Les Templiers (1/2) : création et essor du premier ordre religieux-militaire créé en Occident

avec l’historienne médiéviste Nicole Bériou, correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
Les templiers, hommes de Dieu et hommes des champs de batailles, incarnent la violence sacrée, la guerre sainte et la croisade. La reconnaissance de l’ordre du Temple, à Troyes en 1129, et l’appui spectaculaire que lui a apporté saint Bernard en écrivant son Éloge de la nouvelle chevalerie lui a permis de servir de modèle à tous les ordres religieux-militaires. Écoutez Nicole Bériou évoquer l’origine et les singularités de cette nouvelle forme de vie religieuse.


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : hist730
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Date de mise en ligne : 29 juillet 2012

Au tournant des XIe et XIIe siècles, on assiste à un renouveau monastique avec la remise en cause de la place centrale donnée à la prière au profit du travail manuel.
Cluny, fondé en 909, est une véritable citadelle de la prière alors qu’à Cîteaux -fondation en 1098- la journée des moines se partage entre prière et travail.

Epée à inscription.
Epée à inscription.

Arme en alliage ferreux et argent, d’Europe du Nord-Ouest (XIIe-XIIIe s.). L. : 96,5 cm ; l. : 14,3 cm Cette épée, qui frappe par sa finesse, présente une série de sept « O » damasquinés en argent, qui peuvent correspondre à l’initiale répétée d’un mot ou d’un nom comme à un décor sans signification. Au temps des croisades, les inscriptions sur les lames semblent courantes. Les épées de ce type, fines et tranchantes, à la poignée courte, ne pouvaient être maniées que d’une seule main. Elles semblent n’avoir été utilisées qu’au cours du XIIe siècle, aussi bien à pied qu’à cheval. Elles servent à frapper, de taille et non d’estoc, mais aussi à parer les coups de l’adversaire. L’épée est d’abord une arme de mêlée, utilisée pour le corps à corps. Elle peut également être utilisée dans une charge.

© Bruno Jagerschmidt / Musée de l’hôtel Sandelin (Saint-Omer)

Aux Xe et XIe siècles, la majorité des moines sont des prêtres. Au siècle suivant, des laïcs illettrés entrent aussi au couvent -comme les frères convers de Cîteaux qui labourent les terres et s’occupent d’élevage. Ils prient Dieu et font pénitence avec les moyens dont ils disposent : leur corps, leurs forces et leur courage. Des chevaliers, eux aussi attirés par la vie monastique et qui, jusque là, ne se voyaient offrir que le silence du cloître, peuvent concilier, grâce à la sacralisation de la guerre sainte, la méditation et l’action.

Mouvements de paix, réforme grégorienne et croisade

La nouvelle société adopte l’idéologie des trois fonctions, des trois « ordres » : les oratores prient, les bellatores combattent et les laboratores travaillent.
l’Église se doit de réagir contre les désordres occasionnés par les bellatores. La Trêve de Dieu cherche, en effet, à préserver les laboratores des exactions (rapines, violences de toute nature) des chevaliers. Seigneurs, châtelains, hommes d’armes, doivent contenir leur fougue belliqueuse et respecter la paix de Dieu, en prêtant serment sur des reliques.
La chevalerie devient la forme chrétienne de la condition militaire.

Le mouvement de la paix de Dieu assoit par des décisions conciliaires le rôle de chacun des trois ordres - principes, nobiles et vulgaris plebs - dans la société médiévale.
Le mouvement de la paix de Dieu assoit par des décisions conciliaires le rôle de chacun des trois ordres - principes, nobiles et vulgaris plebs - dans la société médiévale.

La réforme de Grégoire VII (1073-1085) modifie profondément l’Église et règlemente la société tout entière.
Les pèlerinages, dont les vertus sont pénitentielles et sanctifiantes, jettent d’innombrables fidèles sur les chemins de Rome, Jérusalem et Saint-Jacques de Compostelle. Les milites christi -les chevaliers du Christ- appelés à protéger les pèlerins et les lieux sacrés, bénéficieront, alors, d’indulgences.
De la fusion de tous ces éléments naquirent la spiritualité de la croisade et le concept des ordres religieux-militaires.
La première expédition de Guerre Sainte est lancée à l’initiative d’Urbain II à Clermont en 1095. Il appelle les chevaliers à faire régner partout la paix de Dieu, libérer le Tombeau du Christ et délivrer les chrétiens d’Orient opprimés par les Turcs.

Terre Sainte et fondation de l’ordre du Temple

Le pèlerinage à Jérusalem n’est pas une aventure nouvelle pour les chrétiens. Au IVe siècle, Hélène, la mère du premier empereur chrétien Constantin, y avait découvert la vraie Croix. L’empereur fit alors construire une basilique à côté d’un édifice abritant le sépulcre du Christ.
Plus tard, la construction d’hôpitaux et de monastères chrétiens furent autorisés en accord avec l’empereur byzantin et les Fatimides.

Hugues de Payns (Hugo de Paenciis) mentionné parmi les proches du comte de Champagne Hugues 1er.
Hugues de Payns (Hugo de Paenciis) mentionné parmi les proches du comte de Champagne Hugues 1er.

Dans cette charte délivrée au début de son principat, le comte de Champagne Hugues Ier renonce à ses droits sur le village de Rouilly[-Saint-Loup] au profit des moines de Saint-Loup de Troyes [avant 1100]. Autrefois scellé du sceau princier, le document s’accompagnait des autres procédés de validation : les croix autographes du comte, de son épouse Constance et de son frère Hugues (évêque de Châlons), ainsi que de la liste des témoins de la donation. Après les noms des serviteurs du comte et des membres du clergé, la liste énumère les seigneurs et chevaliers de la cour de Troyes où le nom d’Hugues de Payns (Hugo de Paenciis) figure en bonne place. Parchemin, 282 × 588 mm

© Archives départementales de l’Aube, Noël Mazières

Le succès de la première croisade, en 1096, et les conquêtes latines en Terre Sainte, rendent le pèlerinage plus facile mais pas nécessairement plus sûr. Des croisés restés sur place défendent le quartier du Saint Sépulcre.
En 1120, l’ordre du Temple est fondé à Jérusalem par Hugues de Payns, seigneur de Montigny-en-Champagne, proche du comte Hugues de Champagne et de la famille de saint-Bernard. Baudouin II, roi de Jérusalem, autorise Hugues de Payns et ses compagnons à installer leur quartier général sur le site de l’ancien Temple de Salomon.
Les débuts sont difficiles : il faut la reconnaissance de Rome pour établir une règle et recevoir des donations.

L’ordre du Temple : manteau blanc et croix rouge cousue sur l’épaule

Hugues de Payns, premier maître de l'ordre du Temple ( ?-1136), 1841, huile sur toile, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Hugues de Payns, premier maître de l’ordre du Temple ( ?-1136), 1841, huile sur toile, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

De retour en Occident, Hugues de Payns entreprend une longue chevauchée sur les routes de France, d’Angleterre et d’Écosse pour faire connaître l’ordre, recruter de nouveaux membres et acquérir des terres pour les premières commanderies chargées de produire les biens et les richesses nécessaires à l’entretien des troupes templières en Orient.
C’est à sa demande que le pape Honorius II organise un concile à Troyes, en 1129, afin d’établir une règle pour l’ordre du Temple. Saint Bernard, homme de foi et d’action, y joue un rôle prépondérant. Sous son influence, la Règle impose une discipline très stricte aux moines-soldats.
Vêtus d’un manteau blanc à la croix rouge -couleur du sang versé par le Christ et de sa réssurection- cousue sur l’épaule, les chevaliers du Temple adoptent les principes de la vie monastique : pauvreté, chasteté et obéissance.

Nicole Bériou poursuit l’histoire des Templiers et présente les caractéristiques de cette institution originale : sa Règle, son organisation entre Orient et Occident, sa politique patrimoniale, son recrutement, ses difficultés et son impact dans la société médiévale.

Dans une prochaine émission Nicole Bériou évoquera la chute dramatique et le procès de l’ordre du Temple au début du XIVe siècle. Les Templiers payeront très cher, en effet, leurs privilèges accordés par la papauté.

Trésor archéologique de la commanderie d’Avalleur (Aube) Ici, col d’un pichet en faïence italienne (fin XIIIe s.).
Trésor archéologique de la commanderie d’Avalleur (Aube) Ici, col d’un pichet en faïence italienne (fin XIIIe s.).

Une colombe, ailes déployées et bec ouvert, orne cette céramique émaillée. Avalleur a conservé des dépôts archéologiques intacts dans ses caves. Le dépôt s’étend de la fin du XIIIe siècle au milieu du XIVe siècle. Il est caractérisé par l’abondance de la vaisselle de table (une soixantaine de récipients en céramique) et la présence d’une verrerie luxueuse.

© Collection particulière

Les Templiers, cet été 2012, dans l’Aube :

A l’occasion du 700e anniversaire de l’abolition de l’ordre du Temple, le département de l’Aube, berceau en Occident de l’ordre du Temple, présente son événement 2012 : « De Troyes à la forêt d’Orient : les Templiers, une histoire, notre trésor ».

Exposition "Templiers. Une histoire, notre trésor". Troyes, du 16 juin au 31 octobre 2012.
Exposition "Templiers. Une histoire, notre trésor". Troyes, du 16 juin au 31 octobre 2012.

Hôtel-Dieu-le-Comte. Ouvert tous les jours de 9 h 30 à 19 h. Entrée libre.

© Ligaris-L’Agence

Il s’agit de manifestations diverses et variées pour un public de tous âges : une exposition, des conférences, des promenades, un colloque... et ceci jusqu’au 31 octobre 2012.

Consultez le site de l’exposition « De Troyes à la forêt d’Orient : les Templiers, une histoire, notre trésor » pour en savoir plus sur cet évènement : www.aube-templiers-2012.fr


- Écoutez la deuxième partie de cette émission : Les Templiers (2/2) : abolition et procès du Temple

- Consultez notre rubrique Un Jour dans l’Histoire

- Retrouvez les émissions d’histoire d’ Anne Jouffroy sur Canal Académie






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