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L’histoire de l’art est-elle vraiment enseignée dans les lycées ?

Pierre Rosenberg, de l’Académie française, nous parle de l’un de ses engagements majeurs pour la jeunesse
Pierre Rosenberg, de l’Académie française, président-directeur honoraire du musée du Louvre, lance un appel appuyé afin de promouvoir l’enseignement de l’histoire de l’art dans les lycées pour la connaissance des arts. L’académicien en fait un combat essentiel pour une éducation éclairée.


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Émission proposée par : Krista Leuck
Référence : carr869
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr869.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida8891-L-enseignement-de-l-histoire-de-l-art-dans-les-lycees.html
Date de mise en ligne : 29 avril 2012

« Apprendre à voir, c’est nous familiariser avec les trésors artistiques du passé, nous donner une chance, plus tard, de vivre avec profit, avec plaisir, à leur côté » (Pierre Rosenberg).
La promotion de l’enseignement de l’histoire de l’art dans les lycées s’inscrit parmi les multiples actions menées par Pierre Rosenberg et d’autres auprès des instances politiques en charge de ce projet. Il déplore qu’elle n’en soit malheureusement à ce jour qu’au stade très modeste d’un enseignement facultatif très insuffisamment soutenu.

l'Acropole d'Athènes
l’Acropole d’Athènes

- Un peu d’historique

L’introduction d’une discipline d’histoire de l’art dans les lycées figurait déjà dans le programme du candidat Nicolas Sarkozy lors de la dernière campagne présidentielle en 2007. Il est vrai que l’on trouve dans certains lycées une tentative de répondre à cette demande, et comme nous le confie Pierre Rosenberg, si la bataille est loin d’être gagnée, elle n’est toutefois pas complètement perdue.
Le vrai problème est que ceux qui enseignent l’histoire de l’art dans les lycées et collèges ne sont pas formés à cette discipline. Ce sont des professeurs d’histoire ou de lettres, mais ce ne sont pas des historiens de l’art. Il n’y a d’ailleurs pas d’agrégation de l’histoire de l’art dans les universités françaises. Au sein du corps très puissant qu’est l’Éducation Nationale on note cependant, ces dernières années, une petite ouverture dans ce sens.

Autoportrait par Rembrandt (1661)
Autoportrait par Rembrandt (1661)

« L’histoire de l’art est une discipline ayant pour objet l’étude des œuvres et du sens qu’elles peuvent prendre dans l’histoire. Elle étudie également les processus de création des artistes, la reconnaissance du phénomène artistique par un public ainsi que le contexte spirituel, culturel et social de l’art » (André Chastel)
C’est un enseignement fondé sur une approche pluridisciplinaire des œuvres d’art qui permet aux élèves de maîtriser les repères historiques et culturels indispensables pour comprendre les œuvres et enrichir leur pratique artistique.


« Enseigner l’histoire de l’art au lycée, c’est expliquer comment nos cathédrales furent construites, par qui, avec quel argent, d’où venaient les pierres, qui décidait du choix des vitraux, des sujets des chapiteaux, en quoi elles se distinguent d’une région de France à l’autre, et que veulent dire des mots « roman » ou « gothique », etc. (Pierre Rosenberg dans Dictionnaire amoureux du Louvre, Plon).


- L’Europe de la culture

Un geste fort pour l’Europe : Un enseignement de l’histoire de l’art dans tous les pays de l’Union L’Appel de Florence

Une initiative européenne dans ce sens a été lancée en 2009 par l’APAHAU (Association des professeurs d’archéologie et d’histoire de l’art des universités). Les membres de l’Institut Pierre Rosenberg et Marc Fumaroli, ainsi que Roland Recht, professeur au Collège de France (devenu depuis, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres), font partie de son comité de soutien.

Vermeer, L'art de la peinture, 1665
Vermeer, L’art de la peinture, 1665
Kunsthistorisches Museum, Vienne

À l’occasion du colloque de Florence sur la didactique de l’histoire de l’art, un appel fut lancé en direction des élites politiques et de l’opinion publique. Il visait à les sensibiliser à l’importance d’un enseignement d’histoire de l’art à l’école et au lycée dans tous les pays de l’Union afin de mieux former les futurs citoyens européens. On en attendait une prise de conscience, celle de la communauté artistique unifiant l’Europe depuis plus de trois millénaires. Il est important de faire connaitre à la jeunesse la place artistique que peut tenir l’Europe dans la civilisation globale actuelle.

Comment faire de ce formidable mouvement de la création de l’Union européenne, de ces multiples découvertes, un capital européen, une ressource pour l’édification de l’Europe ? Un enseignement d’histoire de l’art, de l’école au lycée, dans tous les pays des états membres, est un geste que l’Union doit faire pour l’Europe, ses générations futures, la conscience de son avenir. Donner une dimension européenne à un tel enseignement d’histoire de l’art, qui n’existe à ce jour que dans quelques pays, l’instituer dans tous les pays d’Europe, ce serait, en associant ses futurs citoyens à leur propre histoire, insuffler un remarquable élan à une Europe de la culture.

le Moise de Michel-Ange
le Moise de Michel-Ange
(San Pietro di Vincoli, Rome)

Quelle est la situation dans d’autres pays, au niveau européen ?
Pierre Rosenberg souligne l’importance que l’on accorde à l’enseignement de l’histoire de l’art– obligatoire dans les écoles - chez nos voisins italiens. Il est admirable de constater la connaissance et l’amour que partage ce peuple pour son patrimoine artistique et culturel. Pas un village où les habitants ne connaitraient pas le nom des principaux peintres et les trésors de leur région.
Cela tient, selon Pierre Rosenberg, essentiellement à deux facteurs : D’abord à la richesse du patrimoine pour lequel chaque italien manifeste une fierté, voire un orgueil. Et aussi à l’histoire du pays. Les différentes principautés et régions n’étant réunies que depuis le XIXe siècle, les Italiens partagent davantage l’histoire de l’art que l’histoire proprement dite. On sent une certaine familiarité des Italiens pour les œuvres d’art de leur pays, une relation faite de simplicité et de grand attachement (Il « nostro » Michel Angelo ou Leonardo !).

Pietà de Florence par Michel-Ange
Pietà de Florence par Michel-Ange
(Musée du Duomo)

Alors qu’en France, ce sont plutôt les figures historiques qui ont marqué les esprits et qui sont exaltées dans les manuels scolaires. L’académicien déplore que les Français ne soient pas toujours assez fiers de leurs richesses, parce que l’on ne leur a pas ouvert les yeux à l’école. Toujours « Apprendre à voir » ! Pierre Rosenberg croit pourtant sentir une certaine ouverture depuis quelques années vers une meilleure prise de conscience devant ce manque. Il est persuadé que les choses bougent dans les esprits et que l’enseignement de l’histoire d’art s’imposera comme une nécessité.





Plusieurs initiatives ont été prises ces dernières années :

- La création de l’Institut national d’Histoire de l’Art (l’INHA). Il a été fondé en 2001 après de longues délibérations et autres controverses administratives. C’était à la base une initiative d’André Chastel (1972-1990) il y a un demi- siècle.



André Chastel (1912-1990) demeure l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de l’art dans la seconde moitié du XXe siècle, tant par le rayonnement international de ses très nombreuses publications – où l’érudition savante et l’ampleur de vue s’associent à une écriture précise et sensible – que par l’emprise de son activité féconde sur les développements de la discipline en France.

Outre l’importance de l’INHA pour le monde de la culture, et sa mission de développer l’activité scientifique dans l’histoire de l’art, Pierre Rosenberg souligne l’exceptionnelle richesse de sa bibliothèque. Elle propose à la consultation plus d’un million de documents, une bibliothèque numérique et des bases de données en ligne.




- Une autre création heureuse récente : Le Festival de l’Histoire de l’Art.

Festival de l’histoire de l’art, édition 2012 - Autour du thème des Voyages et du pays invité, l’Allemagne

Heureux du succès de la première édition du Festival de l’histoire de l’art, lancé en 2011 par M. Frédéric Mitterrand, le ministère de la Culture et de la Communication, l’Institut national d’histoire de l’art et le château de Fontainebleau s’associent pour la seconde édition du Festival, gratuit et ouvert à tous, qui aura lieu les 1er, 2 et 3 juin 2012 à Fontainebleau.

Le château de Fontainebleau pendant l'édition 2011
Le château de Fontainebleau pendant l’édition 2011
© MCC/Didier Plowy

Le Festival se veut la Fête annuelle de l’histoire de l’art. Conçu comme un carrefour des publics et des savoirs, il offrira durant trois jours abondance d’images et de rencontres à la fois scientifiques et festives qui s’adresseront à tous, professionnels, étudiants, amateurs et curieux.
Comme en 2011, un thème fédérateur rassemblera tous les aspects de la discipline. Pour la seconde édition, c’est le thème des Voyages qui a été retenu. A l’ombre du château, conférences, débats, projections et lectures exploreront toutes les facettes du rapport entre art et voyages.
Ouvert à des spécialistes venus de toute l’Europe, le Festival privilégie le regard des acteurs d’un pays invité : en 2012, l’Allemagne.

A l’initiative de Pierre Rosenberg, le Festival organise cette année pour la première fois une bourse d’emplois dans le domaine de l’histoire de l’art, intéressant particulièrement la jeunesse.


Pour en savoir plus

Consultez les sites Internet relatifs à cette émission :

- L’Institut national d’Histoire de l’Art (INHA)
- Association APAHAU (Association des Professeur d’archéologie et de l’histoire de l’art en universités)
- Festival de l’Histoire de l’Art 2012


Écouter d’autres émissions avec Pierre Rosenberg :

- L’Essentiel avec...Pierre Rosenberg, de l’Académie française
- Pierre Rosenberg, de l’Académie française : Itinérance à Venise
- Les cent plus beaux tableaux des États-Unis selon Pierre Rosenberg
- Les Fragonard de Besançon, avec Pierre Rosenberg, de l’Académie française
- Pierre Rosenberg, de l’Académie française, et son Dictionnaire amoureux du Louvre
- Louis Cretey, l’artiste sorti de l’oubli, présenté par Pierre Rosenberg
- Les expositions vident-elles les musées ? Le point de vue de Pierre Rosenberg, de l’Académie française

Consultez également :

- Pierre Rosenberg, Dictionnaire amoureux du Louvre, aux Editions Plon

- Thierry Gausseron, Gilles Mentré, Aimer les Musées – une passion à partager, préface de Pierre Rosenberg de l’Académie française, Editions DuMesnil, 2011.






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