Amin Maalouf : ses prédécesseurs sur le 29 ème fauteuil

avec Mireille Pastoureau, directeur conservateur général de la Bibliothèque de l’Institut de France.
Quels furent les prédécesseurs d’Amin Maalouf sur le 29e fauteuil de l’Académie française ? Découvrez-les grâce à Mireille Pastoureau qui établit, pour chaque nouvelle élection à l’Académie, un document offrant une courte biographie de chacun des académiciens titulaires. On compte 18 académiciens à siéger avant Amin Maalouf, parmi lesquels son prédécesseur immédiat, Claude Lévi-Strauss (1908-2009) dont il a prononcé l’éloge.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : HAB706
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Date de mise en ligne : 13 juin 2012

1. Pierre Bardin (1595-1635). Admis à l’Académie française dès 1634. Philosophe, mathématicien. En 1634, il devint l’un des premiers membres de l’Académie française, mais il se noya quelques mois plus tard en tentant de sauver un de ses anciens élèves. Il est l’auteur d’un ouvrage sur l’étiquette du grand chambellan de France, paru en 1623, et d’une paraphrase de l’Ecclésiaste, parue en 1632. Son œuvre principale, Le Lycée, où il traite de « l’honnête homme », est restée inachevée. Sa mort, la première depuis la fondation de l’Académie, fut l’occasion d’une décision prise par celle-ci : les honneurs funèbres à rendre à chacun des membres décédés de la Compagnie devaient consister en un service dans l’église des Carmes des Billettes, la composition d’un éloge succinct qui fût comme un abrégé de sa vie, une épitaphe en vers et une en prose. Cette coutume ne fut conservée par l’Académie que pour ses membres les plus qualifiés, et plus tard ce fut le successeur qui prononça l’éloge de l’académicien qu’il remplaçait. .

2. Nicolas Bourbon (1574-1644). Élu à l’Académie française en 1637. Homme d’Église, poète. Nicolas Bourbon, dit parfois « le jeune » pour le distinguer de son grand-oncle Nicolas Bourbon « l’ancien », enseigna la rhétorique dans plusieurs collèges avant d’être nommé professeur au Collège royal, où il occupa la chaire de grec de 1611 à 1620, et où il eut notamment pour élève Jean Chapelain. Chanoine d’Orléans et de Langres, il entra en 1630 à la Congrégation de l’Oratoire, où se réunit autour de lui une petite académie savante, fréquentée notamment par Gassendi. Il écrivit en latin sous le nom de « NicolausBorbonius » ou sous les pseudonymes de « HoratiusGentilis » et de « Petrus Mola ».

3. François-Henri Salomon de Virelade (1620-1670). Élu à l’Académie française en 1644. Avocat. À l’âge de 18 ans, il fut reçu avocat général au Grand conseil, à Paris. Il fut élu à 24 ans à l’Académie française contre Pierre Corneille, car l’Académie préféra élire celui qui s’engagerait à résider à Paris. Salomon de Virelade était un hôte assidu de l’hôtel Séguier, et l’Académie fit plaisir à Séguier qui avait remplacé Richelieu comme protecteur de l’Académie, en choisissant un de ses familiers. Malheureusement, après avoir exercé à Paris pendant une dizaine d’années, l’académicien ne put plus subvenir à ses besoins et dut retourner dans sa province. Il acheta la charge de lieutenant général du sénéchal de Guyenne et président au présidial de Bordeaux et épousa la fille d’un président à mortier du parlement de Bordeaux, dont il reprit ensuite la charge.

4. Philippe Quinault (1635-1688). Élu et à l’Académie française en 1670 et à l’Académie des inscriptions en 1674. Poète, auteur dramatique. Fils d’un boulanger, il fut pris en affection par le poète et dramaturge Tristan L’Hermite, membre de l’Académie française, qui lui donna la même éducation qu’à son propre fils. Il écrivit des poésies sacrées et a laissé trente pièces de théâtre, comédies, tragédies. C’est seulement en 1671 qu’il débuta dans le genre qui devait l’illustrer, par les intermèdes de Psyché. À partir de cette époque jusqu’en 1686, il fut le collaborateur de Lully à la demande de qui il écrivit plusieurs livrets d’opéra créant avec celui-ci le genre spécifiquement français de la « tragédie lyrique ». Quinault fut l’un des six premiers académiciens admis aux spectacles de la cour ; il fut aussi le sixième membre de l’Académie des inscriptions et médailles, fondée en 1663. Après la mort de Lully en 1687, pris de scrupules religieux, il renonça au théâtre et se livra à la composition d’un poème intitulé l’Hérésie détruite, resté inachevé.

5. François de Callières (1645-1717). Élu à l’Académie française en 1688. Diplomate, homme de lettres. Il naquit roturier. Contemporain de Louis XIV, il fut expédié en mission à 22 ans comme envoyé extraordinaire puis, après plusieurs missions en Europe et de solides protections, devint ministre plénipotentiaire au Traité de Ryswick en 1697. Devenu académicien et proche du souverain, qui le nomma secrétaire du cabinet du Roi, charge à la fois honorifique et lucrative, il atteignit le sommet des honneurs. Son élection à l’Académie serait due à son Histoire poétique de la guerre déclarée entre les anciens et les modernes (1688), dans laquelle, habilement, il ne prit pas parti, et à un Panégyrique de Louis XIV.

La « collection de traités » sur la langue que Callières publia en 1692 et 1693 : Des mots à la mode, Des bons mots et des bons contes, Du bon et du mauvais usage dans les manières de s’exprimer, eurent une grande notoriété, mais c’est grâce à une longue lettre sur l’importance de la négociation, qui fut publiée en 1716 sous le titre de De la manière de négocier avec les souverains, qu’il demeure surtout connu aujourd’hui. Ce livre connut plus de 12 éditions, en 4 langues, au XVIIIe siècle et est encore considéré, au XXe siècle, dans les pays anglo-saxons, comme un classique de la négociation.

6. André-Hercule de FLEURY (1653-1743). Élu membre de l’Académie française en 1717, de l’Académie des sciences en 1721, et de l’Académie des inscriptions en 1725. Homme d’Église, homme d’État. Il ne doit pas être confondu avec Claude Fleury (1640-1723). Dit « l’abbé Fleury », élu à l’Académie en 1696, il a été de facto le principal ministre du Royaume de France, au début du règne de Louis XV, de 1726 à sa mort, en 1743.

André-Hercule de Fleury (1653-1743), élu membre de l'Académie française en 1717
André-Hercule de Fleury (1653-1743), élu membre de l’Académie française en 1717

Né à Lodève, en Languedoc, il fut ordonné prêtre, devint chanoine de Montpellier puis aumônier de la reine Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV. Il obtint ensuite, en 1699, le diocèse de Fréjus « par indignité divine » suivant ses propres termes. Le 1er avril 1716, il fut nommé par le régent du royaume, le duc d’Orléans, précepteur du jeune Louis XV, conformément au deuxième codicille du testament de Louis XIV. En 1717, le Régent lui accorda le privilège considérable de monter dans le carrosse du roi : en effet, « monter dans le carrosse du roi » avait pour conséquence de pouvoir dialoguer avec lui (parler de l’état du royaume, obtenir des grâces etc…) et d’être vu par tous dans une certaine intimité avec le monarque. Ce privilège était donc d’une grande importance politique. Il fut élu cette même année à l’Académie française. En 1726, il fut appelé par Louis XV, dont il avait gagné la confiance et l’affection, pour remplacer le duc de Bourbon. « M. de Fréjus », comme on l’appelle d’après le nom de son évêché, devint ainsi Premier ministre de fait mais il était âgé et de faible constitution physique. Sur la demande du roi, il fut nommé cardinal, à 73 ans. A la mort du cardinal, en janvier 1743, Louis XV prit la décision de régner seul. Aucun Premier ministre ne succède à « Son Éternité », du surnom donné au cardinal pour sa longévité.
L’abbé de Fleury exerça une grande influence à l’Académie française et combattit avec passion les candidatures des jansénistes et des premiers philosophes. Il fut aussi membre de l’Académie des sciences et de l’Académie des inscriptions. Il agrandit la Bibliothèque du Roi, envoya des membres de l’Académie des Sciences dans le Nord et au Pérou pour mesurer le méridien, et des savants en Égypte et en Grèce pour rechercher les manuscrits précieux.

7. Paul d’Albert de Luynes (1703-1788). Élu membre de l’Académie française en 1743 et membre honoraire de l’Académie des sciences en 1755. Homme d’Église, savant. Communément appelé « le cardinal de Luynes », il était le petit-fils, par sa mère, du marquis de Dangeau (1638-1720), membre, comme lui, de l’Académie française et de l’Académie des sciences. Son élection à l’Académie française en 1743, de préférence à Voltaire, serait due à l’intervention royale. Il est vrai qu’il faisait partie, avec son frère le duc de Luynes, du cercle de la reine Marie Leszczyńska, et qu’il fut premier aumônier de la Dauphine Marie-Josèphe, ainsi qu’ami du Dauphin. Son éloquence naturelle était reconnue. Nommé archevêque de Sens en 1753, ce qui lui conférait le titre de « primat des Gaules et de Germanie », il reçut le chapeau de cardinal en 1756 et était aussi abbé de Corbie. Il fut fait commandeur de l’Ordre du Saint-Esprit le 1er janvier 1759.

Paul d'Albert de Luynes (1703-1788), élu membre de l'Académie française en 1743
Paul d’Albert de Luynes (1703-1788), élu membre de l’Académie française en 1743

Le goût des sciences était héréditaire dans la famille de Luynes. Le cardinal consacrait ses loisirs à l’astronomie et à la météorologie. Il réalisa plusieurs observations astronomiques importantes, à Bayeux avec Outhier son secrétaire - qui fit le Voyage au pôle Nord avec Maupertuis pour mesurer du degré de méridien -, à Sens, à Fontainebleau et dans son hôtel de Versailles. Elles sont transcrites dans les recueils de l’Académie des sciences entre 1743 et 1777, et il devint membre honoraire de cette Académie en 1755. Il publia également un mémoire sur les propriétés du mercure dans les baromètres (1768).



8. Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794). Élu membre de

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), élu membre de l'Académie française en 1788
Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), élu membre de l’Académie française en 1788

l’Académie française en 1788. Auteur dramatique, romancier, poète, fabuliste. Issu d’une famille noble et vouée à la carrière des armes, il naquit et fut élevé au château de Florian, dans le Gard. Son oncle ayant épousé la nièce de Voltaire, il fut à dix ans, en juillet 1765 lors d’un séjour à Ferney, présenté au célèbre écrivain, qui lui aurait fait découvrir les Fables de La Fontaine. A treize ans, il devint page au service du duc de Penthièvre puis entra quelques années plus tard à l’école royale d’artillerie de Bapaume. La vie de garnison ne lui convenant pas, il sollicita et obtint une réforme qui lui conservait son grade dans l’armée mais lui permettait de suivre le duc de Penthièvre à Anet et de s’adonner entièrement à la poésie.
Il fut élu membre de l’Académie française en 1788 après avoir vu deux de ses œuvres couronnées par cette institution. Contraint, en tant que noble, de quitter Paris lors de la Révolution française, il se réfugia à Sceaux. Malgré l’appui de son ami François-Antoine de Boissy d’Anglas, il fut arrêté en 1794, l’épître dédicatoire de Numa Pompilius qu’il avait écrite à la reine huit ans plus tôt, le desservant devant le Comité de sûreté générale. Remis en liberté le 27 juillet grâce à Boissy d’Anglas, il mourut subitement le 13 septembre, à l’âge de trente-neuf ans, probablement des suites de sa détention.
Il est particulièrement connu en tant que fabuliste. 112 fables de Florian ont été publiées de son vivant et 12 de manière posthume. Les morales de certains de ses apologues sont encore citées couramment, comme « Pour vivre heureux, vivons cachés » (Le Grillon). La plupart de ses nombreux poèmes ont été mis en musique (plus de 200 partitions). La romance la plus connue, Plaisir d’amour, qui figure dans la nouvelle Célestine, fut publiée pour la première fois en 1785.

9. Jean-François Cailhava de l’Estandoux (1731-1813). Élu en 1798 membre de la Classe de Littérature et Beaux-Arts de l’Institut National (section de grammaire) et nommé membre de la Classe de la langue et de la Littérature française en 1803. Auteur dramatique, poète, critique. Il naquit à l’Estandoux près de Toulouse. La principale tentative dramatique de Cailhava est l’Égoïsme, comédie en cinq actes, en vers, jouée en 1777, où l’auteur essayade revenir aux grandes traditions de la comédie de caractère. Il s’occupa alors de livres sur l’art dramatique et y ajouta quelques écrits libertins. Il vouait un culte à Molière qui lui fit publier plusieurs hommages : Le Dépit amoureux, rétabli en cinq actes. Hommage à Molière ; et Études sur Molière, ou Observations sur la vie, les moeurs, les ouvrages de cet auteur, et sur la manière de jouer ses pièces,

10. Joseph Michaud (1767-1839). Élu en 1813 membre de la classe de la Langue et de la Littérature française de l’Institut national ; nommé en 1816 membre de l’Académie française ; élu membre libre de l’Académie des inscriptions en 1837. Journaliste, historien. Né à Bourg-en-Bresse, il devint, à dix-neuf ans, commis en librairie à Lyon. L’année suivante, il écrivit son premier ouvrage, Voyage littéraire au Mont-Blanc, puis vint à Paris où il oscilla entre monarchie, république et bonapartisme. Il fonda avec son frère cadet Louis-Gabriel en 1797 une imprimerie spécialisée dans l’impression d’ouvrages religieux et monarchistes. En 1799, il fut emprisonné plusieurs mois pour avoir imprimé un écrit anti bonapartiste. Il découvrit les croisades lorsqu’il lui fut demandé, en 1805, de préfacer Mathilde ou Mémoires tirés de l’histoire des croisades de Mme Cottin. Il donne alors son Tableau historique des trois premières croisades, prélude à son œuvre monumentale, Histoire des Croisades, parue en sept volumes entre 1812 et 1822 et dont une édition est illustrée par Gustave Doré. À partir de 1806, il publia avec son frère la Biographie universelle, rééditée en 45 volumes de 1845 à 1862. Il est élu membre de l’Académie française le 5 août 1813. Homme aux opinions politiques fluctuantes, ce qui fit le bonheur de ses détracteurs, il prétendait avoir été emprisonné onze fois et condamné à mort deux fois.

11. Pierre Flourens (1794-1867). Élu membre de l’Académie française en 1840. Physiologiste. Né à Béziers, il est considéré comme l’un des fondateurs des neurosciences expérimentales. Il joua aussi un grand rôle dans le développement de l’anesthésie. Il fit ses études de médecine à Montpellier, obtint le titre de docteur en médecine en 1813, mais préféra dans un premier temps se consacrer à sa passion, l’histoire naturelle. Il vint l’année suivante à Paris, où il connut Georges Cuvier, Geoffroy-Saint-Hilaire, Chaptal et d’autres savants. On remarqua la clarté de style et la précision d’analyse de ses premiers essais scientifiques sur le système nerveux. À partir de 1825, ses travaux portèrent sur les effets de lésions chirurgicales du système nerveux. Flourens fut élu membre de l’Académie des sciences (section d’économie rurale) en 1828 et en devint secrétaire perpétuel en 1833. En 1830, Georges Cuvier lui fit attribuer les cours d’anatomie humaine au Muséum, avant qu’il ne reçoive la chaire d’Antoine Portal. En 1838, il changea de chaire et obtint celle de physiologie comparée. Il devint membre étranger de la Royal Society en 1835. En 1846, Louis-Philippe le fit pair de France mais son rôle politique fut effacé, et n’interrompit jamais les leçons du professeur ni les recherches du savant. Sa réussite intellectuelle est plus glorieuse. Ses publications scientifiques sont très abondantes, et il reçut de nombreuses décorations et titres honorifiques. En 1840, il fut élu à l’Académie française, au quatrième tour de scrutin par 17 voix contre 12 à Victor Hugo et 2 bulletins blancs, élection qui souleva des protestations dans la presse littéraire et dans le public. Le 2 juillet 1847, il fut reçu à l’Académie de Rouen et en 1855, il obtint la chaire intitulée "histoire naturelle des corps organisés" au Collège de France.

12. Claude Bernard (1813-1878). Élu membre de l’Académie des sciences en 1854 et de l’Académie française en 1868. Médecin et physiologiste. Né dans une famille de vignerons du petit village de Saint-Julien-en-Beaujolais, il vint à Paris avec l’espoir d’y faire une carrière d’auteur de théâtre. Il avait auparavant échoué au baccalauréat et, à l’âge de 19 ans, occupé une place de préparateur chez un pharmacien de Lyon. Il s’inscrivit à la Faculté de médecine, où il devient médecin externe, puis interne. Déjà la prédilection de Claude Bernard pour le laboratoire était nette, et il trouva auprès de François Magendie sa vraie vocation : l’étude des fonctions vitales par la méthode expérimentale. Son goût pour la chimie lui fit fréquenter parallèlement le laboratoire de Théophile J. Pelouze, qui s’intéressait à la chimie adaptée à la physiologie. Il y rencontra Marcellin Berthelot, qui collaborera plus tard avec lui, notamment dans ses travaux sur le foie. En 1843, Claude Bernard est docteur en médecine ; en 1844, il échoue au concours d’agrégation d’anatomie et physiologie malgré une somme de travaux déjà importante, en partie, semble-t-il, du fait d’une présentation et d’une élocution défectueuses. Claude Bernard devint rapidement célèbre. Docteur ès sciences naturelles en 1853, il fut élu à l’Académie des sciences en 1854 ; la même année, on créa pour lui une chaire de physiologie expérimentale à la Sorbonne. En 1855, Magendie mourut en lui « léguant » en quelque sorte sa chaire du Collège de France. En 1868, il laissa cette chaire à Paul Bert pour devenir professeur de physiologie au Muséum d’histoire naturelle, où les conditions matérielles étaient plus confortables. L’année 1868 fut aussi celle de son élection à l’Académie française.

Claude Bernard (1813-1878), élu membre de l'Académie française en 1868
Claude Bernard (1813-1878), élu membre de l’Académie française en 1868

À côté de ses succès publics, Claude Bernard, qui s’était laissé marier malgré lui, connaissait des déboires familiaux. Son épouse ne partageait pas son intérêt pour les sciences et, avec leurs deux filles, faisait campagne contre la vivisection prônée par le physiologiste. La séparation légale eut lieu en 1869, époque à laquelle Claude Bernard rencontra une journaliste russe, Marie Raffalovich (1833-1821) qui s’intéressait à ses travaux. Il échangea avec elle une correspondance chaleureuse et platonique au cours des dix années suivantes, plus de 500 lettres qui se trouvent aujourd’hui à la bibliothèque de l’Institut à laquelle Madame Raffalovich légua sa correspondance et ses papiers.

À partir de 1865, Claude Bernard souffrit de troubles de santé variés qui l’obligèrent à se reposer, notamment à Saint-Julien, dans sa maison natale. C’est là qu’il rédigea son œuvre la plus célèbre, l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865), préface d’une œuvre qu’il laissa inachevée, les Principes de médecine expérimentale. Il revint à la religion avant de mourir, ce qui souleva de vives discussions, Gambetta demanda pour lui à la Chambre des députés les funérailles nationales : il fut le premier savant français à en bénéficier et un cortège de 4000 personnes suivit le corbillard jusqu’au cimetière du Père Lachaise.

13. Ernest Renan (1823-1892). Élu membre de l’Académie des Inscriptions en 1856, et de l’Académie française en 1878. Philologue. Né à Tréguier (Bretagne), Ernest Renan, qui avait abandonné l’état ecclésiastique, fut élu à 33 ans à l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres en tant que sémitisant, un an après la consécration scientifique que connut son Histoire générale des langues sémitiques. L’ampleur de ses compétences, sa personnalité, sa foi dans le positivisme en firent l’une des figures les plus emblématiques du monde intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle.

Archéologue, il reçut de Napoléon III la direction de la célèbre

Ernest Renan (1823-1892, élu membre de l'Académie française en 1878
Ernest Renan (1823-1892, élu membre de l’Académie française en 1878

mission de Phénicie en 1860-1861. Pendant son séjour en Syrie et Palestine, il fouilla au nord et au sud de Beyrouth (où furent découverts des vestiges importants) puis explora le Haut Liban.Philologue, épris du monde de la Bible, il traduisit le Livre de Job (1858) et le Cantique des Cantiques (1860). Il reçut la chaire d’hébreu au Collège de France en 1862 et fonda le Corpus des inscriptions sémitiques en 1867. Sa sœur qui l’avait accompagné mourut là-bas.

Il fit paraître en 1863, La Vie de Jésus, qui est son œuvre capitale, et qui souleva d’extraordinaires polémiques ; des quantités incroyables d’attaques ou de défenses de cette œuvre parurent en France et à l’étranger ; le pape l’appela le blasphémateur européen, des manifestations hostiles se produisirent au Collège de France, qui amenèrent la suspension de son cours. Son nom fut prononcé pour un fauteuil à l’Académie, mais Monseigneur Dupanloup s’y opposa. Après la guerre de 1870, les idées du monde gouvernemental s’étaient modifiées, Ernest Renan fut réintégré dans sa chaire en 1870 et nommé par l’élection administrateur du Collège de France en 1883 où il fut réélu tous les trois ans. Il fut élu à l’Académie française le 13 juin 1878 et reçu l’année suivante.
Son discours de réception à l’Académie française produisit en Allemagne une vive émotion qu’Ernest Renan dut calmer en publiant une lettre soi-disant adressée à un ami d’Allemagne. La haine du parti religieux contre Renan n’a jamais désarmé : le maréchal de Mac-Mahon refusa de le nommer officier de la Légion d’honneur et Renan obtint ce grade seulement en 1880.
De même, alors que Renan avait été membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres pendant 36 ans, il fut, à sa mort, privé de la notice traditionnelle par Henri Wallon, le secrétaire perpétuel. Ce n’est que 51 ans plus tard, en 1943, qu’un hommage lui fut rendu par l’Académie.

14. Paul-Armand Challemel-Lacour (1827-1896). Élu membre de à l’Académie française en 1893. Homme politique, diplomate, historien de la philosophie.

Paul-Armand Challemel-Lacour (1827-1896), élu membre de à l'Académie française en 1893
Paul-Armand Challemel-Lacour (1827-1896), élu membre de à l’Académie française en 1893

P.A. Challemel-Lacour naquit à Avranches (Normandie). Après ses études à l’École normale supérieure, il obtint le premier prix au concours d’agrégation de philosophie en 1849. Ses opinions républicaines lui valurent d’être arrêté en 1851 après le coup d’État de Napoléon III. Exilé au bout de quelques mois de détention, il voyagea en Europe, donna des conférences en Belgique et devint professeur de littérature française à l’École polytechnique fédérale de Zurich en 1856. Revenu en France après l’amnistie de 1859, son projet de cours sur l’histoire et l’art fut immédiatement supprimé et il fut obligé de vivre de sa plume en contribuant de façon régulière à des périodiques. Il assura la critique littéraire du Temps, géra La Revue des Deux Mondes et dirigea la Revue politique.

Il joua un rôle politique important à partir du 4 septembre 1870. Nommé préfet du Rhône à la chute du Second Empire, il dût réprimer le soulèvement révolutionnaire à Lyon. Démissionnaire le 5 février 1871, il fut élu député des Bouches-du-Rhône en janvier 1872 et sénateur du même département en 1876, réélu en 1885. Il siégea d’abord à l’extrême gauche, mais évolua jusqu’à devenir, sur la fin de sa vie, le premier représentant du républicanisme modéré. Du vivant de Gambetta, il fut néanmoins l’un de ses plus ardents défenseurs et, un temps, rédacteur de son organe, la République française. En 1879, il fut nommé ambassadeur de France à Berne, puis à Londres en 1880. Peu diplomate, il démissionna en 1882 et devint ministre des Affaires étrangères en février 1883 dans le cabinet de Jules Ferry, mais se retira en novembre de la même année.

Son éloquence claire et raisonnée l’a placé en tête des orateurs français de son époque. Élu vice-président du Sénat en 1890, il succéda à Jules Ferry au fauteuil de président du 27 mars 1893 au 16 janvier 1896, où il se distingua par la vigueur avec laquelle il soutint le Sénat contre les empiètements de la Chambre, avant que sa santé chancelante ne le force à démissionner en 1896.
Gabriel Hanotaux, son successeur à l’Académie, l’avait connu dans l’entourage de Gambetta, à la République française , écrit : « on le respectait plus qu’on ne l’aimait… »

15. Gabriel Hanotaux (1853-1944). Élu membre de l’Académie française en 1897. Homme politique, historien, diplomate.

Décédé dans sa 92 ème année, il proclamait volontiers « j’aime la vie ». Sa renommée relève de sa double et parallèle activité d’homme d’État et d’historien. Né en Picardie, dans une famille de notaires, il « s’honorait d’être de Saint-Quentin ». En 1870, Saint-Quentin s’était défendue héroïquement contre les Prussiens. L’adolescent de dix-sept ans avait pris part à la lutte et en demeura marqué toute sa vie. Son père venait de disparaître ; le jeune Hanotaux, au retour de la paix, s’installa à Paris et y passa, avant même d’être majeur, une licence en droit, qu’il poursuivit, sans grande conviction, par un doctorat. Sa vocation était ailleurs, car ses goûts personnels le portaient vers l’histoire et surtout l’histoire politique. Dès 1877, il écrivit quelques articles dans la Revue historique. Guidé par son parent, l’historien et homme politique Henri Martin, militant du camp républicain et député de l’Aisne (élu à l’Académie française en 1878), il fut introduit auprès de l’austère Jules Quicherat, directeur de l’École des Chartes.

Gabriel Hanotaux (1853-1944), élu membre de l'Académie française en 1897
Gabriel Hanotaux (1853-1944), élu membre de l’Académie française en 1897

« L’École des chartes », telle que la fréquenta Gabriel Hanotaux, était alors installée au Palais Soubise, au sein des Archives nationales, dans le Marais. (Dans Mon temps, I, p. 304.)

Mais ses centres d’intérêt étaient multiples. De 1880 à 1886, il fut en dépit de sa jeunesse,chargé de conférence à l’École pratique des hautes études sur les sources de l’histoire moderne. Il fréquentait depuis six mois le dépôt des archives du ministère des Affaires étrangères comme chercheur, qu’on lui proposa d’y rester, début 1879, comme attaché surnuméraire, c’est-à-dire « non payé ».En 1880, il devint « attaché payé » d’Orsay et secrétaire de la Commission aux Archives diplomatiques, dont Henri Martin était le président. Ainsi gravit-il un à un les échelons de la carrière diplomatique, jusqu’à accéder aux « grandes affaires ».

Il entra en politique dans le camp républicain dans le cabinet de Léon Gambetta, puis dans celui de Jules Ferry. C’est par Jules Ferry qu’Hanotaux acheva de s’ouvrir à la politique coloniale, « Ferry l’impopulaire » auquel il voua une grande admiration et consacra de belles pages dans ses Mémoires : « j’ai été son agent, son familier, je puis dire son ami. J’ai le droit et le devoir de parler. »

Hanotaux fut élu député de l’Aisne en 1886 mais fut battu en 1889. Il fut ministre des Affaires étrangères étrangères dans deux cabinets en 1894 (Ch. Dupuy et Ribot) et de 1896 à 1898. En 1909, il fut le président-fondateur du Comité France-Amérique. Il fut l’instigateur de plusieurs missions dont la : Mission Champlain (1912), la Mission Fayolle (1921) et la Mission Jacques Cartier. Délégué de la France à la Société des Nations de 1920 à 1923, il s’opposa notamment à l’admission de l’espéranto comme langue de travail de la Société des Nations. En 1920, lors de la canonisation de Jeanne d’Arc, Hanotaux représenta France comme ambassadeur extraordinaire au Vatican. Brillant causeur, travailleur infatigable, Hanotaux publia une centaine d’ouvrages historiques, principalement sur les règnes de Louis XIII et de Charles VII et demeure « le grand historien de Richelieu ».

frontispice à l'eau forte par A. ROBIDA.
frontispice à l’eau forte par A. ROBIDA.
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16. André Siegfried (1875-1959). Élu membre de l’Académie des Sciences morales et politiques en 1932 et de l’Académie française en 1944. Il était historien et géographe.

Né au Havre dans vieille famille protestante de souche alsacienne, il était le fils de Jules Siegfried, maire du Havre, député et ministre. Il orienta ses études à la fois vers l’histoire et les lettres (il soutint une thèse de doctorat sur la démocratie en Nouvelle-Zélande) et vers le droit, discipline dans laquelle il obtint un second doctorat.
Son père avait conçu son éducation pour le préparer à une vie d’action, sur le modèle de l’éducation des classes dirigeantes britanniques (d’où ses futurs travaux de géographie électorale, inspirés par son expérience de terrain). Il accomplit, dans les années 1900-1901, un vaste tour du monde. Mais ses trois tentatives pour se faire élire à la députation, en 1902, 1906 et 1910, se soldèrent par des échecs. Quand éclata la Première Guerre mondiale, il servit comme interprète dans l’armée britannique, puis occupa de 1920 à 1922, un poste à la direction du service économique de la section française de la SDN. En réalité ce sont ses travaux de recherche qui lui valurent la célébrité, au premier rang desquels son magistral Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République, publié en 1913, ouvrage fondateur de la sociologie électorale, dans lequel il insiste notamment sur l’influence de la géologie sur le vote des habitants d’une quinzaine de départements de l’Ouest de la France durant les quarante premières années de la Troisième République.
Il mena de front des travaux sur des sujets très différents toute sa vie, mais adopta une unité de méthode : recueillir les faits en allant sur le terrain. Collaborateur régulier au Figaro à partir de 1934, André Siegfried produisit parallèlement une œuvre importante, dans laquelle on retiendra : L’ Angleterre d’aujourd’hui, son évolution économique et politique, Les États-Unis d’aujourd’hui, Tableaux des partis en France, L’ Amérique latine, Le Canada, puissance internationale, Qu’est-ce que l’Amérique ?, Suez, Panama et les routes maritimes mondiales, La Suisse, démocratie témoin, L’ Âme des peuples,etc.
En 1932, André Siegfried succéda à Gabriel Hanotaux à l’Académie des Sciences morales et politiques, puis se vit attribuer l’année suivante, une chaire de géographie économique et politique au Collège de France, en même temps qu’il continuait de dispenser son enseignement à l’École libre des Sciences politiques, dont il était la figure dominante. Il devenait en 1945 le premier président de la Fondation nationale des Sciences politiques. Son élection à l’Académie française eut lieu le 12 octobre 1944. Compte tenu des circonstances exceptionnelles, cette élection — la seconde depuis la Libération — se déroula sans le quorum de votants exigé d’ordinaire par le règlement.

La deuxième partie de l’ouvrage s’intitule « Géoacadémie ». Afin de déterminer et de comparer, pour les cinq Académies de l’Institut, « Où demeurent les Académiciens ? » en 1848, 1880 et 1950, l’auteur a dépouillé « les annuaires jaunis de l’Institut de France, dont le parfum subtil évoque la mélancolie d’une époque disparue ». Il put ainsi identifier des « arrondissements académiques » qu’il cartographia ainsi :

© Bibliothèque Institut de France
© Bibliothèque Institut de France

17. Henry de Montherlant (1895-1972). Élu membre de l’Académie française en 1960. Auteur dramatique, romancier, essayiste. La famille d’Henry de Montherlant, de son nom complet Henry Marie Joseph Frédéric Expedite Millon de Montherlant, aimait se dire comtale et descendante de la noblesse catalane. Henry de Montherlant fit ses études à Janson de Sally, puis au collège de Sainte-Croix de Neuilly dont il s’inspira pour écrire La Ville dont le prince est un enfant. Il perdit son père à 19 ans et considéra qu’il fut « élevé par les femmes ». Comme le rappela Claude Lévi-Strauss dans son discours de réception, il avait « reçu vers sa huitième année, par la lecture de Quo Vadis, la révélation d’un autre univers : celui de la Rome antique. » Sa mère, notamment, lui communiqua le goût de la littérature et il sut très tôt qu’il serait écrivain. Nourri dans sa jeunesse par la lecture de Nietzsche, de Barrès et de Plutarque, il trouva un idéal dans le courage et les vertus antiques.

Mobilisé en 1916 dans le service auxiliaire, puis dans le service actif au 360e R.I., Montherlant fut blessé et décoré. Dans les années 1920, il se tourna vers le sport, notamment l’athlétisme et le football. En 1930, dans « Explicit mysterium » (recueilli dans Mors et Vita), il énuméra les trois passions de sa vie : l’indépendance, l’indifférence, la volupté.
Entre 1925 et 1935, il voyagea dans le bassin méditerranéen dont il admirait les civilisations et choisit d’y séjourner pendant sept ans et demi dont, durant près de quatre ans, à Alger. Dans les années 1930, il invita par de nombreux articles et ouvrages à intervenir contre l’Allemagne nazie.

Auteur fécond, il produisit une œuvre rapidement élevée au rang des classiques, dans laquelle le théâtre tint, à partir des années 1940, une place importante. Durant la période de l’après-guerre, il fut également l’auteur de nombreux dessins réalisés à la mine de plomb (taureaux, animaux, athlètes, nus féminins et masculins, enfants, etc…). Il renonça cependant au dessin, expliquant que « tout ce qui n’est pas littérature ou plaisir est temps perdu. »

Fait rare, mais non pas unique dans l’histoire du Quai Conti, il fut élu à l’Académie française sans en avoir fait expressément la demande le 24 mars 1960, sans concurrent. Il n’avait pas effectué de visites de candidature, formalité à laquelle il se refusait. Atteint de cécité et voyant ses facultés décliner, Henry de Montherlant choisit de se donner la mort à l’âge de soixante-seize ans dans son appartement du quai Voltaire, au moment de l’équinoxe de septembre.

<i>Carnets XXIX à XXXV. </i> Avec un portrait gravé sur bois par Gilbert POILLIOT d'après un dessin de A. BILLIS. Paris, La Table Ronde, 1947. Exemplaire sur vélin Crèvecoeur n° 1420/2700. In 12 Karaïskakis 632. Fonds Georges Karaïskakais légué à l'Académie française.
Carnets XXIX à XXXV. Avec un portrait gravé sur bois par Gilbert POILLIOT d’après un dessin de A. BILLIS. Paris, La Table Ronde, 1947. Exemplaire sur vélin Crèvecoeur n° 1420/2700. In 12 Karaïskakis 632. Fonds Georges Karaïskakais légué à l’Académie française.
© Bibliothèque Institut de France

18. Claude Lévi-Strauss (1908-2009). Élu membre de l’Académie française en 2011. Ethnologue, anthropologue. Né à Bruxelles (de parents français), le 28 novembre 1908. Après deux ans d’enseignement aux lycées de Mont-de-Marsan et de Laon, est nommé membre de la mission universitaire au Brésil, professeur à l’université de São Paulo (1935-1938). De 1935 à 1939, organise et dirige plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie. De retour en France à la veille de la guerre, mobilisé en 1939-1940. Quitte la France après l’armistice pour les États-Unis où il enseigne à la New School for Social Research de New York. Engagé volontaire dans les Forces françaises libres, affecté à la mission scientifique française aux États-Unis. Fonde avec Henri Focillon, Jacques Maritain, J. Perrin et d’autres l’École libre des hautes études de New York, dont il devient le secrétaire général. Rappelé en France, en 1944, par le ministère des Affaires étrangères, il retourne aux États-Unis en 1945 pour y occuper les fonctions de conseiller culturel près l’ambassade. Il démissionne en 1948 pour se consacrer à son travail scientifique, devient sous-directeur du musée de l’Homme en 1949, puis directeur d’études à l’École pratique des hautes études, chaire des religions comparées des peuples sans écriture. Il est nommé professeur au Collège de France, chaire d’anthropologie sociale, qu’il occupe de 1959 à sa mise à la retraite en 1982. Claude Lévi-Strauss est membre étranger de l’Académie nationale des sciences des États-Unis d’Amérique, de l’American Academy and Institute of Arts and Letters, de l’Académie britannique, de l’Académie royale des Pays-Bas, de l’Académie norvégienne des lettres et des sciences. Il est docteur honoris causa de nombreuses et prestigieuses universités. Il a reçu, en 1966, la médaille d’or et le prix du Viking Fund, décerné par un vote international de la profession ethnologique ; en 1967, la médaille d’or du C.N.R.S. ; en 1973, le prix Erasme ; en 1986, le prix de la fondation Nonino ; en 1996, le prix Aby M Warburg ; en 2002, le prix Meister Eckhart ; en 2005, le prix international Catalunya. Il a été élu à l’Académie française, le 24 mai 1973, en remplacement de Henry de Montherlant (29e fauteuil). Il est mort à Paris le 30 octobre 2009.

Lévi-Strauss, de l’Académie française, photographié au Collège de France © Louis Monier
Lévi-Strauss, de l’Académie française, photographié au Collège de France © Louis Monier

19. Amin Maalouf (né en 1949). Élu membre de l’Académie française en 2011. Romancier, librettiste, essayiste, journaliste. Né au Liban le 25 février 1949, dans une famille d’enseignants. Après des études d’économie et de sociologie, il travaille comme reporter, couvrant de nombreux événements à travers le monde, comme la chute de la monarchie éthiopienne en septembre 1974 ou la dernière bataille de Saigon en mars et avril 1975. Quand la guerre éclate dans son pays natal, il part pour la France avec son épouse et ses enfants, reprenant aussitôt son activité de journaliste, notamment à Economia et à Jeune Afrique , où il devient rédacteur en chef et éditorialiste.
À partir de 1984, il se consacre à l’écriture, publiant des romans, des essais, des livrets d’opéra. En 1993, il obtient le prix Goncourt pour Le Rocher de Tanios, en 1998 le prix européen de l’essai pour Les Identités meurtrières, et en 2010, le prix Prince des Asturies des Lettres pour l’ensemble de son œuvre. En 2007-2008, il préside, à l’invitation de la Commission européenne, un groupe de réflexion sur le multilinguisme, qui publie un rapport intitulé Un défi salutaire : comment la multiplicité des langues pourrait consolider l’Europe. Il est élu à l’Académie française, le 23 juin 2011, au fauteuil de Claude Lévi-Strauss (29e) et reçu sous la Coupole le 14 juin 2012.

Amin Maalouf
Amin Maalouf
© Bonnet

Pour lire l’intégralité de ce catalogue illustré réalisé par Mireille Pastoureau, directeur de la Bibliothèque de l’Institut (la bibliothèque commune aux 5 académies), et pour le télécharger, consulter le site de la bibliothèque : www.bibliotheque-institutdefrance.fr.


A savoir :

Les éléments ci-dessus sont extraits d’un document établi par Mireille Pastoureau, directeur de la Bibliothèque de l’Institut, avec le concours de Ghislaine Vanier, magasinier principal, et de toute l’équipe de la bibliothèque, à l’occasion de l’exposition réalisée pour la réception d’Amin Maalouf.



En savoir plus :

- Consultez la fiche d’Amin Maalouf sur le site de l’Académie française

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