La campagne de Russie : L’incendie de Moscou (3/4)

L’historienne Marie-Pierre Rey analyse la volonté de l’Empereur de s’emparer de la ville
Dans le cadre de notre série sur la campagne de Russie, Marie-Pierre Rey, professeur d’histoire russe et soviétique, a déjà abordé la stratégie russe du repli établie par Barclay de Tolly et Koutouzov. Stratégie qui entraîna Napoléon jusqu’à Moscou et c’est justement à l’incendie de la ville et au séjour de l’empereur des Français dans Moscou que cette émission est consacrée. Retrouvez Marie-Pierre Rey pour l’évocation d’un épisode clé de la campagne de Russie.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : HIST746
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Date de mise en ligne : 18 novembre 2012


- Napoléon pénètre dans Moscou le 15 septembre 1812. Cette entrée est hautement symbolique Moscou est alors la quatrième ville d’Europe avec environ 300 000 habitants. Même si elle n’est plus la capitale de la Russie, elle demeure le symbole de la « Sainte Russie » avec ses centaines de dômes. Napoléon faisait d’ailleurs de la prise de la ville, l’objectif stratégique qui conduirait à la fin de la guerre. Au lendemain de Borodino, Moscou se trouvait sans défense aux mains de Rostopchine, son gouverneur. Profondément nationaliste, celui-ci, avait lancé depuis déjà plusieurs semaines, une vaste campagne de propagande anti-française visant à souder la population autour de thèmes patriotiques. A l’annonce de l’arrivée de la Grande armée, il organise aussitôt l’évacuation de la population. Dans la nuit du 13 au 14 septembre, Moscou se vide de ses habitants dans une confusion inouïe. Partisan de la tactique de la terre brûlée, Rostopchine veut éviter à tout prix que Moscou profite à ses envahisseurs. Songe-t-il déjà à l’incendie ? Vraisemblablement, puisqu’il ordonne que pompiers et pompes à incendie soient évacués. En même temps, il fait libérer quelques centaines de prisonniers, chargés le lendemain du terrible autodafé.

- C’est donc dans une ville vidée de sa population, presque morte, que les premiers régiments de la Grande Armée font leur entrée le 14 septembre. Napoléon, lui, attend aux portes de la ville qu’on lui remette les clés de la cité. Première déception, aucune délégation moscovite n’est trouvée. Il devra se passer de ce rituel et s’installe au Kremlin le lendemain. Pendant quelques heures, l’optimisme est de mise. Même si la ville est vide, chacun trouve à se loger, bien souvent dans des maisons qui regorgent de vivres et de richesse. En dépit des ordres de Napoléon, les pillages commencent, vite stoppés par la découverte des premiers feux. Ils sont alors attribués à la malveillance des troupes occupées à boire et ripailler. Leur multiplication dans la nuit ne laisse plus de doute : l’incendie n’est pas accidentel. La ville brûle d’autant plus vite que les maisons sont en bois et que le vent s’est levé. L’armée passe la nuit à tenter de lutter contre les flammes qui ne cessent de gagner du terrain. Le 16, Napoléon se trouve obligé de quitter le Kremlin en flamme pour le palais de Petrovski, situé à une dizaine de kilomètres. De là, il assiste, impuissant, à ce gigantesque autodafé qui durera quatre jours, jusqu’à ce que le 20, la pluie calme les flammes. Le désastre est immense : la ville réduite à un tas de cendres, la Grande Armée affaiblie. Cet incendie a une influence considérable sur le moral des troupes françaises qui désormais s’adonnent à la mise à sac de la ville. Du coté russe, le traumatisme est profond et provoque une union nationale au nom de la défense de la patrie et de la religion orthodoxe.

- Réinstallé au Kremlin, Napoléon attend un signe d’Alexandre. Il est persuadé que le tsar, après avoir perdu des batailles et surtout après avoir vu brûler sa ville, voudra négocier. Il se trompe et c’est un point essentiel. Alexandre, profondément affecté par la perte de la ville, est encore plus déterminé dans son combat contre Napoléon. Dans cet état d’esprit, il ne peut que laisser sans réponse les trois tentatives d’approche que Napoléon finit par lui adresser. En outre, l’absence de réponse d’Alexandre condamne Napoléon à l’attente et comme le savent les russes, le temps est leur allié. Si Napoléon attend, ce n’est pas pour autant qu’il reste inactif, loin de là. Il continue à gérer son empire et prend en main la gestion et l’administration de Moscou. Il tente de favoriser la reprise économique et même le divertissement de ses hommes avec quelques représentations théâtrales. Il lui faut aussi régler les problèmes d’approvisionnement et en particulier le manque de fourrage pour les chevaux, compliqués par l’insécurité que maintiennent les cosaques en-dehors de la ville. Après plus d’un mois passé à Moscou, Napoléon est toujours sans nouvelle d’Alexandre. Que faire, passer l’hiver à Moscou ? Les problèmes d’approvisionnement et de communication avec Paris incitent Napoléon à opter pour un hiver plus en arrière. Le repli, dès lors précipité, sera fatal à la Grande Armée comme nous le verrons dans l’émission consacrée à la retraite.

Pour en savoir plus :
- Marie-Pierre Rey, L’effroyable tragédie. Paris, Flammarion, 2012.

Présentation de l’éditeur

- "Notre division était anéantie ; ne pouvant avancer par la route, je passais par les champs où s’entassaient derrière moi des hommes et des chevaux blessés et mutilés, dans un état des plus horribles. Décrire ces horreurs est au-dessus de mes forces." Sous la plume du lieutenant Andreev, qui en 1812 combattait, tout jeune homme, dans les rangs de l’armée russe, l’atroce bataille de la Moskova se dérobe. Comment saisir ce que fut la campagne de Russie pour ceux qui la vécurent ? Proposer pour la première fois une histoire humaine, totale, de la guerre qui opposa l’Empire français à l’Empire russe, en s’appuyant sur des sources jusque-là négligées et des matériaux d’archives inexplorés : tel est l’objet de ce livre. Les sans-grade, civils ou simples soldats, y tiennent le même rang que les héros de guerre ; la voix du peuple russe s’y mêle à celle des grognards de la Grande Armée, pour éclairer d’un jour nouveau l’affrontement des deux géants qui déchira l’Europe.

Notre invitée :

- Marie-Pierre Rey, professeur d’histoire russe et soviétique à l’université Paris 1-Sorbonne, est aussi l’auteur d’une biographie d’Alexandre 1er (Flammarion, 2009) qu’elle était venue présenter au micro de Canal Académie Alexandre Ier, le tsar qui vainquit Napoléon

- Ecoutez les autres émissions de la série :
- La campagne de Russie : Jean Tulard explique Borodino, la Moskowa et la Bérézina (1/4)
- La campagne de Russie (2/4) : le repli de l’armée russe
- La campagne de Russie : L’incendie de Moscou (3/4)
- La campagne de Russie (4/4) : la retraite tragique







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