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Election ? Un mot fréquent dans les citations d’académiciens !

Bref aperçu du mot "Election" dans les oeuvres académiques...
Quand, où, comment les académiciens ont-ils employé le mot "Election" dans leurs œuvres ? La période électorale nous fournit au moins l’heureux prétexte de vous offrir le fruit d’une brève recherche... sans doute non exhaustive mais savoureuse !


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Références émission afficher
Émission proposée par : Fernand Guiot , Hélène Renard
Référence : VOI613
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/voi613.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida8799-Election-Un-mot-frequent-dans-les-citations-d-academiciens.html
Date de mise en ligne : 22 avril 2012

Commençons par les élections à l’Académie, française s’entend : Maurice Druon, élu en 1966 à l’Académie française au siège précédemment occupé par Georges Duhamel, et qui nous a quittés en 2009 (auquel a succédé récemment Danièle Sallenave), dans son ouvrage Les Grandes familles, paru en 1948, parle de ces élections à l’Académie : « Douze voix pour une première fois, c’est très bien vous savez… la prochaine fois, vous aurez une élection de maréchal ». C’est-à-dire une élection acquise d’avance, obtenue à la quasi unanimité, compte tenu de la notoriété du candidat. Et toujours dans cet ouvrage, il rédige le dialogue suivant :
-  Ça doit être terriblement émouvant, mon cher maître, l’attente des résultats ? dit Inès Sandoval, la poétesse.
-  Moi, chère madame, le jour de mon élection, j’étais comme un fou, dit l’historien qui s’empiffrait de gâteaux secs.

Dans un autre registre, Ernest Renan (1823/1892), éminent connaisseur de la langue sémite et découvreur de Byblos au Liban en 1860, membre de l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres à partir de 1856 et de l’Académie française en 1878, succédant ainsi à Claude Bernard, parle lui, ô surprise, d’élection amoureuse ! On trouve cette expression dans Les feuilles détachées (paru en 1892) : « L’élection amoureuse est, comme l’élection divine, tout à fait gratuite. Elle ignore ses propres motifs ». Il faut donc entendre le mot élection dans le sens d’un choix. Même si nul ne sait, nul ne peut expliquer pourquoi et comment s’opère ce choix. Reste que Renan n’était guère favorable aux élections, aux votes, il affirme dans La réforme intellectuelle et morale de la France, en 1871 : « L’élection encourage le charlatanisme. » Voilà qui est dit.

François Mauriac lui, élu à l’Académie Française en 1933 au siège précédemment occupé par Eugène Brieux, s’il se distinguait par son immense talent, ne brillait pas par sa modestie, il le reconnait lui-même, et cela dès sa jeunesse, à preuve cet aveu dans Les Écrits intimes, commencement d’une vie paru en 1932 : « Me persuadant de ma supériorité intellectuelle… je me scandalisais de ce que mes maîtres ne semblaient pas distinguer en moi un vase d’élection ! ». Que faut-il donc entendre par « vase d’élection » ? Non pas un objet, loin s’en faut, mais une créature, une personne choisie par Dieu, dotée de la grâce divine pour accomplir ses desseins. Le même Mauriac parlera du peuple juif, peuple d’Israël, en le qualifiant, comme bien d’autres, de peuple d’élection (l’expression se trouve dans son roman célèbre Le Nœud de vipères)

George Sand n’a jamais été élue au sein d’une académie, à l’époque, cela n’était pas concevable. André Maurois, qui lui était de l’Académie française, élu en 1938 à la suite de René Doumic, et qui a mis son immense talent au service de plusieurs grandes biographies qui restent des chefs d’œuvre du genre, en a consacré une à la femme écrivain sous le titre de Lélia ou la vie de George Sand. Il écrit : « Ce qu’elle demandait pour les femmes, ce n’était pas le droit de suffrage et d’élections, c’était l’égalité civile et l’égalité sentimentale. Elle pensait que la servitude où l’homme tient la femme détruit le bonheur du couple, qui n’est possible que dans la liberté ».

S’il en est un qui se penchait largement sur le genre humain mais ne se faisait guère d’illusions sur le mode électif, c’est bien l’auteur des Hommes de bonne volonté (paru en 1946), Jules Romains, membre de l’Académie française à partir de la même année, auquel succèdera Jean d’Ormesson. On y trouve ce constat presque désappointé : « Quand les urnes circuleront, ils resteront presque tous fidèles à leurs partis pris antérieurs, ou à une discipline de groupe ».

Georges Clémenceau, surnommé le Tigre, élu à l’Académie Française en 1918 au siège précédemment occupé par Émile Faguet, n’est guère plus optimiste. Dans Iniquité, paru en 1899, il écrit : « A leurs dépens, quelque jour, électeurs et élus apprendront que ces honteuses défaillances s’expient ». Et dans ce même esprit, il ajoute : « Un candidat, un chef de candidat peut affronter l’armée, l’église, la magistrature, braver la mort au besoin, mais il a pour premier principe de se soumettre à la foule au lieu de tenter de la vaincre ».

Mauriac, encore lui, dans son fameux bloc-notes publié entre 1952 et 1957, fait d’ailleurs allusion à une phrase de Clémenceau : « « Je vote pour le plus bête », la boutade fameuse de Clémenceau n’est cruelle qu’en apparence. Elle signifiait : je vote pour le plus inoffensif ».

Force nous est de constater qu’au cours de notre recherche de citations académiques, on en trouve plus de pessimistes que d’optimistes. Claudel par exemple, membre de l’Académie française sur les dernières années de sa vie de diplomate-écrivain (il est élu en 1946 à presque 80 ans, au siège qu’occupera par la suite Wladimir d’Ormesson), écrit dans son Journal (1968-69) : « Les élections sont l’abdication rabâchée tous les quatre ans par un peuple gâteux ».

Et Jean Dutourd sous son humour corrosif, qui faisait la joie de ses milliers de lecteurs, Jean Dutourd qui siégeait à l’Académie française depuis 1978, à la suite de Jacques Rueff, et qui nous a quittés en 2011, a lui aussi la dent dure : « Le peuple, en élisant ses représentants et ses maîtres, leur délègue une fonction éminente : celle de se salir les mains à sa place ».

Essayons encore un peu, dans l’espoir de trouver quelques phrases, quelques citations, plus optimistes, plus réconfortantes. Est-ce possible ? Et si l’on regardait du côté de Marcel Pagnol, par exemple, dont on connait le style alerte, les réparties, les dialogues incisifs. Marcel Pagnol, élu à l’Académie française en 1946 au siège précédemment occupé par Maurice Donnay, semble lui aussi désabusé ! Les élections ne seraient-elles qu’une affaire de troc, de marchandage ? Il semble le penser lorsqu’il fait dire à l’un des personnages de Topaze : « Si le maire a voté pour moi les balayeuses automobiles, c’est parce que j’ai voté pour lui l’affaire des urinoirs souterrains ».

D’autres académiciens, historiens ceux-là, ont évoqué divers moments de l’histoire de France où le mode électif joua un rôle particulier. Ainsi Jules Michelet, de l’Académie des sciences morales et politiques depuis 1838, publie une Histoire de la Révolution française, entre 1847 et 1853, en réaction aux évènements révolutionnaires de 1848. Il y fustige, dans un enthousiasme excessif et des envolées pittoresques, les débordements du peuple, tout en revendiquant une démocratie fille de la Révolution et en se félicitant du bon déroulement des élections séparant la chute de Louis-Philippe et l’avènement de Napoléon III. Ainsi il écrit : « La cour fut étonnée de la décision, de la fermeté, de la suite avec laquelle procédèrent 25000 électeurs primaires si neuf dans la vie politique. Il n’y eut aucun désordre ».

Tandis que Jacques Bainville, élu à l’Académie française en 1935 au fauteuil précédemment occupé par Raymond Poincaré, dans son Histoire de France parue en 1924, évoque Gambetta (1838/1882), Président du Conseil en 1881, passé de défenseur de la « guerre à outrance » sous la Commune à partisan d’un exécutif fort sous la IIIème République. « Gambetta craignait les élections qui pouvaient être à la fois hostiles à la République et favorables à la paix. On prit donc le parti de les ajourner ».

Heureusement, nous avons Chateaubriand. Lui qui eut quelques démêlés avec, non pas l’Académie française où il fut élu en 1811 au siège qu’occupera par la suite Paul de Noailles, mais avec le maître régnant, Napoléon Bonaparte, désormais Empereur depuis 1804, au point qu’il ne put prononcer son discours sous la Coupole, admet cependant que le droit de voter est l’une des conquêtes de la Révolution. Il les énumère ainsi dans Mémoires d’Outre-tombe, paru en 1848 : « Les conquêtes de la Révolution, à savoir, la liberté politique, la liberté et la publicité de la pensée, le nivellement des rangs, l’admission à tous les emplois, l’égalité de tous devant la loi, l’élection et la souveraineté populaire ».

Nous voilà rassurés. Et formons un vœu, un seul : que Canal Académie reste votre radio d’élection !

La sélection que nous avons opérée a été rendue possible, grâce à la voix du comédien Fernand Guiot, et en feuilletant le livre de Jean Pruvost « Les élections » paru dans la collection « Champion les Mots », aux éditions Honoré Champion, livre qui explore le mot élection et ceux de la même famille, dans les dictionnaires au fil des siècles.

- Ecoutez-le :Elire, élection, électrice, élite... et Grands Electeurs

Dans cette même collection "Champions les mots" et sur un thème approchant on lira avec intérêt de Frédéric Treffel : "le Citoyen".
- Ecoutez-le Le mot "citoyen" dans les dictionnaires du XVIe au XXe siècle






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