L’Art Nouveau en France (7/7)

Par Brigitte Ducousso-Mao
En compagnie de Brigitte Ducousso-Mao, historienne de l’art, redécouvrez Paris au temps de l’Art Nouveau. Refus de la production industrielle, émancipation de la femme, introduction de l’art japonais...autant d’éléments qui jouent sur ce courant artistique.


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Émission proposée par : Krista Leuck
Référence : CARR043
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Date de mise en ligne : 28 septembre 2006

L’Art Nouveau s’est développé en France autour de 1890 et a atteint son point culminant lors de l’exposition universelle de 1900. Comme partout en Europe, les jeunes artistes français s’insurgeaient contre la pesanteur de l’Académie des Beaux-Arts, se lassaient des modèles gréco-romains et, à l’instar de John Constable et de Gustave Courbet, choisissaient comme seule source d’inspiration la nature dans toute sa diversité.

Armand Point (1860-1932) fut l’héritier en droite ligne du mouvement Arts and Crafts et des Préraphaélites par son refus d’allégeance à l’art officiel et son indépendance d’esprit.
En 1867, il créé à Marlotte (Seine et Marne), la Confrérie Hauteclaire. Dans cet atelier avant-gardiste se côtoyaient et travaillaient ensemble des artistes qui se référaient essentiellement aux traités des maîtres de la Renaissance italienne.
Cette colonie artistique témoignait d’une volonté de concevoir un art en totale autonomie, hors de toute implication avec les pouvoirs publics ou privés. Les productions qui émanaient d’Hauteclaire étaient en parfaite contradiction avec l’art officiel et fortement influencées par le courant symboliste, qui refusait la laideur des productions industrielles et préférait la beauté des mondes parallèles : les mystères, les heures imprécises, les eaux dormantes.

Armand Point (1861-1932), L’automne.
Armand Point (1861-1932), L’automne.

L’Art Nouveau français transcrit les sensations en métaphores. Des artistes, tels que le joaillier René Lalique ou Armand Point, ont cherché à entrer dans le domaine des correspondances et sont restés proches du mouvement romantique.

D’autres créateurs comme Georges de Feure ou Henri de Toulouse-Lautrec, influencés par l’art de l’ukiyo-é, ont initié une nouvelle conception de l’espace en art ; ils découvraient dès 1875 les estampes japonaises colorées chez les collectionneurs d’art d’Extrême Orient, notamment Samuel Bing (1835-1905) dont la galerie était située au numéro 22 de la rue de Provence et dont l’enseigne portait le nom Art Nouveau.

La femme, mouvante, mystérieuse et complexe comme une arabesque fascine : la danseuse de cabaret Loie Füller fut immortalisée en lithographie par Henri de Toulouse-Lautrec et en lampe de bronze par Raoul Larche (1860-1912).

Henri de Toulouse-Lautrec, (1864-1901), Miss Loïe Fuller.
Henri de Toulouse-Lautrec, (1864-1901), Miss Loïe Fuller.
Lithographie en couleurs, au pinceau et crachis ; 36,8 x 26,8 cm. 1893.

L’Art Nouveau français reflète toutes les interrogations consécutives au nouveau rôle de la femme dans la société - Le premier congrès des droits des femmes se tint à Paris en 1878 et Hubertine Auclert (1848-1914, d’origine bourbonnaise) réclame le droit de vote pour les femmes en 1881, sans l’obtenir !

L’image de la femme est récurrente dans l’Art Nouveau français : certains artistes l’ont péjoré comme Rupert Carabin (1862-1932) qui utilisait le corps des femmes comme piétement pour les meubles qu’il créait, d’autres artistes comme Lalique (1860-1945) l’idéalisaient, la transformaient sur leurs bijoux en sirène ou en papillon.

L’Art Nouveau, d’une manière générale, est dominé par la courbe : car dans la nature, tout est arabesque. Ses détracteurs l’appellent style pieuvre ou style nouille. Il s’est installé avec aisance parce que les progrès technologiques permettaient le développement d’une architecture plus légère constituée de poutrelles cintrées architecturées en treillage. Les industriels du verre et du fer ont facilité son implantation au cœur de la ville. Les pavillons libellules de l’architecte Hector Guimard qui marquent les entrées du métropolitain à Paris étaient construits en poutrelles de métal et recouverts de verre transparent (on peut encore les admirer à la station Porte Dauphine ou à Abbesses).

PORTE DAUPHINE - Place du Paraguay.
PORTE DAUPHINE - Place du Paraguay.
Hector Guimard (1867 - 1942), architecte designer.

C’est dans cette mouvance qu’Henri Labrouste(1801-1875), initiateur de l’architecture fonctionnaliste, Prix de Rome d’architecture, édifie la Bibliothèque Sainte Geneviève entre 1850 et 1857 et la salle de lecture de la Bibliothèque Nationale de France entre 1854 et 1857 ; Gustave Eiffel(1832-1913) fait ériger une tour métallique de 300 mètres de hauteur.

Anatole de Baudot (1834 -1915) utilise pour la première fois la brique et le béton pour un édifice religieux à Saint Jean de Montmartre et Jules-Aimé Lavirotte (1864-1937), élève d’Anton Gaudi, entremêle et confond architecture et décoration sur la façade de l’hôtel Céramique, avenue de Wagram.

En 1873 lors de l’exposition universelle les céramistes français étaient les maîtres de cet art qui conjugue la terre et le feu ; c’est ainsi que Jean Joseph Marie Carriès (1855-1894) sculpteur et céramiste a travaillé avec les architectes pour animer les façades des immeubles avec ce matériau résistant qui ignore l’usure du temps : il installa en 1890 un atelier de céramiste à Saint Amand en Puisaye qui connut un vif succès.

Signalons qu’une grande part des oeuvres du céramiste Carriès sont exposées en permanence au Musée du Petit Palais de la Ville de Paris.

Retrouvez nos émissions sur l’Art nouveau :

- L’Art Nouveau : Arts and Crafts (1/7)
- L’Art Nouveau : Les principes fondamentaux (2/7)
- L’Art Nouveau : Ashbee et la naissance de l’Art nouveau (3/7)
- L’Art Nouveau : les Préraphaélites (4/7)
- L’Art Nouveau en Allemagne et en Autriche de 1880 à 1900 (5/7)
- L’Art Nouveau : La sécession viennoise (6/7)






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