Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Pierre Schoendoerffer : Le Crabe-Tambour a pris le large...

La chronique de Gauthier Jurgensen sur Pierre Schoendoerffer, écrivain et cinéaste de l’Académie des beaux-arts
Pierre Schoendoerffer s’est éteint dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 mars 2012 et ses admirateurs et amis lui ont rendu un dernier hommage lundi 19 mars. Ses nombreuses distinctions et décorations sont à l’image de sa carrière : Commandeur de la Légion d’Honneur, Officier de l’ordre du mérite, Commandeur des Palmes Académiques, Officier des Arts et Lettres, Croix de guerre, Croix du Combattant Volontaire mais aussi Prix du Scénario au festival de Cannes, Oscar du meilleur documentaire, Grand Prix de l’Académie Nationale du Cinéma, Grand Prix du Roman de l’Académie Française, Prix Interallié, Prix Vauban. Il fut à la fois un véritable héros français et un grand artiste. Notre jeune critique de cinéma, Gauthier Jurgensen, évoque ici les films du cinéaste, notamment la 317e section, Le Crabe-Tambour, La Section Anderson... Inoubliables.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher
Émission proposée par : Gauthier Jurgensen
Référence : carr884
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr884.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida8703-Pierre-Schoendoerffer-Le-Crabe-Tambour-a-pris-le-large.html
Date de mise en ligne : 19 mars 2012
Logo Art absolument

Pierre Schoendoerffer (1928- 2012) a toujours rêvé de bateaux et de cinéma. C’est dans cet ordre que sa route se trace, puisqu’il s’engage d’abord dans la marine avant de se décider à saisir une caméra et à se joindre au Service Cinématographique de l’Armée. C’est ainsi que le jeune caporal-chef se rend en Indochine. Il a vingt-sept ans quand il est capturé à la bataille de Diên Biên Phu. Il entame ensuite une carrière de journaliste pour Match, Paris-Presse, et même à l’international, pour le Times ou pour Life. A la fin des années 1950, le cinéaste se confirme en signant ses premiers longs métrages : d’abord La Passe du Diable, sur un scénario de Joseph Kessel, puis Ramuntcho et Pêcheurs d’Islande inspirés de Pierre Loti (Loti et Kessel, deux membres de l’Académie française).

Pierre Schoendoerffer, de l’Académie des beaux-arts
Pierre Schoendoerffer, de l’Académie des beaux-arts
Copyright Louis Monier

Le vrai compromis entre son engagement militaire et son talent de cinéaste, Pierre Schoendoerffer le trouve enfin au début des années 1960, en tournant des commandes pour le Sirpa (le Service d’Informations et de Relations Publiques des Armées), comme le court métrage Sept jours en mer. Et l’alchimie fonctionne puisqu’en 1965, son premier chef-d’œuvre séduit le jury du festival de Cannes. La 317e Section cède la Palme d’Or à Richard Lester et son film Le Knack, ou comment l’avoir, mais repart quand même avec le Prix du scénario.

L’histoire de ce bataillon qui doit abandonner son poste en Indochine marque la première collaboration entre Pierre Schoendoerffer et ses acteurs fétiches : Jacques Perrin et Bruno Cremer. En quelques images, le spectateur comprend que la force du cinéaste est avant tout de filmer la camaraderie entre les supplétifs et les officiers de la métropole, en se focalisant moins sur le conflit avec les révolutionnaires, qui reste pourtant toujours en toile de fond, au long de cette fuite dangereuse à travers la jungle. Ce film sert aussi de tremplin à d’autres grands noms du 7ème art. On remarque au générique que le tout jeune Bertrand Tavernier en est l’attaché de presse. En 1979, Francis Ford Coppola obtiendra une seconde Palme d’Or pour son film Apocalypse Now, un film très influencé par La 317e section, qui reprend même la fameuse métaphore de l’œuf pour la bataille de Diên Biên Phu.

Pierre Schoendoerffer s’associe ensuite à Jorge Semprun, avec lequel il coécrit le scénario d’Objectif 500 millions. La reconnaissance internationale arrive en 1968, avec son documentaire La Section Anderson. Dans le cadre de l’émission « Cinq Colonnes à la une », le réalisateur retourne au Viêt-Nam suivre une section de l’armée américaine. Ce film lui vaut l’Oscar du meilleur documentaire. En 1985, c’est Oliver Stone qui remporte la statuette du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Platoon. Il reconnaît volontiers que l’idée lui a été soufflée par La Section Anderson, de Pierre Schoendoerffer. Une chanson qui figure dans ce documentaire, «  These Boots Are Made For Walking » par Nancy Sinatra, sera reprise par Stanley Kubrick en 1987 dans son film sur la guerre du Viêt-Nam : Full Metal Jacket.

Auréolé de son succès, Pierre Schoenderffer ne tournera plus pendant près de dix ans, se consacrant à la littérature. En 1969, il obtient le prix Interallié pour son roman L’Adieu au Roi. Puis, en 1976, il revient sur le devant de la scène avec Le Crabe-Tambour, qu’il adapte immédiatement au cinéma. Jean Rochefort et Claude Rich accompagnent l’éternel Jacques Perrin. Le livre comme le film sont salués, l’un par un prix de l’Académie Française, l’autre par trois Césars. Le Crabe-Tambour entremêle une nouvelle fois toutes les passions de l’artiste : cinéma et littérature, océan et armée.

Le succès est encore au rendez-vous, en 1982, avec L’Honneur d’un Capitaine. Alors que l’Américain John Milius adapte au cinéma son roman L’Adieu au roi, avec Nick Nolte, Pierre Schoendoerffer est élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1988, qu’il préside deux fois : d’abord en 2001, puis en 2007. En 1992, comme pour en finir avec un vieux démon, il réalise enfin un film intitulé Diên Biên Phu, qui reconstitue la bataille finale de la guerre d’Indochine. Un dernier tour de manivelle, en adaptant encore un de ses propres romans : Là-Haut, un roi au dessus des nuages réunit une dernière fois Pierre Schoendoerffer et ses complices de toujours : Jacques Perrin et Bruno Cremer.

Tel fut le parcours complexe et passionnant d’un homme dont la carrière a influencé des talents du monde entier. C’est en artiste et en soldat que Pierre Schoendoerffer nous quitte. Pour l’accompagner vers sa dernière demeure, voici les derniers mots du film Sept jours en mer. Des paroles simples que le cinéaste aimait tant, adaptées de la prière de l’aspirant Joseph Zirnheld, mort au combat en 1942 :

« Donnez-moi, Seigneur, donnez-moi ce que personne ne vous demande. Donnez-moi le risque et l’inquiétude. Donnez-moi le vent, la pluie et la tempête. Et donnez-les-moi définitivement car je n’aurai pas toujours le courage de vous les demander. »

Gauthier Jurgensen


En savoir plus :

- Pierre Schoendoerffer, membre de l’Académie des beaux-arts

Canal Académie vous propose 3 émissions pour écouter Pierre Schoendoerffer dont l’une avec une vidéo de l’interview :

- Pierre Schoendoerffer : discours d’installation de Yann Arthus-Bertrand

- Le voyage en Amérique de Pierre Schoendoerffer

- Pierre Schoendoerffer ou l’honneur d’un témoin

- Canal Académie vous invite à la la lecture de l’intervention du Premier ministre François Fillon, aux obsèques de Pierre Schoendoerffer qui ont eu lieu à l’Hôtel national des Invalides le lundi 19 mars 2012 :

Intervention  du Premier ministre François Fillon, aux obsèques de Pierre Schoendoerffer qui ont eu lieu à l’Hôtel national des Invalides le lundi 19 mars 2012
Intervention du Premier ministre François Fillon, aux obsèques de Pierre Schoendoerffer qui ont eu lieu à l’Hôtel national des Invalides le lundi 19 mars 2012






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires