Le canotage vu par un Loup d’eau douce !

Le canotier n’est pas seulement un chapeau ! par Bertrand Galimard Flavigny
Le marin d’eau douce dont quelques-uns se moquent, a connu, son heure de gloire, illustrée par un petit ouvrage destiné à décrire son « innocente passion ». Une chronique du bibliologue Bertrand Galimard Flavigny.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 27 août 2006


Une brise irise la surface de la rivière. Le vent léger joue sur l’eau et le canotier en profite pour serrer au plus près l’écoute tribord pour mieux filer vent arrière. Les marins de mer ne connaissent pas ce langage. La brise, pour eux, n’a pas la même signification ni même l’écoute que pour les marins d’eau douce, jadis décriés.

L’apparition, en 1845, du Manuel universel et raisonné du canotier fut salué comme un événement sans pareil du côté des berges de la Seine et de la Marne. C’est que le canotage copié sur le « rowing » des Britanniques, commençait à devenir le sport qu’il convenait de pratiquer en ce milieu du dix-neuvième siècle. « Dès le matin du dimanche ou des jours de fête, le frac est mis au croc, on endosse la vareuse ; on passe la salopète (sic) de grosse toile, et, la barbe hérissée, le brûle-gueule à la bouche, on monte à bord pour aller croiser du pont de Bercy à celui de Charenton, ou parader aux régates du pont d’Asnières », rapporte l’auteur du Manuel qui signait « Un Loup d’eau douce ».

Ce loup se nommait Jules Jacquin et était curé de la paroisse de Saint-Gratien, près de Montmorency. Sa qualité d’ecclésiastique lui permit de faire un constat capital qui aurait dû servir de leçon pour l’avenir : « Aucun écrivain, ni grand ni petit, n’a considéré sous le point de vue social et philosophique, l’influence que le canotage des jeunes gens de Paris a exercé sur les vicissitudes de leurs finances, leurs relations de plaisirs, leur allure, leurs goûts et leur langage ». Quoiqu’il en soit, les canotiers possedaient enfin, un guide ! Celui-ci décrit pour la première fois « l’origine et le développement du canotage », car, comme le soulignait le « Loup d’eau douce », qui avait parcouru les dictionnaires, vocabulaires et lexicons : « le canotage n’a pas d’historien ».

Ce curé, et néanmoins loup d’eau douce, savait aussi de quoi il parlait, car bien avant que la « canotomanie » fut à la mode, il avait « tenu l’écoute et patiné l’aviron » et aurait pu au besoin « servir de pilote depuis la fin de l’Oise jusqu’à l’embouchure de la Marne ».

Le Manuel, illustré de cinquante gravures sur bois, est aussi précis que l’indique son titre. On le trouvait à Paris chez Auvin et Fontaine, passage des Panoramas et à Poissy chez Olivier-Fulgence, rue des Dames. Il fut réédité l’année suivante par le Comptoir des imprimeurs réunis (1). Les deux éditions sont identiques, et contiennent le même frontispice représentant « le canotier ». Non, il n’est pas coiffé d’un chapeau de paille à bord plat, car celui-là n’était pas encore à la mode, mais « d’un bonnet de laine napolitain, brun d’un côté et rouge de l’autre ».

Manuel universel et raisonné du canotier par Un loup d’eau douce, 1845.
Manuel universel et raisonné du canotier par Un loup d’eau douce, 1845.

Ce n’est pas le tout de savoir naviguer même en eau douce, encore convient-il de ne pas avoir peur de l’eau, dans le cas improbable où l’embarcation chavirerait. Bernardin de Saint-Pierre a dit que « l’art de nager est une source perpétuelle de plaisir ». Il semblerait qu’il n’ait pas demandé, en la matière, leur avis à Paul et à Virginie. La nage est pourtant une pratique aussi ancienne que l’homme. Selon les Romains, un personnage mal éduqué était celui qui ne savait « ni lire, ni nager ». Plus tard, nul gentilhomme ne pouvait être armé chevalier s’il ne possédait parfaitement l’art de la natation.

Des ouvrages ont, heureusement, pallié la méconnaissance de cette « art » par le plus grand nombre. L’un des plus fameux du genre, L’art de nager est complété d’un sous-titre aussi long qu’explicite : « avec des avis pour se baigner utilement. Précédé d’une « Dissertation », où l’on développe la science des Anciens dans l’art de nager, l’importance de cet exercice, et l’utilité du bain, soit en santé, soit en maladie. Suivi des moyens de rappeler les noyés à la vie, et d’un « Plan d’une École publique de Natation ». Ouvrage utile à tout le monde, et destiné particulièrement à l’éducation des jeunes Militaires du Corps-Royal de la Marine. »

Cet ouvrage si utile à la culture naturelle de l’homme est paru pour la première fois à Paris en 1696, sous la plume de Melchissedech Thévenot (né vers 1620, mort en 1692), neveu du célèbre voyageur au Levant et voyageur lui-même en Europe d’où, dit-on, il rapporta de nombreux livres rares et manuscrits précieux. Il assista notamment, en 1654, par ordre du roi, à l’élection du pape Alexandre VII. Il habitait une maison à Issy et recevait nombre savants de ses amis qui lui apportaient les découvertes qu’ils avaient faites dans les sciences. Ce fut là, rapporte Ménage, l’origine de l’académie des sciences (1666). Thévenot fut quelque temps, à partir de 1684, « garde de la Bibliothèque du roi » qu’il enrichit de livres importants.

Voyageur, bibliophile et savant, Thévenot a, dans son ouvrage, notamment inventé une nouvelle technique de nage sur le dos. Ce qui a permis à son éditeur de faire graver une jolie vignette représentant une dame dans le plus simple appareilqui s’exerce, à fleur d’eau, à cette pratique. On connaît cinq éditions de l’art de nager. Il y eut celle de Nicolas Feydel, titrée Essai sur l’art de nager, par l’auteur des Préceptes, publiés en 1783, sous le nom de Nicolas Roger, plongeur de profession, et insérés depuis dans l’Encyclopédie, imprimée en 1787, à Londres (en fait à Paris). Dans la seconde édition. Feydel reproche « aux auteurs de la nouvelle encyclopédie » d’avoir mal composé son texte qu’il décide de rendre plus concis dan son « Essai sur l’art de nager ». Il propose de créer une école de nage, après avoir donné sa méthode : « On ne peut être bon nageur sans être plongeur... Je conseille donc de commencer par là : c’est le seul moyen de se familiariser véritablement avec l’eau ». On trouve en tête du volume un curieux prospectus du livre, imprimé en rouge.

Sinon, l’édition la plus connue est la quatrième imprimée par Lamy en 1782, ornée de vingt-deux planches et augmentée en fin de volume, du plan d’une école publique de natation, d’une description de nouveaux scaphandres, et de « différents pantalons impénétrables à l’eau », ainsi que d’une dissertation sur les bains turcs, le tout par un avocat au Parlement de Paris du nom de Poncelin de La Roche .

Benjamin Franklin possédait un exemplaire de « L’art de nager ». Il raconte dans La Gazette qu’il essaya les trente manières de nager qui y sont décrites. Il fabriqua des nageoires pour les mains et les pieds, mais trouva cette appareillage trop fatiguant et préféra le cerf-volant qui le tirait, sans efforts ni fatigue, à travers un étang ou sur une rivière, ajoutant ainsi un procédé nouveau au traité de Thévenot.


- Pour en savoir plus :

Bertrand Galimard Flavigny

- Retrouvez notre sommaire consacré à la semaine spéciale sur les mystères de la mer.






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