Danièle Sallenave, un moment essentiel de ma vie

Extrait de "L’essentiel avec..." Danièle Sallenave, de l’Académie française. Entretien avec Jacques Paugam
Danièle Sallenave, de l’Académie française élue le 7 avril 2011 au fauteuil de Maurice Druon, répond à la première question de la série "l’Essentiel avec..." posée par Jacques Paugam : quel a été, à vos yeux, dans votre parcours, votre carrière, votre vie, le moment essentiel ? Écoutez la réponse de cette grande femme de lettres, auteur d’une trentaine d’ouvrages, romans, essais, récits de voyages et pièces de théâtre qui lui ont valu une kyrielle de récompenses. L’occasion de revenir sur un parcours personnel éclectique, guidé par une passion sans failles pour la littérature.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher
Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : HAB699
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hab699.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida8927-Daniele-Sallenave-un-moment-essentiel-de-ma-vie.html
Date de mise en ligne : 15 juillet 2012

1- Dans votre itinéraire professionnel, dans votre carrière, quel a été jusqu’à présent, à vos yeux, le moment essentiel ?

D.S : Je pense que c’est mon entrée à l’école normale supérieure. Je savais que je trouverai dans ce lieu le moyen de prolonger l’action qui avait été celle de mes parents instituteurs. Oui, j’ai l’impression que c’est le moment de ma vie où j’ai pris le relais. J’ai senti l’amour qu’ils avaient pour leur langue, la langue française, et sa transmission ; je l’ai intégralement acceptée comme héritage. Et j’ai tenté de le faire fructifier à ma façon.

Jacques Paugam : Étaient-ils à l’image de ces hussards noirs de la République, dans la tradition de Jules Ferry ?

D.S : Formés dans les années 30, ils avaient reçu naturellement ce que leur donnait l’enseignement en ce temps-là, dispensé par les écoles normales d’instituteurs. Cette façon précise et modeste de rendre à la République ce qu’elle leur avait donné, et de le rendre en allant vers ceux qui en ont le plus besoin : les enfants, dans les villages, qu’ils menaient vers une expression correcte, une langue pas trop malmenée par les fautes d’orthographes, des connaissances rudimentaires mais solides de calcul, de géographie, d’histoire. Ces bases là, par la ensuite, nous pouvons les retrouver, les approfondir au cours de notre vie. C’est ce que j’ai essayé de faire. Y compris en écrivant mes propres livres.

Jacques Paugam : Voulez-vous dire que c’était le creuset de la République ?

D.S : Certainement, c’est le creuset de la République. Une république qui n’est pas immémoriale, qui n’oublie pas ce qui l’a précédé. Elle intègre son passé mais elle le rend à ce peuple qui, à travers les siècles, a constitué cette nation. La République c’était cela aussi : rendre aux plus humbles, à ceux qui ont travaillé la terre. Mes parents avaient été élevés dans cette idée par les professeurs et directeurs de l’école normale. Ils me l’ont transmise mais avec une sorte de simplicité sans grandiloquence. C’est un bon héritage, je le revendique !

Danièle Sallenave à Canal Académie
Danièle Sallenave à Canal Académie
© Canal Académie

Jacques Paugam : Quand nous regardons votre itinéraire, il semble que l’éclectisme vous caractérise. Vous auriez pu suivre le cursus ordinaire, nous vous retrouvons au sein d’une équipe de télévision scolaire et universitaire. Auteur, vous explorez tous les genres, vous écrivez dans toute une série de revues. Entre autres, vous avez collaboré avec Antoine Vitez au théâtre et vous êtes actuellement chroniqueuse à France Culture. Vous ne voulez pas vous cantonner à un seul territoire ?

D.S : J’ai le sentiment que ce qui m’importe, c’est le rôle de passeur qui peut se faire à tout moment de la vie et sous des formes très différentes. J’ai remarqué que je n’arrive jamais à apprendre quoi que ce soit sans avoir immédiatement envie de le raconter ou de l’enseigner. Apprendre est une joie et il faut partager cette joie. Ce qui peut être parfois fatiguant pour mon entourage ! 2- Que vous parait-il essentiel à dire sur votre domaine d’activité, disons pour simplifier votre travail d’écrivain ?
Le travail d’écrivain, pendant longtemps, nous le menons sans vraiment en pénétrer les raisons et je crois que c’est bien comme cela. Petit à petit se dessinent un certain nombre de sujets vers lesquels nous allons plus volontiers. Je pense que tout écrivain dans la langue où il écrit, veut rendre hommage à la langue qui l’a formé. Pour ma part, j’ai toujours été moins à la quête d’un style qu’à la quête d’une langue. Je suis entièrement imbibée des grands auteurs de la langue française avec leurs différences. Je suis de ces auteurs qui écrivent parce qu’ils lisent.

Jacques Paugam : Vous dites qu’écrire c’est un état.

D.S : Vous avez raison de le souligner. Je récuse l’idée du talent, du don. C’est une manière de vivre, de regarder intensément le monde. De considérer comme le dit Francis Ponge, et beaucoup d’autres avant lui, que les choses sont là pour être dites et tant qu’elles ne sont pas dites, elles font appel à vous.

J.P : Vous avez une formule assez extraordinaire : « Je suis dans l’attitude d’un chat la nuit dans un jardin ».

D.S : Je suis comme les chats, je dors beaucoup. Mais à peine réveillés, ils sont d’une vigilance extrême, d’une grande acuité pour saisir la proie qu’ils se sont choisie, d’une grande patience aussi pour guetter leur proie et garder tous leurs sens en éveil. Quelques heures de vigilance, ensuite ils vont se rendormir. C’est pour moi une excellente définition de l’écrivain. En éveil, tout le sollicite, les bruits, les choses, la mémoire. Ce qui requiert particulièrement son attention c’est la dimension de l’invisible dans le visible : ce qui a été, le passé, les humains qui nous ont précédés. Tout cela ne me rend pas mélancolique bien au contraire.

Dans l’intégrale de l’émission notre invité répond aux 6 autres questions de Jacques Paugam :
o Qu’est-ce qui est essentiel dans votre domaine d’activité ?
o Qu’est-ce qui est essentiel à dire aujourd’hui sur l’état de la société ?
o Quelle est selon vous la plus grande hypocrisie de notre temps ?
o Quel est l’événement de ces dernières années ou la tendance de ces dernières années qui vous laisse le plus d’espoir ?
o Quel a été le plus grand échec de votre vie ?
o Aujourd’hui quelle est votre motivation essentielle dans la vie ?


En savoir plus :

- Pour découvrir les réponses aux 6 autres questions essentielles, lisez l’intégralité du texte et écoutez en entier l’émission "L’essentiel avec...Danièle Sallenave, de l’Académie française."

- Consultez également la fiche de Danièle Sallenave sur le site de l’Académie française

- Écoutez les autres émissions avec ou sur Danièle Sallenave sur Canal Académie






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires