôra de l’Institut de France. Le correspondant de l’Institut, auprès de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, ancien ambassadeur fut au cours de sa carrière en poste sur l’île. Sa passion pour l’histoire et l’archéologie l’ont conduit à devenir l’ambassadeur de la culture chypriote médiévale en exhumant l’histoire de Camille Enlart (1862-1927). Deux générations après les premiers voyageurs qui portent de l’intérêt au passé franc de l’île et par conséquent à sa période médiévale, Camille Enlart archéologue par passion, dessinateur et historien, l’un des plus célèbres de son temps pour l’art médiéval en France et pour l’Europe occidentale, effectue une première mission en 1896. Directeur du musée des monument français, il se battait pour faire adopter les termes "d’art français" à la place de ceux "d’art français"gothique", qui impliquait une connotation germanique alors que les sphères savantes de l’époque se livrent une rivalité sans pareille à l’image des rivalités nationalistes qui opposent la III e République à l’Empire allemand à la charnière des deux siècles.
Le livre de Camille Enlart L’Art gothique et la Renaissance en Chypre, paru en 1899 reste à ce jour encore un ouvrage majeur. Ses clichés photographiques et ses dessins, comme ses relevés aquarellés ont un intérêt documentaire exceptionnel. Il a ramené plusieurs œuvres, des fragments de tombeau et divers éléments qu’il a donnés puis légués à de nombreuses institutions françaises.




Pour en savoir plus

- Programmation, horaire, tarifs des expositions sur le site du musée du Louvre, cliquez sur les liens suivants
- Pour Camille Enlart (1862-1927). Un Français en Chypre du 26 Octobre 2012 au 28 Janvier 2013
- Pour Chypre entre Byzance et l’Occident, IVe-XVIe siècle du 28 Octobre 2012 au 28 Janvier 2013

- Catalogue de l’exposition, Auteur(s) : Jannic Durand, Dorota Giovannoni, Chypre, entre Byzance et l’Occident IVe - XVIe siècle, Somogy Éditions d’art / Louvre Éditions, 2012

Pour commander l’ouvrage et consulter sa fiche détaillée cliquez sur ce lien suivant de la Librairie du Louvre (catalogue et commande).

- Jean-Bernard de Vaivre, Philippe Plagnieux,Monuments médiévaux de Chypre, Photographies de la mission Camille Enlart en 1886, Paris : ACHCByz 2012, préface de Michel Zink. L’ouvrage a bénéficié d’une généreuse subvention de La Fondation Khôra-Institut de France et de la Société de l’histoire et du patrimoine de l’ordre de Malte. ISBN : 978-2-916716-39-8


- Jean-Bernard de Vaivre, correspondant de l’Institut- Académie des inscriptions et belles-lettres, ancien ambassadeur de France à Chypre sur le site de l’Académie des inscriptions et belles-lettres






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