Prélèvements sociaux, TVA, charges patronales... La chronique "Finances" de Jacques de Larosière

De l’Académie des sciences morales et politiques, il commente quelques unes des mesures pour stimuler la compétitivité
Jacques de Larosière revient sur quelques-unes des mesures annoncées par le Président de la République (dimanche 29 janvier 2012) pour relancer la compétitivité française, notamment la TVA sociale. Il expose d’abord les faits qui justifient ces mesures -déficit, coût de la main-d’oeuvre, charges patronales- puis en analyse la portée. Ecoutez le point de vue de Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France, ancien président du FMI, membre de l’Académie des sciences morales et politiques.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : CHR772
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Date de mise en ligne : 1er février 2012

Jacques de Larosière rappelle, tout d’abord, que la France souffre d’une perte de compétitivité et en particulier de notre industrie, par rapport à l’Allemagne. Cette perte de compétitivité s’explique, d’après lui, par diverses raisons : « je constate, d’après les dernières publications de statistiques de la Banque Centrale Européenne, que notre perte de compétitivité atteint 4,5% depuis une dizaine d’années et que ce chiffre s’est détérioré sur la seule dernière année. »
Et pourtant, entre 1996 et 2000, les niveaux de compétitivité entre l’Allemagne et la France étaient égaux, donc « c’est un phénomène qui n’est pas inscrit dans le marbre » , rappelle l’Académicien. Se pose alors naturellement la question de savoir pourquoi nous ne sommes pas aussi compétitifs que l’Allemagne aujourd’hui ?
Jacques de Larosière, sur ce sujet, explique quelques-unes des causes de ce déséquilibre : la France a misé pour sa croissance plus sur la consommation que sur les investissements. Les coûts de la main d’œuvre ont augmenté plus qu’en Allemagne depuis quelques années. Les charges pour prélèvements sociaux sur le coût du travail sont deux fois plus élevés en France qu’en Allemagne :

- En Allemagne, l’entreprise paie 19 % des salaires brut au titre des charges sociales patronales.
- En France, le montant est de 26 %
- Soit une différence au détriment de l’entreprise française de 36 %.
_ C’est cet écart qui pèse sur le coût du travail et donc sur les exportations.

Faut-il pour autant chercher à s’aligner sur le modèle allemand ? Pour Jacques de Larosière, le modèle français comporte de nombreux avantages, notamment celui de la couverture santé ; seulement c’est un modèle qu’il faut financer intelligemment. Il faut arrêter de faire financer notre modèle social par le travail en entreprise car cela « pénalise grandement notre système productif et notre système d’exportation. » La méthode de financement des charges sociales est donc à prendre au sérieux et si on se basait sur une libération des charges sociales pour les entreprises, alors viendrait une augmentation de la capacité pour des entreprises de faire de la production exportable et donc de la création d’emplois. A ses yeux,il évident «  qu’il faut que nous arrivions à faire le lien entre la création d’emplois et l’allégement des charges sociales. » _

Jacques de Larosière, de l’Académie des Sciences morales et politiques
Jacques de Larosière, de l’Académie des Sciences morales et politiques

- Le président de la République a annoncé, parmi d’autres mesures, une suppression des charges patronales sur la partie "allocations familiales", totale sur les salaires compris entre 1,6 et 2,1 du smic et partielle pour les salaires compris entre 2,1 et 2,4 du smic. Soit environ 5,4 % de charges patronales en moins. Mais, commente Jacques de Larosière, c’est une mesure insuffisante. Un pas en avant cependant, et il n’est pas à négliger, mais insuffisant, tout de même :« il faut bien comprendre que c’est une mesure qui est très limitée, qui tend à soulager les entreprises pour les emplois industriels, notamment les emplois qui pourraient être tournés vers l’exportation.[...]Mais ce n’est qu’une partie du chemin et je crois que cela va dans la bonne direction, cela va permettre aux entreprises qui vont bénéficier de cette suppression des charges familiales de réduire leurs prix. Et de ce fait d’être plus compétitives. Mais cela ne résoudra pas la totalité du problème. C’est un pas en avant mais ce n’est pas la solution de tout le problème de la compétitivité française, qui d’ailleurs, dépasse celui des charges sociales. »

La contrepartie de la suppression des charges sur le chapitre allocations familiales se traduira par une moins–value de prélèvements sociaux pour la branche famille qui sera de l’ordre de 13 milliards. Et donc ce report du manque à percevoir, sera compensé par deux autres mesures :


- 2 points sur la CSG

- une augmentation de 1,6% de la TVA qui passerait de 19,6 à 21, 2.

Pour Jacques de Larosière, l’avantage de mettre en place ces mesures « est que cela frappe un peu les importations puisque les importations verront leurs taux augmenter, donc on a à la fois une réduction des charges qui pèsent sur les entreprises exportatrices et une augmentation des charges qui pèsent sur les importations . »
Il rappelle également que de telles mesures avaient déjà été mises en place en Allemagne par Gerhard Schröder et qu’elles avaient contribué à la compétitivité des produits allemands.

L’académicien souligne, cependant, qu’il y a de nombreux points à améliorer pour relancer notre compétitivité. L’innovation, la meilleure qualité des produits, la formation du personnel, la flexibilité des négociations salariales, au sein des entreprises et non seulement par branches, la chaîne de productions entre autres, méritent d’être analysés pour voir comment la France pourrait remettre à niveau l’exportation, et ainsi le rendre comparable à celui des Allemands. Mais, optimiste, l’ancien gouverneur de la Banque de France, confie : « Je pense que cela est faisable. »


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