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Profession : Paléoanthropologue au Museum national d’Histoire naturelle

Rencontre avec Antoine Balzeau spécialiste des os du crâne
Comment étaient les hommes du passé ? C’est à cette question qu’Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Museum national d’Histoire naturelle, tente de répondre en étudiant les crânes, plus ou moins complets, des hommes préhistoriques. Clément Moutiez vous propose de découvrir cette profession où tomber sur un os est plutôt une bonne nouvelle.


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Référence : FOC722
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Date de mise en ligne : 8 janvier 2016

Chercheur au CNRS et au Muséum national d’Histoire naturelle (au sein du service d’histoire naturelle de l’homme préhistorique), Antoine Balzeau s’intéresse en particulier aux caractéristiques des crânes fossiles qui lui passent entre les mains. Par ce biais, il étudie l’évolution humaine et essaye de comprendre les changements anatomiques qui se sont opérés.

A l’intérieur du crâne

Titulaire d’un thèse d’anthropologie, il n’est pas un homme de surface et préfère s’engouffrer "à l’intérieur" du crâne, mais le temps où il lui fallait glisser un oeil « par les orbites, par les cassures d’un fossile souvent délicat à manipuler », est révolu. Désormais, grâce à l’acquisition en 2011 de la plateforme AST-RX par le Muséum national d’histoire naturelle, Antoine Balzeau dispose d’un outil « qui est capable de numériser des choses toutes petites, de l’ordre du millimètre avec une résolution dans certains cas inférieure à un micron, jusqu’à des espèces qui peuvent faire 60, 70 cm et peser plusieurs dizaines de kilos. » Un jeune manchot, un petit foraminifère invisible à l’œil nu, ou encore une météorite très dense, livrent alors tous leurs secrets une fois installés sur la plateforme AST-RX. « L’imagerie ouvre d’autres portes et nous permet même de voir des choses cachées dans les structures osseuses, les bulles d’air à l’intérieur, l’épaisseur du crâne qui est composé de plusieurs couches, ou encore l’intérieur des dents, des caractères en plus qu’on peut observer, qu’on ne connaissait pas avant », précise le paléoanthropologue devenu co-responsable scientifique du scanner. Une fois disposé au centre de la machine, un crâne fossile réapparaîtra sur les écrans en un vrai volume 3D radiographique dont on pourra obtenir des coupes virtuelles. De plus, les différences de densité sont soulignées par des changements de couleurs, ce qui permet « d’observer et reconstruire en 3 D des structures cachées comme les pépins ou les graines à l’intérieur d’un fruit, les sinus à l’intérieur d’un crâne. » _

La plateforme AST-RX au Museum nationale d'histoire naturelle
La plateforme AST-RX au Museum nationale d’histoire naturelle
©Antoine Balzeau

La palette de nouvelles informations dont peut disposer le paléoanthropologue lui a permis de mettre en évidence de nouveaux détails sur l’anatomie des Néandertaliens, des Homo Sapiens, ou encore des Homo Erectus, mais c’est une nouvelle découverte qui est la source ultime de plaisir. Ce qui est arrivé à Antoine Balzeau, lors qu’après des études sur l’arrière du crâne d’ Homo erectus, il a pu remettre en question certains caractères qui étaient considérés comme propres à ces ancêtres. « J’ai réanalysé des caractères évidents appartenant aux Homo erectus notamment la position de l’inion par rapport à l’endinion, c’est- à-dire la forme de l’arrière de l’os occipital, l’os qui est à l’arrière du crâne et sa disposition de la surface qui est près du cerveau par rapport à celle qui est à l’extérieur du crâne : un caractère que l’on avait toujours pensé comme typique de l’Homo erectus avec une position particulière mais qu’on n’avait jamais pu mesurer. »
Si Antoine Balzeau est conscient qu’il est plus facile de compléter ou de remettre en cause les travaux de ses prédécesseurs, grâce aux avancées scientifiques, il lui arrive aussi découvrir un nouveau caractère. C’est le cas chez les Néandertaliens, chez lesquels il a étudié une dépression à l’arrière du crâne, qu’on appelle la fosse sus-iniaque. A quoi sert ce caractère ? « A rien, probablement ! » pourrait-on penser. Cependant, cette découverte permet d’émettre des comparaisons avec d’autres espèces d’hommes préhistoriques, comme par exemple avec les Homo sapiens, chez qui cette dépression dans la structure osseuse sert « aux insertions musculaires de la nuque : tous les muscles qui viennent se coller à l’arrière de notre crâne, qui déprimaient l’os, qui faisaient des contraintes fonctionnelles qui créaient une petite dépression. » Dans le cas des Néandertaliens, Antoine Balzeau a pu démontrer qu’un caractère était vraiment propre à une seule espèce humaine, « ce qui n’arrive pas souvent ».





Art et science

Antoine Balzeau revient sur un projet sur un projet auquel il a eu la chance de participer :la reconstitution ultra-réaliste de Spyrou, un Néandertalien (belge) de Spyréalisée grâce aux ossements originaux découverts en 1886.
« L’objectif était d’avoir une reconstitution la plus réaliste possible d’un Néandertalien pour la mettre dans le musée à côté du site de Spy où a été retrouvé à la fin du 19 ème siècle des fossiles néandertaliens très bien conservés » explique le paléoanthropologue. Alors qu’auparavant, les reconstitutions étaient réalisées avec l’assemblage de différents spécimens ; le tibia de la Ferrassie, le fémur de la Chapelle-aux-Saints, « qu’on mettait à la même échelle : quand les côtes étaient trop grandes, on les rabotait et on reconstituait un squelette. »
Pour le cas de l’homme de Spy, les proportions ont été respectées à la lettre, « par exemple si on avait les deux fémurs mais qu’il manquait le tibia chez notre homme de Spy, on faisait une transformation de forme d’un fémur sur l’autre et on appliquait après la transformation de forme du tibia vers le tibia qui n’existait pas pour Spy, comme ça on a réussi à recomposer le squelette au plus près. » Ce qui a livré, au final , beaucoup d’indications sur les proportions anatomiques. Puis, deux artistes néerlandais, Adrie et Alfons Kennis, ont apporté leur touche artistique en réalisant une statue en silicone des plus réalistes.
Et si on demande à Antoine Balzeau s’il a peur qu’un jour les découvertes s’arrêtent, il répond avec le sourire qu’« il n’y a pas assez d’anthropologues sur terre pour étudier tout ce qu’il y a à découvrir ... »Et même si les postes sont assez rares, « la curiosité » et le choix « des bonnes questions à se poser dans la recherche » sont deux atouts qui permettent de réussir.

- Consultez notre rubrique les métiers du Muséum national d’histoire naturelle :

- Profession : ethnomusicologue "Un mode de vie plus qu’un métier" pour Sylvie Le Bomin

- Profession : taxidermiste des oiseaux et des petits mammifères, avec Christophe Gottini du Muséum national d’histoire naturelle

- Profession archéozoologue, avec Jean-Denis Vigne

- Consultez le site d’Antoine Balzeau

- Consultez le site du Muséum national d’histoire naturelle

- Consultez le site des artistes Kennis and Kennis






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