Edith Canat de Chizy : Le Grand Prix lycéen des Compositeurs, éveil à la musique contemporaine

Avec l’académicienne des beaux-arts et Michèle Worms, directrice de "La lettre du musicien"
Le jeudi 22 mars 2012 au théâtre du Châtelet à Paris, à l’issue d’un débat réunissant compositeurs, élèves et professeurs, a été décerné le Grand Prix Lycéens des compositeurs à Philippe Hersant. L’occasion pour notre journaliste Virginia Crespeau de recevoir à Canal Académie Edith Canat de Chizy, compositrice ayant participé à ce concours et membre de l’Académie des Beaux-arts, et Michel Worms directrice de la revue La Lettre du Musicien, pour évoquer cette belle histoire.


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : FOC700
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Date de mise en ligne : 12 mai 2012



Le Grand Prix Lycéen des Compositeurs, créé en 2000 par La Lettre du Musicien (publication indépendante qui s’intéresse à l’actualité de la vie musicale classique contemporaine, dirigée par sa fondatrice et notre invitée Michèle Worms), est un concours initié afin d’éveiller la jeunesse à la musique contemporaine.

Vitrine sur le monde de la musique contemporaine, La Lettre du Musicien, a, depuis sa création en 1984, amplement contribué à rendre visible le travail des musiciens professionnels classiques d’aujourd’hui, s’intéressant à leur actualité et faisant découvrir à un public élargi leur talent.
Edith Canat de Chizy, compositrice de renom, membre de l’Académie des beaux-arts depuis 2005, notre seconde invitée, souligne en effet que cette revue est devenue une véritable institution en permettant de combler un vide dans le milieu de la musique contemporaine.


Un concours, donc, en totale adéquation avec le projet que s’est fixé, depuis déjà presque trente ans La Lettre du musicien.

En effet depuis 12 ans des lycéens de classes à option musique de plus de 90 établissements ont ainsi écouté et commenté les œuvres retenues pour participer au Grand Prix organisé par La Lettre du Musicien, avec le soutien de ses partenaires – Mécénat Musical Société Générale, Musique nouvelle en liberté, Sacem, France Musique, le Fonds pour la création musicale, Chambre syndicale des éditeurs de musique en France – et la collaboration des producteurs de disques qui fournissent les exemplaires destinés aux lycées.

Le principe du prix, expliqué avec précision et finesse par nos invitées, est des plus simples :
- une première étape, aux alentours de la rentrée scolaire, consiste à réunir un petit groupe de journalistes et professionnels du métier pour choisir une dizaine de CD de compositeurs vivants (et de préférence francophones) parmi ceux qui sont sortis dans l’année écoulée. Il s’agissait en 2012 d’un échantillon varié, et plutôt représentatif, des différentes tendances qui animent aujourd’hui la scène française : Franck Bedrossian, Edith Canat de Chizy, Bernard Cavanna, Hugues Dufourt, Philippe Hersant, Philippe Manoury et Bruno Mantovani. Sur chacun des volumes choisis, une œuvre, ou un mouvement d’œuvre, est ainsi retenue.
- Deuxième étape, dès le mois de novembre, les 4000 élèves des 200 classes des 92 lycées participant au projet commencent, sous la direction de leurs professeurs de musique, à écouter, étudier et analyser chacune des œuvres choisies.
- La troisième étape, qui se déroule simultanément à la deuxième et vient la compléter, consiste en une série de rencontres entre des élèves et les compositeurs, organisées par l’organisation du Grand Prix.

Enfin, les élèves votent (chaque classe donne deux noms, sans ordre de préférence) pour désigner un lauréat, lequel est dévoilé lors d’un grand concert, fin mars, qui réunit tous les compositeurs et tous les lycéens que peut contenir le Théâtre du Châtelet.

Le Prix est offert au lauréat par Musique nouvelle en liberté et est assorti de la commande d’une œuvre créée lors de la remise du Grand Prix de l’année suivante. Ainsi, le 22 mars 2012 au Châtelet, on a pu, en plus de découvrir le Lauréat 2012, entendre une création de Thierry Machuel, Lauréat 2011, qui lui a passé le flambeau. Le travail des lycéens a donc ainsi une incidence directe sur la vie musicale contemporaine.


Mais comment cette belle aventure a-t-elle été vécue de l’« intérieur » ?

Michèle Worms nous apporte quelques explications : lors de cette 13ème édition, le but était d’amener la jeunesse à découvrir la musique contemporaine. C’était une belle occasion, selon Edith Canat de Chizy, pour les jeunes qui n’ont aucune possibilité d’écouter la musique contemporaine dite « savante » d’aujourd’hui (« qui pensent qu’après Ravel il n’y a plus personne ») de vivre une expérience artistique inédite.
Une aventure passionnante pour ces jeunes gens qui, de prime abord il faut bien l’avouer, ont une certaine réticence pour cette musique qui les « terrifie » car elle ne ressemble en rien à ce qu’ils connaissent : elle n’est pas « compréhensible ».
« Ils veulent toujours trouver des choses qu’ils ont l’habitude d’entendre », nous dit Edith Canat de Chizy, « mais je leur montre qu’il doivent écouter cette musique comme on découvre un paysage. C’est un chemin à prendre, où chacun trouve sa propre voie ». Il y a, rappelle Michèle Worms, une certaine difficulté à travailler avec des lycéens, très vite angoissés par « tout ce qui les dérange et n’entre pas dans leur univers ».


Le prix de cette 13ème édition a été décerné à Philippe Hersant, une victoire que nous commente nos invitées. Ce grand musicien propose en effet une forme de composition plus familière aux élèves, des méthodes plus simples, plus accessibles, qui refusent la complexité des techniques trop modernes. Par son caractère « conservato-novateur », Philippe Hersant a ainsi séduit un grand nombre d’élèves.

Un Grand Prix donc, pour la musique contemporaine à travers son projet pédagogique qui, bien loin d’être une simple compétition entre compositeurs, est un « chemin pour découvrir une musique trop méconnue de la jeunesse ». Grâce à ce concours 40000 jeunes, depuis 2000, auront ainsi écouté cette musique : la plus belle des récompenses pour Edith Canat de Chizy et Michèle Worms.


En savoir plus  :

Edith Canat de Chizy
Edith Canat de Chizy
© Daguet Éditions Henry Lemoine

- Edith Canat de Chizy : Née en 1950, violoniste de formation et licenciée d’Art et Archéologie et de Philosophie à l’Université de Paris Sorbonne, Edith Canat de Chizy a suivi des études musicales classiques : au Conservatoire national supérieur de Paris, d’abord, puis au Groupe de recherches musicales (GRM), où elle s’initie, avec Guy Reibel, à l’électroacoustique. Menant de front sa carrière de compositrice et son engagement de pédagogue, elle s’est affirmée, depuis une trentaine d’années, comme une des figures incontournables de la scène musicale française.
Parmi ses œuvres marquantes, pour la plupart commanditées par l’État, Radio-France, l’Orchestre de Paris, etc., on notera : l’oratorio scénique Le Tombeau de Gilles de Rais (1993), ses deux quatuors Vivere (2000), sa toute dernière pièce pour grand orchestre Omen, créée en octobre 2006 par l’Orchestre National de France, et la musique du spectacle de Blanca Li Corazon loco monté au Théâtre National de Chaillot en janvier 2007. De nombreuses distinctions sont venues couronner son œuvre : Prix de la Tribune Internationale des Compositeurs (pour Yell, en 1990), Prix Paul-Louis Weiller de l’Académie des Beaux-Arts (1992), plusieurs prix décernés par la SACEM dont le Grand Prix de la Musique Symphonique en 2004. Nommée Chevalier des Arts et Lettres en 1994, de l’Ordre national du mérite en 2003 et de la Légion d’honneur en 2008, élue à l’Académie des Beaux-arts en 2005, Edith Canat de Chizy est la première femme compositeur à être reçue à l’Institut de France. Elle enseigne la composition au CNR de Paris depuis 2007.


- Philippe Hersant :

Philippe Hersant
Philippe Hersant

Parallèlement à des études de Lettres modernes (licencié ès lettres de la faculté de Paris-Nanterre), il suit au Conservatoire de musique de Paris les classes d’harmonie de Georges Hugon, de contrepoint d’Alain Weber et de composition d’André Jolivet. Il passe deux ans à la Casa de Velázquez à Madrid (à 1970). À son retour à Paris il entre au département de musicologie de Paris IV comme enseignant et débute sa collaboration avec France Musique (dont il est toujours un collaborateur régulier). En 1978, il entre à l’Académie de France à Rome, à la Villa Médicis, et compose quelques-unes de ses plus célèbres œuvres : son "opus 1", Stances, pour orchestre, puis l’opéra de chambre Les Visites espacées (créé au Festival d’Avignon en juillet 1983), Spirales, Méandres pour violon et orchestre, Aztlan et la Missa brevis pour 12 voix et orchestre. Il travaille également pour le théâtre avec le tandem Jean Jourdheuil et Jean-François Peyret, avec Paysage sous surveillance, La route des chars de Heiner Müller, Lucrèce : de la nature des choses. Son opéra Le Château des Carpathes est d’abord créé dans une version orchestrale au Festival de Montpellier en 1992, puis en octobre 1993, à l’Opéra-Comédie de Montpellier. Philippe Hersant devient en septembre 1998 compositeur en résidence auprès de l’Orchestre national de Lyon. En outre, le monde musical lui a décerné de nombreuses distinctions : Grand Prix Musical de la Ville de Paris (1990), Prix des Compositeurs de la SACEM (1991), Grand Prix SACEM de la Musique Symphonique (1998), Grand Prix de la Fondation Del Duca (2001), ou Victoire de la Musique (2005 et 2010).


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