François Eudes de Mézeray, historiographe de France, de l’Académie française

Une figure importante de la littérature classique ravivée par Guy Verron
François Eudes de Mézeray a joué un rôle fondateur pour l’histoire de France. Né en 1610, il figure parmi les historiens les plus connus de son temps. Membre puis secrétaire perpétuel de la jeune Académie française, son rôle y est capital, en particulier dans l’élaboration du Dictionnaire de la langue française. Esprit indépendant, il s’attira les foudres de Colbert qui provoqua sa chute et son isolement. Guy Verron, conservateur du patrimoine, nous présente cette figure importante de la littérature française.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : HIST722
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Date de mise en ligne : 22 avril 2012

Issu d’une famille modeste de Normandie, Mézeray fit ses études à Caen. Très vite, il décida d’aller chercher fortune à Paris où il bénéficia de la protection de son compatriote Nicolas Vauquelin des Yvetaux. Ce personnage joua un rôle important dans les débuts du jeune Mézeray non seulement il lui obtint une place de commissaire des guerres mais il a aussi façonné son esprit original et anticonformiste. Désintéressé de la chose militaire, Mézeray abandonna sa fonction pour se livrer à l’étude de l’histoire. Etudiant au collège Sainte-Barbe, il travailla avec tant d’ardeur qu’il en tomba malade. Le cardinal de Richelieu s’intéressa alors à ce travailleur encore obscur et lui attribua une bourse.

En 1643, Mézeray publiait le premier volume de son Histoire de France. Cet ouvrage dont la publication s’étala jusqu’en 1651 fit de lui un auteur célèbre. Il gagna le titre d’historiographe de France assorti d’une pension de quatre milles livres. En 1648, il entrait à l’Académie française, sans sollicitation en remplacement de Voiture. A partir de 1651, il accepta la responsabilité de la rédaction du Dictionnaire de la langue française commencée par l’Académie. Il y travailla pendant trente-trois ans et réussit à terminer toutes les lettres de l’alphabet qui restaient à traiter. Ce n’est pas pour autant qu’il fut apprécié par ses confrères. Il faut dire que sa conduite presque familière tranchait avec la politesse excessive et l’attitude servile de la plupart des académiciens. Pour se démarquer il avait aussi pris pour habitude de toujours donner une boule noire à ceux qui se présentaient sous prétexte de liberté ! En 1675, il devint tout de même secrétaire perpétuel de la compagnie à laquelle il faut avouer il consacrait beaucoup de temps. Au-delà de son travail sur le dictionnaire, il s’occupait aussi des finances et se révéla un bon administrateur pour l’Académie.

Mézeray par Louis-Joseph Daumas, cour Napoléon du palais du Louvre.
Mézeray par Louis-Joseph Daumas, cour Napoléon du palais du Louvre.

Durant la Fronde, on dit qu’il était l’auteur de certains pamphlets contre Mazarin. Le caractère clandestin des mazarinades ne permet aucune certitude mais il semblerait que Mézeray n’ait pas eu de part active dans la Fronde. Sa rupture avec le pouvoir est postérieure et pas de sa volonté. En effet, en 1668 Mézeray publiait son Abrégé chronologique de l’Histoire de France. Il s’agissait d’un ouvrage nouveau par sa forme et son contenu. Le public fit un triomphe à cette nouvelle publication qui renforça la réputation de Mézeray et lui confirma la place de premier historien du moment. Colbert ne l’entendit pas ainsi. Il se fit lire certains passages de l’ouvrage se rapportant aux finances de l’Etat et aux impôts. Jusqu’à présent ces sujets n’étaient pas présentés au public, le ministre jugea sévèrement la liberté avec laquelle Mézeray traitait ces thèmes. Il fit censurer la seconde édition parue en 1672 et supprima la pension versée à Mézeray. Une profonde déception naquit de cette algarade avec Colbert. Elle marqua pour Mézeray la fin de sa période active. Jusqu’alors il avait cru pouvoir écrire en toute indépendance, il s’était trompé. Il comprenait qu’il fallait choisir entre sa liberté et les honneurs gouvernementaux. Dès lors, son tempérament s’aigrit. Sa fin de vie fut triste. Il mourut en 1683 ne laissant rien à l’Académie, pas même ses manuscrits.

Présentation de l’éditeur :

François Eudes De Mezeray (1610-1683), frère de celui qui deviendra saint Jean Eudes, fondateur des Eudistes, né à Ri (Orne) en Basse-Normandie, a constitué l’une des personnalités les plus considérables de la France du XVIIe siècle. Il était considéré comme le meilleur historien français de son époque, grâce à une Histoire de France qui a été très lue dès sa parution (1643-1651). Il s’est aussi imposé comme l’un des membres les plus influents de la jeune Académie française. Élu en 1648 pour remplacer Voiture, il a succédé en 1650 à Vaugelas comme responsable du Dictionnaire de la langue française préparé par l’Académie ; il est devenu en 1675 Secrétaire perpétuel de la compagnie et le restera jusqu’à sa mort. Protégé d’abord par le cardinal de Richelieu et par le chancelier Séguier, il a été nommé par Louis XIV "historiographe de France" (1657).Il est tombé en disgrâce quand le ministre Colbert a décelé dans son Abrégé chronologique de l’histoire de France (1667-68) des critiques contre le système fiscal français et les injustices qui en résultaient. Depuis lors, Mézeray a été marginalisé. Son tempérament s’est aigri. À la mort de ce célibataire endurci (1683), on s’est aperçu qu’il avait accumulé d’importantes richesses et qu’il avait décidé de ne pas en faire bénéficier ses héritiers naturels. Ces révélations insolites ont dégagé un parfum de scandale qui a un peu brouillé l’image laissée par Mézeray. La découverte de nouveaux documents, jusqu’ici inconnus ou inexploités, permet de mieux connaître le personnage, son caractère, son cadre de vie, le cercle de ses amis, ses occupations, sa conception de l’histoire, et son attitude vis-à-vis du pouvoir au moment précis où le roi de France devient un monarque absolu refusant de supporter la moindre opposition.

Guy Verron à Canal Académie
Guy Verron à Canal Académie
© Canal Académie

L’auteur :
- Guy Verron, conservateur en chef du Patrimoine, a publié Préhistoire de la Normandie en 2000 aux Editions Ouest-France, ainsi que de nombreuses études sur l’histoire et l’archéologie.







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