En Ecoute facile : Le grand Condor des Andes, par Maurice Genevoix, de l’Académie française

Dans la série "les Académiciens et les animaux"
Venez à la rencontre du grand Condor des Andes, seigneur des oiseaux, dont la majesté a été décrite avec sensibilité et passion par Maurice Genevoix, de l’Académie française. Découvrez ce magnifique texte du romancier, qui ici se fait conteur et poète animalier. La programmation "En Ecoute facile" sur Canal Académie est particulièrement destinée à nos auditeurs dont le français n’est pas la langue maternelle.


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : EFF517
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Date de mise en ligne : 2 septembre 2012

En Écoute facile est en effet, une rubrique mise à votre disposition par Canal Académie pour vous permettre d’écouter le français facilement, avec une diction plus lente, des mots simples, et une prononciation soignée afin que cette écoute soit plus aisée pour tous, et particulièrement pour nos amis auditeurs de l’étranger !

Nous vous proposons de lire et d’écouter la superbe description que Maurice Genevoix, de l’Académie française, fit de la capture d’un oiseau immense et majestueux : le Condor des Andes.
Vous serez aidés dans votre compréhension du vocabulaire riche et précis, choisi par ce grand observateur et défenseur de la nature et des animaux que fut Maurice Genevoix, par les voix de deux sympathiques lecteurs : Anne et Clément.

Le Condor, seigneur des oiseaux
Le Condor, seigneur des oiseaux

- Anne : Maurice Genevoix de l’Académie Française aimait les voyages. Il aurait voulu enseigner à l’étranger.

- Clément : Mais ses blessures de guerre l’obligèrent à choisir une autre orientation. Néanmoins, il conserva le goût du voyage. Il visita les grandes villes d’Afrique du Nord en 1934, parcourut le Canada durant quelques mois en 1939.

- Il part également en Suède en 1945. En 47, il découvre le Soudan, le Sénégal, la Guinée et le Niger. Il parcourt le Mexique en 1960. Mais il reste avant tout séduit par le Canada sauvage qui le ramène à ses propres fondements : la forêt, le fleuve, mais aussi les bêtes libres.

- Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers des terres plus arides ; notre destination est l’Amérique du Sud. C’est à un combat sans merci entre l’homme et l’animal auquel nous allons assister, sous la plume de ce romancier-essayiste-poète.

- Dans le vocabulaire riche, descriptif et coloré de Maurice Genevoix, vous allez entendre le mot « dykes », sachez qu’il s’agit d’une lame de roche volcanique qui s’est infiltrée dans une fissure à travers différentes couches de roches.

- Vous entendrez aussi le mot « rémiges » : comme l’animal décrit par Maurice Genevoix est un grand oiseau, un Condor, les rémiges sont de grandes plumes rigides dans les ailes de cet oiseau.

- Genevoix écrit : « l’oiseau se darde », c’est-à-dire : il se dresse et s’élance.


Maurice Genevoix : « Dans un paysage farouche, d’aiguilles à pic, de dykes rocheux abruptement sciés, vertiges de ciel et d’abîmes, un point noir apparaît et approche. C’est un condor, les ailes étendues, qui plane. Quelle aisance, quelle souveraineté ! Les courants, les remous d’air, tout lui est allié ou complice. Un gauchissement, un clin des immenses rémiges, et le voilà qui vire, se soulève, se darde comme un trait foudroyant. »


- Anne : Le condor des Andes se trouve en Amérique du Sud tout le long de la cordillère des Andes, du Pacifique et de l’Atlantique. Il est surtout réparti en Équateur, au Pérou, au Chili, en Bolivie et en Argentine jusqu’en Terre de Feu. Son habitat est essentiellement composé de prairies ouvertes et alpines non boisées ; il vit de 3 000 jusqu’à 5 000 m d’altitude ; le long des côtes, il peut vivre en haut des falaises surplombant l’Océan.

- Clément : Jusqu’à présent, le condor volait librement ; Maurice Genevoix décrit maintenant dans son texte l’arrivée de ce grand prédateur qu’est l’homme.

- Dans cet extrait, il utilise le mot « cirons », il s’agit d’un animal minuscule, une sorte d’acarien.

- Vous entendrez aussi le mot « faix », c’est une charge très lourde, un fardeau sous lequel on plie.

- « Un piaulement » : écoutez, voilà le cri du Condor.

- et « Gourds » est un adjectif qui veut dire engourdis par le froid.

La Cordillière des Andes
La Cordillière des Andes

Maurice Genevoix : « Dans le même temps, au fond d’une gorge, fourmis, cirons collés aux pierres, deux ou trois hommes rampent et se traînent, peinent âprement sous leur faix de cordes et d’outils. Comment croire que l’un de ces hommes prendra le grand oiseau vivant ? Comment risquer pari aussi absurde, aussi fou ? Et pourtant c’est ce qui arrivera. Le condor le sait-il aussi ? Quelle prescience l’alarme dans le ciel ? Il tournoie, comme lié à ce point d’ombre où quelque chose bouge vaguement, grimpe peu à peu, lentement, opiniâtrement, se rapproche d’un autre point, là-haut : la cime aigüe de cette aiguille où la même alarme angoissée dresse une silhouette au bord du ciel. C’est la femelle, c’est la mère. A-t-elle vu ? Pas encore. Mais les piaulements du mâle qui plane l’ont avertie, érigée sur son nid. Sa tête, au bout du long cou glabre, tourne sans trêve, par brusques déclics. A son tour, elle piaule, elle répond. Ses ailes s’entrouvrent comme pour l’essor, un vol bref la soulève un instant, qui s’infléchit et vient s’achever sur l’aire. Maintenant elle crie pour ses petits : ses piaulements ne sont plus les mêmes, roulés tout bas, d’une infinie douceur. Duvetés de blanc, gourds encore, les jeunes condors culbutent vers elle. Son bec les frôle, les pousse, les ramène tendrement vers le nid. »


- Clément : Savez-vous ce qu’est une latte : c’est une pièce de bois longue et étroite.

- Anne : Une anfractuosité est une cavité profonde et irrégulière.

- L’expression : tendre vers un paroxysme, signifie aller vers le plus haut degré d’une douleur, d’une émotion, d’un sentiment.


Maurice Genevoix : « Ainsi comme pas à pas, à l’allure d’une cordée patiente, le drame inexorable s’incline vers son dénouement. La bête intelligente, calculatrice, courageuse, sait ce qu’elle veut, va son chemin. Balancé au bout d’une corde, de rappel en rappel l’homme grimpe. Il atteindra le nid. Sa main d’homme tâtonnera l’air, saisira l’un des jeunes, le meurtrira, lui arrachera des plaintes qui traverseront le cœur de la mère. Ainsi la provoquera-t-il et l’obligera-t-il à l’attaquer. Autour de lui, les grands oiseaux resserrent leurs circuits, le soufflettent du vent de leurs ailes. Leurs cris ne font plus qu’un seul cri où se confondent la détresse, la menace, peut-être la supplication. Mais le chasseur, assuré dans sa force, dans sa volonté implacable, cale les crampons de ses souliers dans les anfractuosités du roc, affermit sur la corde la prise de ses genoux, de sa main gauche – araignée qui se fixe à sa toile – libère sa terrible main droite.
Et désormais, en quelques instants, le drame entre la bête et l’homme prend une intensité inouïe, rebondit vers son paroxysme. Tandis que le mâle s’élève, tourne en plein ciel, revient, s’éloigne, la mère attaque farouchement. Ses rémiges, dures comme des lattes de bois flagellent le dos, les épaules de l’homme. Son bec, ses ongles cherchent les joues, les yeux. Lui hausse le col de sa veste en cuir, abaisse les bords de son chapeau. Qu’une serre l’atteigne et qu’un filet de sang vienne soudain strier son visage, c’est à peine s’il s’en émeut, ses yeux froids continuent de guetter, d’épier l’instant qu’il a voulu, prévu, qui ne peut pas ne pas surgir.
Et le voici. Basculant ses ailes en arrière, les serres ouvertes et tendues, la femelle va le frapper. Parallèles, presque jointes, ses deux pattes se profilent sur le ciel. La main de l’homme est partie en avant, plus rapide que les serres du condor ; elle a saisi les pattes ensemble, elle les a étreintes, elle ne les lâchera plus. Que la bête désormais l’enveloppe d’un tourbillon, d’un orage de plumes et de cris, qu’elle multiplie ses coups furieux, qu’elle s’acharne inépuisablement, elle s’épuisera pourtant à la longue contre une patience, une volonté, un courage plus durement trempés que les siens. Elle faiblit, ranime sa vigueur, de nouveau faiblit et gémit. C’est admirable, c’est révoltant. Et soudain les grandes ailes renoncent, le corps renonce, l’âme renonce. Le grand oiseau pend au poing de l’homme, effaré, silencieux, vaincu.
 »

Maurice Genevoix, de l’Académie française
Maurice Genevoix, de l’Académie française

- Anne : Estimée en 2009 à environ 10 000 individus sur une aire de répartition de 2 540 000 km2, la population du condor des Andes est en décroissance continuelle. Depuis 1977, le condor fait partie de la liste des espèces menacées.

- Clément : Merci à Maurice Genevoix, ce magnifique observateur et défenseur de la nature, écologiste avant même que ce mot ne figure dans le dictionnaire !

- A bientôt pour un prochain En Écoute facile... Une série proposée par Canal Académie destinée aux personnes dont le français n’est pas la langue maternelle.

- Avant de nous séparer, je voudrais vous rappeler que dans cette même émission, En Ecoute facile, nous proposons une série consacrée aux hauts lieux décrits par des Académiciens ; vous pouvez ainsi écouter :

-  L’Algérie par Assia Djebar de l’Académie Française
-  L’Albanie par Ismail Kadaré de l’Académie des Sciences Morales et Politiques
-  L’Abbaye de Sénanque par Georges Duby de l’Académie Française
-  La Chine par Pierre-Jean Rémy de l’Académie Française
-  Le Portugal par Paul Morand de l’Académie Française
-  Le Brésil par Edouard Bonnefous de l’Académie des Sciences Morales et Politiques

En savoir plus :

Maurice Genevoix (1890-1980) était membre de l’Académie française, Secrétaire perpétuel de cette même Académie.


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