Changements climatiques et révolution morale, un tandem espéré par Yann Arthus-Bertrand

De Rio+20 à Planète Océan : la vie au cœur de tout
En écho au cinquième sommet de la terre Rio+20, le photographe Yann Arthus-Bertrand, de l’Académie des beaux-arts, a organisé un festival de cinéma documentaire en lien avec le développement durable, thématique centrale du rendez-vous international des écologistes en 2012 dans la capitale brésilienne, où 20 ans plus tôt le concept faisait son apparition. Il y a présenté en avant-première son prochain film Planète Océan qui sort en septembre 2012. Son point de vue sur l’après Rio+20 est recueilli au micro de Marianne Durand-Lacaze.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : FOC714
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Date de mise en ligne : 19 juillet 2012

C’est en lisant un article du Journal Le Monde sur le sommet de Rio en 1992 que Yann Arthus-Bertrand a décidé de se lancer dans un travail photographique de fond sur l’état de la planète.


Avec son agence Altitude, des centaines de milliers de clichés à son actif et autant de kilomètres parcourus, le spécialiste de la photographie aérienne a offert au public depuis 1999, un regard nouveau, à la fois militant et artistique sur les questions d’environnement, révélant par son travail la beauté de la terre, comme on ne l’avait jamais vue jusqu’alors. L’empreinte humaine sur le paysage s’est imposée à son regard vu du ciel, qu’il a largement partagé avec le public par la publication de l’album La terre vue du ciel, vendu à plus de deux millions d’exemplaires, édité plusieurs fois et par l’exposition éponyme sur les grilles du jardin du Luxembourg. Gratuite et inattendue, elle a marqué les esprits. Depuis, présentée dans plusieurs grandes villes du monde, elle aurait drainé plus de 10 millions de visiteurs. L’aventure a dépassé le photographe lui-même. Aujourd’hui, il publie 20 ans après...la terre, où ses photos illustrent les chiffres clefs des dernières grandes évolutions démographiques et environnementales liées au développement durable. La base chiffrée de l’ouvrage est issue des programmes des Nations Unies. La Terre vue du ciel a marqué indéniablement son auteur. Depuis d’autres projets d’envergure similaire ont pris le relais comme, 6 milliards d’autres, vivre ensemble, puis l’exposition 7 milliards d’autres. Cette dernière - on hésite entre "aventure" et "entreprise"- 6000 entretiens filmés à travers le monde, en réponse à une série de questions classiques sur l’épreuve marquante d’une vie, sur la transmission des valeurs aux enfants, sur la volonté de changer sa vie, continue. Le recueil d’interviews se poursuit sur des thématiques différentes ou plus ciblées selon les commandes faîtes à la fondation GoodPlanet en charge de sa mise en œuvre.

 Yann Arthus-Bertrand, Shark Bay, Big Lagoon dans le Francois Peron National Park, péninsule Peron, Australie-Occidentale, Australie (25°45' S - 113°27' E).
Yann Arthus-Bertrand, Shark Bay, Big Lagoon dans le Francois Peron National Park, péninsule Peron, Australie-Occidentale, Australie (25°45’ S - 113°27’ E).

Dans cette émission, il évoque sa dernière photo, ce qui le révolte, sa vision de la mort. Il raconte l’origine de ses projets photographiques inscrits dans la longue durée, plusieurs années. 7 milliards d’autres est né à la suite d’une panne d’hélicoptère au Mali et de son accueil pendant deux jours par une famille touareg en attendant de pouvoir repartir. C’est là-bas que l’envie d’aller à la rencontre des personnages de ses photos pour leur demander leur âge, leur métier ou ce qu’ils attendent de l’avenir est née.


Une immense curiosité anime le photographe, militant et journaliste qui a réalisé plusieurs films dont le fameux Home et de nombreux reportages pour la télévision. Voyageur engagé, il pense plus que jamais, à 66 ans que l’engagement rend heureux. À propos des ONG, rendant hommage à leur travail sur le terrain, au cours de l’émission, il précise les personnes qui donnent de l’amour et s’occupent des autres ont quelque chose de plus dans le regard. Pour moi la solution aux problèmes passera par l’aide et par l’empathie, d’où la nécessité d’encourager ces personnes. Aimer les autres, s’aimer soi-même, avoir un regard sur la planète moins cynique, moins sceptique, avec plus de bonté : tout cela va compter. Je veux faire partie de cette famille. Trop simple, naïf ? On le lui reproche. Pourtant...Les futurs réfugiés climatiques, les agriculteurs de subsistance le poussent à faire comprendre, par son travail et sa fondation GoodPlanet, notre part de responsabilité collective. Chacun dans son coin peut à sa façon avoir un regard plus généreux : c’est une question d’éthique et de morale. Avoir conscience de ce qui est en train de changer est important. Changer notre regard n’est pas facile à comprendre et à accepter car notre société entière est fondée sur l’échange, le commerce, et donc sur l’épuisement des ressources.


Pour lui, il nous faut apprendre à vivre mieux avec moins. Un impératif qui va s’imposer de lui-même au regard de la vitesse d’épuisement des ressources à commencer par celles des hydrocarbures à laquelle on ne se prépare pas assez. Face au déni collectif, il croit aux révolutions, aux mutations silencieuses, à celle du changement des mentalités, peu visible, car elle réclame le temps de l’analyse. C’est pourquoi il appelle à une révolution spirituelle, non au sens religieux mais éthique et moral, de chacun d’entre nous, enfin de ceux qui veulent faire partie de cette famille. Les auteurs de La terre vue du ciel tentaient déjà de concilier l’économie et l’écologie. Aujourd’hui, un modèle économique différent n’a pas encore vu le jour. Les grandes conférences comme celle de Rio +20, pour lui la dernière du genre, ont montré leur impuissance, juge-t-il. Les ONG n’y ont pas de poids et les politiques ne veulent pas toucher à la croissance. Je n’ai pas à donner de leçons car je sais que la route qu’on prend est compliquée. J’ai décidé quant à moi de prendre une route sur laquelle j’aimerais que d’autres me suivent.

Engagé, il entend le rester. Son dernier film Planète Océan, une réflexion sur l’origine de la vie et l’exploitation des mers par l’homme, prochainement sur France 2, sortira en France en Septembre 2012. Création chorale, le film mêle des images sous-marines et vues du ciel. Les cameramen sous-marins ont donné gratuitement leurs images en contrepartie d’un film libre de droit. Planète Océan est un film de 90 minutes réalisé par Yann Arthus-Bertrand et Michael Pitiot en partenariat avec France-Télévision à la demande de la marque OMEGA, spécialisée dans les montres conçues pour les plongeurs depuis 1932. Le prochain film -qu’il nous annonce dans cette émission-, intitulé Human, sera aussi libre de droit. Dans tous les cas de figure, Yann Arthus-Bertrand entend par ses images et ses réalisations conserver une parole libre. Il nous l’assure.
Rendez-vous en septembre 2012 pour un peu de poésie dans les profondeurs marines malgré la gravité des enjeux : un savant dosage dont il a la recette.

Yann Arthus-Bertrand, 11 juillet 2012
Yann Arthus-Bertrand, 11 juillet 2012
© Marianne Durand-Lacaze/ Canal Académie

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- Yann Arthus-Bertrand est membre de l’Académie des beaux-arts, section photographie
- Site de Yann Arthus-Bertrand
- Fondation GoodPlanet, créée et présidée par Yann Arthus-Bertrand depuis 2005 : pour se procurer les ouvrages, posters, DVD, publiés par la fondation ; suivre les programmes de la fondation (En route pour l’école, les écoles bioclimatiques, Action carbone, 7 milliards d’autres, Océan, GoodPlanet Info, GoodPlanet Solidaire) ; s’abonner à la newsletter gratuite). Pour être informé sur les questions d’environnement la fondation a mis en place un site internet dédié :
- GoodPlanet.info






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