Pierre Léna : gardons l’espérance pour l’école !

L’académicien des sciences, passionné de pédagogie, plaide pour des changements... mais pas n’importe lesquels !
Encore un livre pour critiquer l’école ? Non. Pas de nostalgie du bon vieux temps non plus. Mais le constat d’un changement positif possible, fondé sur l’expérience réussie de "La Main à la pâte". "Enseigner c’est espérer", tel est le titre (inspiré d’un poème d’Aragon) du livre que publie Pierre Léna, de l’Académie des sciences, en cette rentrée scolaire 2012. L’écouter, dans cette émission, c’est partager un moment où lucidité et optimisme ne se contredisent pas...


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : PAG1109
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Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida9590-Pierre-Lena-gardons-l-esperance-pour-l-ecole.html
Date de mise en ligne : 16 septembre 2012

Le titre de ce nouveau livre de Pierre Léna est assorti d’un sous-titre : plaidoyer pour l’école de demain, et et même, pour bien résumer le constat qui sous-tend sa réflexion, d’une courte explication : "Notre monde change vite. La jeunesse, souple et prompte à respirer l’air du temps, change aussi, très vite. Mais l’école qu’elle fréquente ne change pas, ou si peu".

Membre de l’Académie des sciences depuis 1991 dans la section sciences de l’univers, professeur émérite à l’université Paris Diderot, mais surtout, co-fondateur, avec ses confrères, le regretté prix Nobel Georges Charpak et l’ami de toujours, Yves Quéré, de "La main à la pâte", une initiative pour transformer l’enseignement scientifique, en commençant par les classes maternelles, Pierre Léna est depuis longtemps fortement impliqué dans la réflexion sur l’enseignement et l’éducation, ne serait-ce que pour avoir été Délégué à l’éducation et à la formation au sein de l’Académie des sciences. D’ailleurs, il se présente (page 10 de ce livre) comme "un scientifique qu’a passionné la pédagogie".

Comment faire entendre une voix nouvelle dans la cacophonie des opinions sur l’école, lesquelles portent souvent un masque idéologique, comme l’auteur ne manque pas de le déplorer, masque qui empoisonne tout débat sur l’école. Il rappelle aussi, c’est fondamental que "le temps de l’éducation est celui du temps long, une décennie au moins, peut-être deux". Aussi faut-il se tenir loin des slogans, des affirmations péremptoires et des changements incessants qui finalement ne changent rien. Et puis, savoir écouter ne nuit pas : ce livre fait la part belle à une expérience personnelle mais aussi à des témoignages d’enseignants et d’élèves, car Pierre Léna n’a jamais manqué de se rendre "sur le terrain".

Pierre Léna à Canal Académie
Pierre Léna à Canal Académie
© Canal Académie

Dans cette émission, il propose un bref résumé de l’aventure de la Main à la Pâte, 16 ans (1996-2012) de succès, cette manière particulière de permettre aux enfants, tout jeunes, de s’initier aux sciences, en leur laissant poser des questions et faire des expérimentations à leur mesure (plusieurs émissions sur Canal Académie offrent tous les détails souhaités de cette belle aventure, voir plus bas)

Avec ce livre, il souhaite transmettre trois vertus : la confiance, l’espérance (dont notre monde a terriblement besoin) envers les professeurs et envers les élèves plus encore, et le goût de l’autre.

Il offre aussi :
- une réflexion sur le collège, lieu de beaucoup de succès mais aussi d’échecs patents
- un regard sur la science, la culture, et la manière de transmettre
- une réflexion et des propositions sur l’école de demain.

L’académicien part d’un simple constat : la jeunesse a changé, tandis que l’école, elle n’a presque pas bougé. Il observe les élèves du collège (6ème-3ème, tranche d’âge 11-15 ans) : quatre immenses changements chez ces adolescents ou pré-adolescents :
- ils vivent à l’échelle du monde
- dans des familles moins traditionnelles
- sont familiers d’Internet
- ne font plus de lien entre études et emploi, et même un autre immense changement, leur rapport à la nature... sans compter que, pour beaucoup d’élèves, désormais, le français est comme une langue étrangère à apprendre.

L’auteur détaille ces observations et les réflexions qu’elles lui inspirent.

Autre constat : l’école, elle, n’a pas changé ou pas à la même vitesse. Mais doit-elle changer ? On garde en mémoire les méfaits de certains changements... Pourquoi cet immobilisme, est-ce refus du changement ? Et que faut-il changer, dans la perspective d’une éducation sur un temps long ? Changer les programmes, on l’a déjà vu, ne change rien...

- Du côté des enseignants

A partir de l’exemple de l’enseignement des sciences par la Main à la Pâte, Pierre Léna plaide pour que l’enseignement fasse preuve d’invention pédagogique et de créativité. Il préconise "un enseignement intégré" (il consacre tout un chapitre à ce thème majeur), autrement dit un décloisonnement des disciplines. Pourquoi ? "Parce qu’il faut que l’homme apprenne à penser la complexité... les champs disciplinaires se chevauchent, aucun de ces champs ne peut à lui seul, saisir la complexité du problème". Or, si l’on regarde la manière dont la science, pour ne parler que d’elle mais le raisonnement s’applique aux autres matières, est traditionnellement enseignée, "le découpage en disciplines, qui caractérise la spécialisation des professeurs de l’enseignement secondaire et les programmes scolaires qu’ils sont tenus d’enseigner, est le reflet du développement historique de la science... ainsi s’expliquent les catégories du savoir... Comment gérer cet héritage pour entrer dans le nouveau monde, celui de l’interdisciplinarité ?"

Seize années de "La Main à la Pâte" permettent d’en faire aujourd’hui l’évaluation : "Sur trois enjeux majeurs de l’école -l’interdisciplinarité, le travail en groupe des professeurs, et la qualité de la relation avec les élèves-, l’enseignement intégré produit un substantiel changement" (page 104 de son livre). La preuve est faite que cette manière de transmettre l’enseignement scientifique est positive. Qu’attend-on pour s’en inspirer et appliquer et généraliser cette méthode ? Pierre Léna, ne manque pas d’arguments, écoutez-le dans cette interview.

- Et du côté des jeunes ? Pierre Léna souligne que "trouver sa propre identité est la préoccupation majeure des jeunes scolaires de notre époque. Celle de consommateur ou même celle de citoyen d’une nation, qui leur sont proposées, leur paraissent insuffisantes, sinon dérisoires. Il nous faut donc construire une éducation qui aille au-delà des savoirs, indiscutablement indispensables, que délivre l’instruction traditionnelle. Une éducation qui permette à chaque jeune de "penser" ce monde nouveau et de s’y situer. Ce n’est pas simple, nous tâtonnons et expérimentons dans l’obscurité d’un avenir incertain. Mais toute conduite rigide, toute reproduction d’un passé, souvent idéalisé d’ailleurs pour les besoins de la cause, me paraissent condamnées par avance..."

Si l’on définit le rôle de l’école : "transmettre à la jeunesse l’héritage du passé, l’aider à lire le présent, enfin la préparer à l’avenir"... peut-on constater que ces trois missions, sont remplies... ? Ecoutez dans cette émission les réponses de l’académicien et partagez sa conviction profonde que... l’année 2012 pourrait bien être un tournant majeur pour entamer les transformations pédagogiques qui s’imposent.

In fine, quel état d’esprit Pierre Léna suggère-t-il d’adopter ? "Nous pourrions tenter l’analyse suivante : notre système éducatif possède indéniablement de gros défauts (comme d’ailleurs la pupart de ceux des autres pays du monde...). Il est aisé de dénoncer des défauts, gaspillages et conservatismes et d’imposer des coupes budgétaires. Il serait plus courageux d’analyser nos faiblesses, de faire partager cette analyse au pays et au corps enseignant, puis de corriger ces faiblesses en recherchant sans cesse l’adhésion, en maintenant les dépenses tout en orientant et mieux l’emploi des ressources"...

Bon à savoir :

- l’Académie des sciences prépare pour la fin de l’année 2012 un "Avis" sur "l’Enfant et les écrans" destiné aux pouvoirs publics ainsi qu’aux parents et éducateurs (aux éditions le Pommier en février 2013)

- Le projet des Maisons régionales de la science : Les maisons régionales pour la science : un lieu de développement pour les enseignants, un avenir pour les enfants

A écouter aussi sur Canal Académie nos émissions :

- Les sciences intégrées à l’école, suite logique de La main à la pâte
- Les Prix Main à la pâte 2011 : pour une culture scientifique en primaire
- Main à la pâte 2010 : hommage à Georges Charpak
- Comment aborder le monde du vivant en maternelle ?
- L’enseignement des sciences en maternelle
- L’enseignement de la science à l’école primaire : les propos de Jean Salençon, président de l’Académie des sciences, et de Luc Chatel, ministre de l’Education nationale

"Enseigner c’est espérer", titre inspiré de Louis Aragon, "Enseigner c’est dire espérance, étudier fidélité". Dans La Diane française, chanson de l’université de Strasbourg, écrite à la Libération .






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