Objets d’art : les surtouts de table

Une chronique de Bertrand Galimard Flavigny
Apparus à la Renaissance chez certaines grandes familles, les centres de table également appelés "surtouts de table", servaient à étaler ses richesses aux yeux des convives ; puis ils sont devenus des objets de décoration à part entière. Bertrand Galimard Flavigny explique ici l’origine de cet objet décoratif qui pouvait contenir salière et sucrière, boîtes à épices ou encore des fleurs....


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 26 août 2012

Dans les représentations de banquets - dans les tableaux anciens - , on s’aperçoit de prime abord que les convives disposent d’un tranchoir, d’un couteau et d’un gobelet ; les écuelles et pichets sont parfois alignés, en ordre devant chacun d’eux mais pas toujours car ils sont souvent déposés sur une desserte. On ne distingue pas d’ornement particulier. Le changement fréquent de services, voire de la table, limitait la décoration qui se bornait à la nappe, aux récipients et aux plats servis. Il arrivait que l’on disposât des brindilles et fleurettes pour agrémenter la vue. Il n’est pas impossible que celles-là étaient destinées à parfumer l’atmosphère.

Il existait toutefois une décoration particulière qui fut en usage en Italie, d’abord, au milieu du XVe siècle et qui dura jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, ce sont les sculptures en sucre. « Celui-ci était moulé dans des formes inattendues selon un répertoire qui n’avait pour limite que l’imagination des artistes chargés de les concevoir », rapportent les auteurs de l’Histoire de la table [1]. Ces auteurs citent la table du banquet offert en 1667 à Frascati par la princesse Pomphili à Léopold de Médicis à l’occasion de son accession au cardinalat. Cette œuvre dessinée par Pierre Paul Sevin, largement inspirée de l’Antiquité classique, est conservée au Musée national de Stockholm.

Exemple d'un surtout de table
Exemple d’un surtout de table

Il semblerait que les centres de tables, dits également surtouts de table, soient apparus à la Renaissance chez certaines grandes familles ou dans certaines Cours européennes désireuses de dévoiler leur faste et leur richesse à leurs convives. Ce rôle était dévolu jusqu’à présent aux « buffets d’orfèvrerie » sur lesquels ont exhibait la vaisselle la plus riche qui n’était pas utilisée. Ils trouvèrent leur utilité en réunissant salières, boîtes à épices, huilier, vinaigriers et sucriers.

Leur première description officielle, si l’on peut dire, est inscrite dans le numéro de mars du Mercure Galant décrivant les fêtes du mariage du duc de Chartres : au milieu de chacune des deux tables ovales, « il y avait une grande machine de vermeil doré de nouvelle invention, appelée Surtout de table. Outre les lumières que ces machines portent, elles sont remplies de plusieurs vases et d’ustensiles, le tout fort utile à ceux qui sont à ces repas ».

L’orfèvre Nicolas Delaunay livra en juillet 1697 : « pour servir sur la table du Roy à Marly » deux « milieux de table » de vermeil, chacun équipé d’une girandole, quatre sucriers, quatre poivriers à trois séparations, et huit enfants (destinés à dissimuler le jour les bobèches) ». Et l’on vit de plus en plus dans les Cours, à l’occasion de banquets solennels, des pièces d’orfèvrerie orner les centres des tables.

En dehors des Cours, on plaça d’abord les « surtouts de dessert ». Ils se composaient le plus souvent de trois plateaux de glaces garnis en cuivre argenté et rehaussés, pour les plus luxueux, de figures et de motifs en porcelaine ou en biscuit. Un petit centre de table, à côtés arrondis, le plateau en marbre blanc incrusté d’onyx, marbre rouge griotte ou pierre dure, en cabochon, dans des encadrements à filet rouge corail et branchages feuillagés, a été adjugé 7.500 €, à Drouot, le 2 novembre 2011 par la svv Thierry de Maigret. Cette pièce, haute de 4,5 cm, large de 34,5 et profonde de 20,5 cm, attribué à Giuseppe Valadier, date de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle. Il est fort probable que ce surtout ait été rapporté d’Italie par un collectionneur français.

Les artistes Italiens proposaient à l’époque des créations nettement plus originales et luxueuses. Elles étaient composées de plateaux incrustés de motifs en marbres et pierres dures polychromes et qui supportaient tout un ensemble d’édifices, figures, éléments d’architecture... en marbre et en bronze. Un surtout de ce type, peut-être le plus célèbre, fut rapporté de Rome à Paris par le bailli de Breteuil (1722-1785) qui fut ambassadeur de l’ordre de Malte près du Saint-Siège puis du roi de France à partir de 1778 jusqu’à sa mort. Le somptueux « surtout Breteuil » fut imité par certains amateurs parisiens qui lancèrent la mode de cette décoration de table. On connaît par exemple un surtout exécuté vers 1807-1816, en lapis-lazuli incrustés de marbres ou de pierres dures conservé au Palais Pitti à Florence.

L’histoire des arts de la table fut désormais liée à ces ornements luxueux ou aussi simples qu’un bouquet, comme à l’origine.

Bertrand Galimard Flavigny

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[1] Histoire de la table par Pierre Ennès, Gérard Mabille et Philippe Thiébaut, Flammarion, 1994.






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