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L’essentiel avec... Françoise Barré-Sinoussi, de L’ACADEMIE DES SCIENCES

Prix Nobel de médecine 2008, directeur de recherches sur le virus du Sida à l’Institut Pasteur, elle répond aux sept questions essentielles de Jacques Paugam
Françoise Barré-Sinoussi, élue le 24 février 2009 à l’Académie des sciences, est directrice de recherche à l’INSERM et directrice de l’unité de régulation des infections rétrovirales à l’Institut Pasteur. Elle a été co-lauréate en 2008 du prix Nobel de médecine avec Luc Montagnier pour leur découverte du virus responsable du SIDA. Elle répond ici aux 7 questions essentielles que lui pose Jacques Paugam, questions identiques pour tous les invités de cette émission.


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : HAB705
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hab705.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 14 octobre 2012

1- Dans votre itinéraire professionnel, dans votre carrière, quel a été jusqu’à présent à vos yeux le moment essentiel ?

Dans sa vie professionnelle, Françoise Barré-Sinoussi explique que le moment essentiel a été la découverte du VIH en 1983. A cette époque, on ne mesurait pas encore l’ampleur que l’épidémie allait prendre. La prise de conscience se situe vers la fin des années 80 mais surtout à partir de la découverte et de l’identification du traitement dans les années 90. Cette combinaison thérapeutique est doublement efficace. Elle permet aujourd’hui de réduire de plus de 85% la mortalité des patients tout en jouant un rôle de prévention : le risque de transmission aux autres partenaires est réduit de 96% lorsque les patients sont traités tôt. Aujourd’hui 34 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde mais l’accès au traitement est encore insuffisant.

Notre invitée évoque le souvenir d’une rencontre avec un patient en phase terminale à l’hôpital de San Francisco : ce moment touchant où elle est entrée dans la chambre de cet homme à bout de forces. Il tenait à la voir et lui serra les mains. Et pouvant à peine parler, il lui susurra un merci qu’elle ne comprit pas. Lui ayant demandé « pour quoi ? », il répondit « pas pour moi, pour les autres ». "Une telle rencontre, dit-elle, représente un des moments les plus émouvants de la responsabilité qu’ont les chercheurs de donner le meilleur pour faire avancer la science plus vite".

2- Qu’est-ce qui vous paraît essentiel dans votre domaine d’activité aujourd’hui et sur ce que vous faites vous-même actuellement ?

Pour l’invitée de Jacques Paugam, ce qui caractérise la recherche dans le domaine du sida est le travail réalisé étroitement entre différentes disciplines. Il n’y a plus de frontières entre recherche biomédicale, sciences humaines et sociales. Le travail se fait aussi avec le personnel soignant et des associations qui représentent les patients, ce qui n’était pas évident il y a vingt ans.

3- Quelle idée essentielle aimeriez-vous faire passer au regard de l’évolution de notre monde et de notre societé ?

Françoise Barré-Sinoussi évoque la nécessité de revenir à la solidarité. La société se dirige vers l’individualisme, ce qui va à l’encontre d’une évolution favorable de notre pays et de notre société. Il est grand temps que chacun se sente responsable et réapprenne à travailler avec les autres. En ce qui concerne le regard négatif que la société porte sur la science, elle estime que les chercheurs dans leurs communications avec la société, ne sont pas toujours bons. Les scientifiques ont leur propre langage. Il faut l’adapter quand on s’adresse au public, ce qui n’est pas forcément simple. Il y a des langages très différents entre la société et les chercheurs, ce qui explique cette difficile compréhension. Mais le regard négatif porté sur la science n’existe pas dans tous les domaines. Françoise Barré-Sinoussi ne le ressent pas en ce qui concerne la recherche biomédicale.

4- Pour vous, quelle est la plus grande hypocrisie de notre temps ?
Elle estime que l’on vit dans une société où l’on fabrique une sorte de marketing de l’être humain, où l’on n’est plus estimé pour ses qualités ou ses compétences. La représentation prend le pas sur l’être. Des gens extrêmement compétents ne sont pas forcément bien perçus par les autres tout simplement parce qu’ils sont réservés. On vit dans une grande époque de la communication, mais avec de nouveaux outils qui vont finir par s’opposer à la véritable et bonne communication.

Françoise Barré-Sinoussi, de l'Académie des sciences
Françoise Barré-Sinoussi, de l’Académie des sciences
© Clement Moutiez

5- Qu’est ce qui vous laisse le plus d’espoir ?

Sans hésitation pour l’académicienne, les jeunes sont son plus grand espoir. Elle les sent motivés pour faire bouger les choses même s’ils sont en attente d’objectifs. Leur désabusement traduit cette attente.

6- Quel est le plus grand échec de votre vie et comment l’avez-vous surmonté ou avez-vous tenté de le surmonter ?

Voir son mari disparaître d’une longue maladie a été pour elle l’occasion de se reposer des questions essentielles sur sa vie, et cette période, elle l’a vécue pendant un temps comme un échec. Le voir partir dans des conditions pénibles après si peu de temps passé à ses côtés... Avait-elle fait le bon choix de vie ? C’est son mari qui lui a fait comprendre la nécessité de retourner à ses activités alors que lui allait mourir. L’autre échec, plus professionnel, a été le conflit franco-américain suite à la découverte du VIH. Ce conflit a été perçu par les patients comme un conflit économique, une guerre des marchés. Ils pensaient que la France se battait pour récupérer des brevets ou de l’argent et pareillement du côté américain. La chercheuse explique s’être retrouvée à l’époque dans des réunions avec des patients qui l’interrompaient et lui disaient « de toutes façons, on ne vous écoute plus, vous les chercheurs, tout ce qui vous intéresse, c’est l’argent et le pouvoir ». De tels propos lui ont fait très mal, avoue-t-elle.

7- Quelle est aujourd’hui votre motivation dans la vie ?

L’invitée répond sans hésitation que c’est l’attente des patients qui est son moteur. Bien qu’il y ait toujours des hauts et des bas pour les chercheurs, il lui suffit de se rendre dans les pays à ressources limitées et d’avoir une réunion avec les patients ou les représentants de patients et sa motivation en est à nouveau dynamisée. Lors d’une conférence internationale sur le sida, un représentant de patients en la présentant lui a fait le plus beau compliment en la qualifiant de « chercheur engagé ».

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