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Août 1870 : L’été en enfer. Nicolas Chaudun raconte l’écroulement de l’Empire de Napoléon III

Prix Drouyn de Lhuys 2011 de l’Académie des Sciences Morales et Politiques
Août 1870, l’armée impériale est anéantie, le trône renversé, le territoire envahi. Le Second Empire s’écroule. Les circonstances de cet épisode désastreux ont largement été commentées. Mais qu’en est-il de l’Empereur ? Nicolas Chaudun s’y intéresse pour la première fois. Le récit est poignant. On découvre un empereur qui, miné par la maladie et dépossédé de tous pouvoirs, n’en demeure pas moins digne et humain.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : HIST677
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist677.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 12 février 2012

L’entrée en guerre

Début 1870, Napoléon III confirme l’évolution libérale du régime avec la nomination d’Emile Ollivier à la tête d’un nouveau ministère. A son habitude, il éprouve le désir d’avoir le soutien du peuple dans sa démarche. Un plébiscite est donc organisé en mai pour ratifier l’empire libéral. Les résultats sont sans équivoques, le oui l’emporte massivement. Gambetta est le premier à reconnaître que « l’Empereur est plus fort que jamais » ?

L’affaire de la succession d’Espagne qui éclate début juillet met le feu aux poudres. La candidature d’un Hohenzollern au trône d’Espagne est vécue comme une menace par une France agacée par les intrigues du chancelier allemand, Bismarck. Dans un premier temps, Napoléon III et Emile Ollivier, tous deux partisans de la paix, arrivent à surmonter la crise diplomatique. Le retrait de la candidature Hohenzollern le 11 juillet leur donne raison, la crise est écartée. C’est sans compter sur l’opinion publique française qui souhaite en finir avec la Prusse et Bismarck, qui, lui, cherche l’incident diplomatique capable de le brouiller avec la France. En modifiant quelque peu la fameuse dépêche d’Ems par laquelle la France demande des garanties au roi de Prusse, Bismarck parvient à ses fins. Il blesse la France qui réagit aussitôt par la déclaration de guerre. Il est important de noter que la guerre est décidée par un ministère influencé par une foule qui crie : « La guerre ! A bas Bismarck, tous à Berlin » et une impératrice qui protège l’honneur de la dynastie. Quant à Napoléon III, il semble absent des décisions.

Pour la première fois, Nicolas Chaudun explique pourquoi. Il montre en effet un empereur souffrant, atteint par la maladie de la pierre, auquel on administre de fortes doses d’opium pour atténuer ses douleurs, d’où des états comateux… Dans ces conditions, comment peut-il s’opposer à une France - l’Impératrice en tête - poussant à la guerre et n’envisageant absolument pas la possibilité d’une défaite ? Le Ministre de la Guerre, Lebœuf, n’affirme-t-il pas : « nous sommes prêts, archiprêts ; (…) la lutte dût-elle durer deux ans, nous n’aurions pas un bouton de guêtre à acheter » (p.35). Napoléon III n’a pu éviter la guerre, il lui faut en outre en assumer la responsabilité et le commandement.

En route pour le désastre

Or, l’impréparation, voire l’amateurisme, de l’armée française est total. A cela s’ajoute le déséquilibre des forces. « Début août, la France alignera quatre-cent-trente-cinq mille hommes en état de se battre ; l’Allemagne unifiée, pas loin du double ». De son côté, lucide, Napoléon III télégraphie à l’Impératrice : « rien n’est prêt, nous n’avons pas suffisamment de troupes, je nous considère comme d’avance perdus » (p.57). Au fur et à mesure du désastre, l’Empereur continue à s’affaiblir physiquement. Dès les premières chevauchées, raconte Nicolas Chaudun, « il lui a fallu mettre pied à terre à plusieurs reprises ; par-delà les haies derrière lesquelles il s’isolait, on l’entendait à peine réfréner ses plaintes. Et au terme du premier simulacre d’offensive, il a éprouvé de telles difficultés à descendre de cheval que, une fois à terre, il a dû s’appuyer sur arbre, comme hors d’haleine » (pp.70-71). Les premières défaites ne font qu’aggraver son calvaire physique. Hors d’état de commander, Napoléon III en vient à confier le commandement de l’armée à Bazaine, alors qu’à Paris on l’a dépossèdé de son pouvoir politique. L’Impératrice refuse son retour par crainte de déshonneur et constitue un nouveau gouvernement sans son concours. Dès lors, défait, Napoléon III erre sur les champs de bataille en quête d’une mort qui lui épargnerait le déshonneur. Trimbalé au gré des retraites par un état-major qui se passerait bien d’un tel fardeau, il gagne le surnom de « boulet d’or » (p.104).

A la mi-août, l’armée française est finalement tenue en tenaille par l’adversaire. Un long siège commence qui se clôt par la capitulation de Sedan le 2 septembre. Cette fois-ci Napoléon III reprend les rênes et fait hisser le drapeau blanc. On lui reprochera beaucoup. Pour Nicolas Chaudun, il s’agit au contraire d’un acte de bravoure : « Vous fûtes un héros, oui, mais de votre calvaire sous les bombes, on ne retiendra que le fard qui coulait de vos joues » (p 146).

Présentation de l’éditeur :
- De 1870, on conserve le souvenir d’un désastre. D’autres ont suivi, comblant l’abîme où la guerre avait précipité Napoléon III. "L’été en enfer" est l’histoire de ce plongeon vertigineux, le "road movie", en quelque sorte, de l’errance impériale, chaotique, solitaire, et si cruelle qu’elle érige la gabegie en véritable tragédie classique.

L’auteur :

- Né à Paris en 1962, Nicolas Chaudun a dirigé la rédaction de Beaux-Arts Magazine avant de créer sa propre maison d’édition d’art. Il a publié entre autres une biographie d’Haussmann (2009) qu’il était venu présenter au micro de Canal Académie. Retrouvez l’émission en cliquant ici.






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