Simone Veil à propos de l’Union européenne, prix Nobel de la paix

Quelques souvenirs concernant l’Europe évoqués par l’académicienne
Construire la paix sur un continent si longtemps en conflit relève d’une véritable volonté politique et personnelle, comme en témoigne Simone Veil, de l’Académie française. Bien que déportée et ayant vu sa famille souffrir de la Shoah, elle a, dès la fin de la seconde guerre mondiale, milité pour bâtir en Europe une paix durable. Ecoutez ce témoignage émouvant.


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : vue536
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Date de mise en ligne : 14 octobre 2012

Les propos de Simone Veil, que vous pouvez écouter ici, sont extraits d’une série d’entretiens qu’elle a donnés à Canal Académie, invitée en notre studio par Virginia Crespeau pour évoquer les principales étapes de sa vie.
- Simone Veil : Conversation autour d’une vie "très diversifiée" 1/4
- Le mois de... Simone Veil : "Shoah" 2/4
- Le mois de... Simone Veil, la rebelle 3/4
- Le mois de... Simone Veil : la condition féminine 4/4

A la page 394 de son livre "Une vie" paru aux éditions Stock, on peut lire : "La Shoah ne se résume pas à Auschwitz, elle a couvert de sang tout le continent européen, processus de déshumanisation menée à son terme. Elle inspire une réflexion inépuisable sur la conscience et la dignité des hommes car le pire est toujours possible"

Néanmoins, il faut bien admettre qu’alors que tant de personnes avaient formulé le voeu si souvent exprimé du "plus jamais ça", leurs mises en garde sont restées vaines : massacres du Cambodge, massacres en Afrique qui depuis plus de 10 ans paie le plus lourd tribut, folie génocidaire du Rwanda, bilan tragique de morts et de réfugiés, et même guerres en Europe ou au Proche Orient... Donc, l’humanité connaît siècle après siècle, après chaque vague de guerres, des prises de conscience et des décisions de "plus jamais ça", mais hélas, tout recommence.

La question reste alors posée : comment mettre fin à ces barbaries ?

Simone Veil répond :

" Je m’interroge sur ce qu’il est possible de faire pour arrêter ces crimes, ces violences, ces dramatiques déplacements de population...Je suis peut-être un peu moins pessimiste que lorsque j’ai rédigé cette conclusion parce qu’il faut éveiller les gens et les maintenir en état de conscience. Je pense tout de même que les grands conflits, pour la plupart, sont en voie de cessation. Pour moi, ce qui a toujours été un voeu que j’ai fait très profondément, c’est que nous nous réconcilions avec les Allemands, parce que s’agissant de l’Europe, ce sont les conflits avec eux qui n’ont cessé durant des siècles. A propos de la guerre de 14, je me souviens que mes parents se disputaient à ce sujet, ma mère pensant qu’après la guerre, nous aurions dû trouver un accord avec les Allemands, ce que souhaitaient un certain nombre de grands personnages de l’Etat, alors que mon père, ayant fait la guerre, était d’une opinion contraire, restant anti-allemand. Au moment où je suis rentrée des camps, l’un de mes plus grands souhaits était justement que les Allemands puissent vivre sous un régime démocratique, que le régime nazi soit complètement répudié, que l’on puisse effectivement créer l’Europe. J’ai toujours été une européenne convaincue. Je me suis mariée très vite après mon retour de déportation, mon mari avait les mêmes idées que moi. Nous avons toujours été tous les deux des militants de l’Europe, nous avons même accepté de vivre en zone américaine en Allemagne avec nos enfants tout petits qui fréquentaient l’école allemande et parlaient comme des enfants allemands. C’était pour nous la seule solution pour l’avenir, sans cela, on repartait dans des conflits infinis...






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