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Jean-Paul Philippe, Prix de sculpture Del Duca-Institut de France 2011 : "Archéologies intérieures "

"Chaque miroir est le tombeau du ciel"
Jean-Paul Philippe voit dans la pierre un paysage de mémoire comme un passeport pour l’immobile. À travers ses dessins, ses marbres gravés, ses marelles, ses blocs dressés, stèles ou capteurs des dessous du ciel, il dévoile une familiarité évidente avec la notion de dimension passant sans contrainte de l’espace naturel, à ciel ouvert à la sculpture de plus petite dimension, ou à des dessins et peintures, parfois même gravés dans le marbre.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : CARR872
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr872.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 18 mars 2012
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Jeune adolescent, souhaitant se consacrer aux arts, en particulier à la peinture, Jean-Paul Philippe découvre l’Italie et les collections du musée des Offices de Florence à l’âge de 16 ans. Un voyage et une expérience déterminantes qui le lient depuis à ce pays et qui ne furent pas sans effets sur sa formation d’autodidacte puis sur ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Depuis 1960, il vit entre la France et l’Italie et a fait de la sculpture son médium privilégié, depuis 1973.


En Toscane, il a installé en 1993, sur les « crêtes » du site naturel d’Asciano, une œuvre maitresse : Site Transitoire, réalisée à Sienne dans les ateliers de l’Ars Marmi. Il fait dialoguer plusieurs éléments de basalte gris avec la nature, composant une œuvre monumentale où la pierre épouse le lieu. Un grand siège y accueille le passant, une fenêtre orientée y reçoit le dernier rayon du soleil, un sarcophage et un labyrinthe interrogent le promeneur. Jean-Paul Philippe a voulu y représenter les trois positions du corps assis, debout, couché. Les limites de l’homme. L’installation a été adoptée et renommée Site Transitoire par les gens du pays. Chaque été, au moment du solstice, une création théâtrale ou musicale y est donnée, près de 500 personnes assistent au spectacle.


Le site est ouvert, sans barrière ou limite aucune, si bien que les visiteurs partis, un troupeau de moutons peut s’arrêter entre les sculptures comme en témoignent les photographies du très beau livre, Jean-Paul Philippe, Archéologies Intérieures, publié par le Fonds Mercator (2008). L’ouvrage donne à voir l’ensemble de l’œuvre de l’artiste. Les textes sont de Bernard Noël et Antonio Prete, essayiste et poète, deux compagnons de route de longue date du sculpteur. La poésie tient une place importante dans le cœur du sculpteur. Le poète et historien de l’art, Bernard Noël signe avec ce livre une nouvelle monographie d’artiste (après Magritte, André Masson, Olivier Debré, Zao Wou Ki, Fred Deux). Ses poèmes en regard des œuvres de Jean-Paul Philippe offrent une première lecture. Ses entretiens avec l’artiste reproduits dans le livre, concernant par exemple ses commandes urbaines, éclairent la démarche du sculpteur, son goût des contraintes et des chantiers. Parmi ses dernières réalisations monumentales, signalons la création d’une place pour l’université de Rennes (2005), baptisée Aleph, Alpha, A où il joue avec les mots, les signes, les langues étant principalement enseignées dans cette université. Sa sculpture figurative aux formes quasi abstraites entretient un rapport fort à l’architecture. Il a collaboré au plus près avec l’architecte Luc Weizmann sur la construction de la plus importante unité de traitement de l’azote construite en région parisienne sur le site Seine-Aval qui traite les eaux et les boues de la Seine : ce qui m’intéressait était de pouvoir intégrer pleinement mon geste au sien, et faire que mon intervention soit en parfaite symbiose avec l’édifice. L’œuvre De l’Eau à l’Air, des boues à l’éther... (2007) qui prit forme dans les murs de l’édifice, sur ses parois de béton, par des bas-reliefs, par la réalisation d’un tympan dans le hall d’accueil, renoue avec une tradition où arts et architecture était liés, sans tomber dans le travers d’une architecture spectaculaire, faîte d’abord pour l’œil.

Jean-Paul Philippe, 14 mars 2012, Canal Académie
Jean-Paul Philippe, 14 mars 2012, Canal Académie
© Marianne Durand-Lacaze/ Canal Académie

Depuis le Site transitoire, ce qui me tient à cœur, c’est de proposer une promenade, un lieu à traverser, où la forme primordiale où tout se joue, ne serait faite que d’air : les pierres, les bornes de cet espace. L’entrée y est libre, précise-t-il. Le granit et le marbre sont devenus ses matériaux de prédilection : J’aime faire de la poussière. J’aime cette chose qui monte du bloc, du massif, cette chose très aérienne[...] Elle est comme du temps qu’on ferait s’envoler.

Jean-Paul Philippe, "Marelle entre ciel et terre", la Tour méridienne, 1989, Bruxelles
Jean-Paul Philippe, "Marelle entre ciel et terre", la Tour méridienne, 1989, Bruxelles
© courtesy Galerie Jeanne Bucher/Jaeger Bucher, Paris

Parmi les thèmes récurrents qu’on décèle dans son travail, les marelles occupent une place privilégiée. À leur propos, il écrit dans un poème : ...Ce jeu qui s’amuse de toutes les perspectives en mettant le point de fuite sous le pied lève toujours chez moi des désirs de voyages. À défaut d’y figurer le corps, pour ne pas l’oublier, je lui invente un espace où il trouve un écho, son reflet et sa danse. Sculpter une marelle est ce prétexte.
Jean-Paul Philippe a ainsi réalisé une marelle monumentale, intitulée Entre Terre et Ciel, La Tour méridienne, composée d’éléments au sol, d’une colonne, une tour de 8 mètres et d’une barque solaire au milieu d’un bassin et d’une roue brisée en deux, installée à Bruxelles. Une autre de ses marelles monumentales se trouve en Égypte mesurant 43 mètres de long et 15 mètres de large, composée de blocs de granit d’Assouan, actuellement installée dans le Jardin International du Caire (1999).

Pour lui, Le jeu de marelles est universel, ses règles sont similaires sous toutes les latitudes, seul son dessin diffère selon les époques, les croyances et les civilisations. Chez nous la forme familière que nous lui connaissons, celle de notre enfance, apparaît vers l’an mil. Entre Terre et Ciel, elle s’inspire du plan des églises…Parvis, nef, transept et chœur

Il y a dans l’élégance sobre des formes des sculptures de Jean-Paul Philippe et dans leur raffinement, un écho à la sculpture grecque ou égyptienne de l’Antiquité, auquel s’ajoute la beauté naturelle des matériaux choisis, marbre, pierre, granit gris indien, travertin jaune d’Iran ou toscan...Les stèles, les pietàs, les chariots sont d’autres thèmes qui ponctuent son œuvre mais qu’il ne travaille pas en série. La rétrospective qui lui a été consacrée au musée Fernet Branca en Alsace, comme son exposition à la Galerie Jaeger Bucher montre une œuvre qui aime faire tutoyer l’homme et les nuages, l’homme et l’espace. La non représentation du corps humain mais sa présence dissimulée au regard, par ses sarcophages, ou visible par son empreinte dans la courbure de ses grands sièges ou dans l’embrasure de sa porte de l’espace sur le Site Transitoire, interroge poétiquement et philosophiquement les limites de l’homme.

Jean-Paul PHILIPPE, "Stèle(s)", 2011, granit gris indien 290 X 111 X 80 cm
Jean-Paul PHILIPPE, "Stèle(s)", 2011, granit gris indien 290 X 111 X 80 cm
© Photo Guy Buccheit. Courtesy Galerie Jeanne Bucher / Jaeger Bucher, Paris

Pour en savoir plus

Galerie Jeanne Bucher, Exposition des sculptures de Jean-Paul Philippe, mars 2012
Galerie Jeanne Bucher, Exposition des sculptures de Jean-Paul Philippe, mars 2012
© Galerie Jeanne-Bucher / Jaeger Bucher, Paris

- Jean-Paul Philippe a reçu le prix de sculpture de la Fondation Del Duca- Institut de France sur proposition de l’Académie des beaux-arts, en 2011

- Site Internet de Jean-Paul Philippe

- L’actualité de Jean-Paul Philippe à la Galerie Jeanne Bucher, à Paris

La Galerie Jeanne-Bucher ouvre ses portes le jeudi 22 mars 2012 de 17h à 19h à l’occasion de la signature par l’artiste Jean-Paul Philippe et par Bernard Noël de l’ouvrage Jean-Paul Philippe Archéologies intérieures , Textes de Bernard Noël et Antonio Prete, publié aux éditions du Fonds Mercator, Bruxelles. Le même jour sera proposé une lecture, une présentation du film La pierre : intimité de la terre réalisé par Thésée et une intervention musicale par Marianne Dedaj. L’occasion d’un moment unique qu’aime favoriser la Galerie Jeager Bucher pour les artistes qu’elle accompagne.

- Catalogue de l’exposition de Jean-Paul Philippe à la Galerie Jeager Bucher jusqu’au 12 avril : Jean-Paul Philippe (en vente à la Galerie)

Prolongation de l’exposition Jean-Paul Philippe. Archéologies intérieures, à la galerie jusqu’au 7 avril 2012, initialement prévue du 9 février au 31 mars 2012

- Galerie Jeanne Bucher :
53 rue de Seine 75006 F-Paris
T.+33 (0)1 44 41 69 65 F. + 33 (0)1 44 41 69 68
jeannebucher@wanadoo.fr - www.jeanne-bucher.com
mardi - vendredi 9 h 30 - 18 h 30 - samedi 10 h - 12 h 30 et 14 h 30 -18 h

- Visite virtuelle de l’exposition Jean-Paul Philippe de 2011 au Musée Fernet Branca, Saint Louis en Alsace, réalisée par la Société Écliptique.

Site du fonds Mercator : catalogue et librairie en ligne






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