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Debussy, son portrait par Marcel Baschet, au Musée d’Orsay à Paris

par Sylvie Patin, lors de la "Journée Debussy" à l’Académie des beaux-arts
L’Académie des beaux-arts a proposé une "Journée Debussy" le 24 octobre 2012, en commémoration du 150è anniversaire de la naissance du célèbre compositeur, mort trop jeune juste avant d’avoir pu être élu membre de cette académie. Plusieurs intervenants, parmi les meilleurs connaisseurs, ont été invités par le président de l’année François-Bernard Michel. La journée était animée par le musicologue Gilles Cantagrel. Canal Académie retransmet ici l’intervention “ Un portrait de Debussy entre au musée d’Orsay” par Sylvie Patin, conservateur général au musée d’Orsay, correspondant de l’Institut (Académie des Beaux-Arts). Les autres interventions sont également disponibles à l’écoute et au téléchargement.


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Référence : CARR928
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Date de mise en ligne : 16 décembre 2012

Laissons tout d’abord Gilles Cantagrel présenter Sylvie Patin : " On connaît bien le beau portrait de Claude Debussy jeune, à 22 ans, exécuté par Marcel Baschet. Il est souvent reproduit. Baschet était l’exact contemporain du musicien et son condisciple à l’Académie de France à Rome, la Villa Médicis où ils furent tous deux pensionnaires. Et il y avait alors une tradition, selon laquelle les pensionnaires peintres faisaient le portrait de leur camarades – c’est Berlioz qui nous le rapporte, dont Signol a exécuté une superbe peinture qui est restée aujourd’hui à la Villa Médicis. Ce portrait de Debussy par Baschet, on a pu le contempler, de nos yeux, cette fois, à l’exposition Debussy de l’Orangerie au début de cette année. Il est entré en 1996, je crois, dans les collections du Musée d’Orsay, où notre consœur Sylvie Patin est conservateur général. Sylvie Patin, vous êtes « entrée dans les musées », comme vous l’écrivez, en 1974. Tous vos écrits, articles et ouvrages, sont consacrés à l’étude de l’impressionnisme. Vos travaux ont porté principalement sur Claude Monet, dont vous êtes aujourd’hui une spécialiste reconnue, et vous avez été commissaire de l’exposition Claude Monet aux Galeries nationales du Grand Palais en 2010-2011. C’est dire si en fréquentant la société des impressionnistes, vous avez eu, je suppose, l’occasion de fréquenter aussi Claude Debussy, Marcel Baschet et leurs amis. À vous, donc de nous conter en images l’histoire de ce portrait".

Texte de Sylvie Patin : En 1996, est entré dans les collections du musée d’Orsay un portrait de Claude Debussy exécuté par le peintre Marcel Baschet. Illustrant les liens entre musique et peinture, l’œuvre met en valeur ce caractère d’interdisciplinarité du musée d’Orsay souligné lors de sa création en 1986.

Portrait de Claude Debussy par Marcel Baschet (1884)
Portrait de Claude Debussy par Marcel Baschet (1884)
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La famille Baschet avait la volonté de voir un jour cette peinture accrochée aux cimaises d’un musée et c’est la rencontre avec Jean-Michel Nectoux qui a déterminé cette donation par les descendants du peintre, à savoir quatre petits-enfants de Marcel Baschet (Nadine Borel, Marina Charrin, Franklin Baschet, Sylvie Boyer). Jean-Michel Nectoux, conservateur général et musicologue au CNRS, commissaire de l’exposition Debussy au musée de l’Orangerie en 2012, auteur de l’ouvrage"Harmonie en bleu et or, Debussy, la musique et les arts" (paru chez Fayard en 2005) était responsable du programme musical au musée d’Orsay lors de son ouverture et pendant plusieurs années, il assura la publication de cette acquisition (inventoriée sous le numéro RF 1996-13) dans La Revue du musée d’Orsay dès le printemps 1998.

Billet de 20 francs émis par la Banque de Fance mis en circulation le 6 octobre 1981 jusqu'à l'arrivée de l'euro où il a été retiré de la circulation en février 2002
Billet de 20 francs émis par la Banque de Fance mis en circulation le 6 octobre 1981 jusqu’à l’arrivée de l’euro où il a été retiré de la circulation en février 2002
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- La notoriété de ce portrait, au format presque carré (25 x 21,5 cms) est immense : il est connu de tous pour avoir été utilisé sur le billet de banque de 20 francs, créé par la Banque de France le 9 août 1980, mis en circulation le 6 octobre 1981 jusqu’à l’arrivée de l’euro où il a été retiré de la circulation en février 2002. Ce billet a été dessiné par le peintre Bernard Taurelle (né en 1931) ; l’avers a été gravé par Jacques Jubert et le revers par Hérouard :
- au recto : Debussy d’après Marcel Baschet apparaît devant une mer houleuse qui évoque La Mer, composition célèbre du musicien ;
- au verso : à l’arrière-plan du portrait de Debussy, est reproduit le décor signé Lucien Jusseaume et Eugène Ronsin pour la scène intitulée ’’La Fontaine dans un parc’’ lors de la représentation de Pelléas et Mélisande en avril 1902 à l’Opéra comique.

Le peintre Marcel Baschet, l’ami de jeunesse de Debussy

Par sa date et son mois de naissance, Marcel Baschet (5 août

Marcel Baschet (1862-1941)
Marcel Baschet (1862-1941)
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1862-1941) était l’exact contemporain de Debussy (22 août 1862-1918). Marcel Baschet, élève de Jules Lefebvre à l’Académie Julian, remporta le Prix de Rome de peinture en 1883 tandis qu’en 1884 Debussy obtenait le Prix de Rome de composition musicale avec sa cantate L’Enfant prodigue. Une photographie montre vers 1885 Les pensionnaires à la Villa Médicis, notamment Marcel Baschet et Claude Debussy (qui y arriva en janvier 1885). L’exemplaire du cliché ayant appartenu au compositeur (Saint-Germain-en-Laye, maison natale Claude Debussy) porte un envoi autographe : « À mes chers parents, souvenir romain. A Debussy » rappelant que ce dernier, dans sa jeunesse, n’avait pas encore abandonné le prénom d’Achille.

Debussy à la Villa Médicis à Rome en 1885. Le compositeur est en haut au centre, en veste blanche.
Debussy à la Villa Médicis à Rome en 1885. Le compositeur est en haut au centre, en veste blanche.
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Debussy ne se montra pas un pensionnaire très docile comme l’atteste cette lettre de sa main : « Ces premiers jours ne m’ont pas donné plus de tendresse pour la Villa. […] Quant aux chefs-d’œuvre, c’est bien malheureux, mais que je les aimerais bien mieux s’ils étaient à Paris. Enfin, je vais aller les voir. Vous allez avoir une bien mauvaise opinion de cet ’’enfin’’ presque désespéré d’un homme qu’on traîne à la chapelle Sixtine comme à l’Échafaud. » (Debussy à Henri Vasnier, [Rome] mercredi 5 mai [18]86 [cette lettre serait plutôt à dater de 1885]).

La conception de ce portrait s’élabora en trois étapes :
- une petite étude à la sanguine (Paris, musée de la Musique, Cité de la Musique)
- un pastel (donné par le peintre au musée du château de Versailles en 1936)
- la peinture à l’huile sur bois acajou, portant l’ inscription C.DEBUSSY en capitales en haut à gauche ; signée datée en haut à droite : MARCEL BASCHET /1884 : le peintre aurait repris la date du Prix de Rome de Debussy alors qu’il aurait plutôt exécuté ce portrait en 1885 à la Villa Médicis, selon Jean-Michel Nectoux qui l’estime « le plus séduisant des rares portraits peints du musicien ».

Une esquisse de Marcel Baschet (huile sur toile, 1887, collection particulière) pour Le Printemps, son 4e envoi de Rome [perdu], a été judicieusement mise en corrélation par Jean-Michel Nectoux avec le 2e envoi de Debussy, Printemps, suite symphonique (février 1887).

Il est significatif d’évoquer Marcel Baschet au sein de l’Institut. Lisons la plaque apposée non loin au 21, quai Voltaire : ’’Le Peintre Marcel Baschet Prix de Rome Membre de l’Institut eut son atelier dans cette maison de 1907 à 1941’’ [date de sa mort]. En effet, non seulement Marcel Baschet a été élu membre de l’Académie des Beaux-Arts (section Peinture au VIe fauteuil) en 1913, mais il fut rejoint dans cette Académie par son frère aîné, René Baschet (1860-1949), directeur de la revue L’Illustration, élu en 1935 dans la section des Membre libres (au fauteuil IX).

Cette tête de Debussy par Baschet est devenue une icône, une image de référence, davantage que les autres portraits du compositeur conservés dans sa maison natale à Saint-Germain-en-Laye. Outre son utilisation pour le billet de banque de 1981 à 2002, ce portrait fut choisi dans les années 1960 pour illustrer la couverture du numéro consacré à Debussy dans la série des Grands Musiciens. En 2012, dans les deux quotidiens Le Monde et Le Figaro, il accompagnait les articles rendant compte de l’exposition Debussy au musée de l’Orangerie.

Claude Debussy au piano dans la propriété d’Ernest Chausson à Luzancy, août 1893. Anonyme. Paris, musée d’Orsay.
Claude Debussy au piano dans la propriété d’Ernest Chausson à Luzancy, août 1893. Anonyme. Paris, musée d’Orsay.
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Rappelons aussi cet extrait d’un roman de Benoît Duteurtre (Été 76, Paris, Gallimard, 2011, p. 43) qui montre l’importance d’une image sur un écrivain, sur son œil et sa sensibilité : « Mon père achetait régulièrement […] les albums illustrés de la collection ’’grands musiciens’’, complétés par un disque […]. Je ne m’étais guère intéressé aux premiers volumes Bach, Mozart, Beethoven – compositeurs trop rabâchés […]. Mais le numéro consacré à Debussy avait aussitôt attiré mon attention. D’abord à cause du portrait reproduit sur la pochette où le musicien, peint en jeune homme par son ami Marcel Baschet, m’avait adressé un regard sombre, plein de mystères indicibles : le contraire de ces portraits romantiques où les cheveux flottant au vent tandis que les yeux jettent des éclairs de passion. / Avec sa barbe noire et sa retenue, Debussy ressemblait aux personnages de 1900, ces aïeux morts à la Grande Guerre qu’on reconnaissait encore sur les anciennes photos de famille. ... ».

Ecoutez d’autres interventions de cette "Journée Debussy 2012" :
- Debussy et la nature : "Je me suis fait une religion de la mystérieuse nature"
- Debussy et ses contemporains musiciens
- Debussy, son portrait par Marcel Baschet, au Musée d’Orsay à Paris
- Debussy et la nature : "Je me suis fait une religion de la mystérieuse nature"






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