L’histoire se raconte aussi par la gastronomie et les petits plats

avec le Dr Jean Vitaux, historien de la gastronomie, et une préface de Jean Tulard, gastronome averti !
L’histoire si elle a ses grandes portes, a aussi ses "petits plats". Elle se déroule dans les cuisines et à table autant que sur sur les champs de bataille ou les conflits sociaux ! Les petits plats de l’histoire, tel est le titre de l’ouvrage paru aux PUF, sous la signature d’un historien de la gastronomie, notre chroniqueur Jean Vitaux, avec une préface de Jean Tulard, autre gastronomie averti, de l’Académie des sciences morales et politiques.


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Émission proposée par : Hélène Renard , Jean Vitaux
Référence : PAG1033
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Date de mise en ligne : 26 février 2012

Nos auditeurs apprécient la rubrique "Histoire et Gastronomie" que Jean Vitaux anime sur Canal Académie parce que c’est en historien qu’il raconte les plats, les ingrédients, les moments et les personnages historiques à table. Que la table et la gastronomie soient intimement liées à l’histoire, toutes ses chroniques le démontrent et ce nouvel ouvrage, Les petits plats de l’histoire, plus encore que son célèbre "Que sais-je ?" et son Dictionnaire du Gastronome (PUF) le démontre à l’envi.

« Que d’événements s’expliquent par la table ! »s’exclame Jean Tulard qui admet que la gastronomie peut changer le cours de l’histoire et conclut sa préface en affirmant que ce livre est savoureux... Invitation à le déguster !

Et comme on ne saurait, dans cette émission, énumérer tous les événements historiques abordés et expliqués, on se contentera de quelques anecdotes, lesquelles, relatées par Jean Vitaux, nous mettent toujours l’eau à la bouche. En voulez-vous goûter quelques unes ?

- Le général Boulanger a préféré sa maîtresse à la marche sur l’Elysée ! Ministre de la guerre sous la IIIe République, il avait remplacé, dans l’armée, la gamelle par l’assiette et introduit la morue (le poisson bien sûr). Le soir de son élection à Paris, en 1889, il dînait au café Durand, place de la Madeleine avec son état-major, tandis que sa maîtresse, Marguerite de Bonnemain, dînait seule dans un salon voisin. Lorsque les résultats furent proclamés, une foule en liesse acclama Boulanger et ses partisans le supplièrent de marcher sur l’Elysée pour s’emparer du pouvoir mais le général, consultant sa maîtresse, préféra rester sur place... Il manqua ainsi son coup d’Etat et finit par s’enfuir avec elle à Bruxelles.

- Nul n’ignore, évidemment, que Napoléon fut exilé à Sainte-Hélène, petit îlot volcanique dans l’Atlantique. Si sa vie se déroula de façon monotone et solitaire, jusqu’au 5 mai 1821, il faut reconnaître que les Anglais la lui avaient rendue moins morose en faisant venir deux fois par an du vin de Constance (Constantia en Afrique du Sud), un vin moelleux parmi les plus appréciés au monde. C’était avant le phylloxera de 1885. Jean Vitaux en profite pour raconter l’histoire de ce vignoble qui doit beaucoup aux Huguenots français chassés par Louis XIV. Mais, tout de même, il ne faut rien exagérer : ce n’est pas ce vin qui aurait empoisonné l’empereur, même si l’on a trouvé des traces d’arsenic dans ses cheveux, et Jean Vitaux de nous dévoiler ce mystère.

Les grandes décisions sont parfois prises au cours d’un banquet. Et reste mémorable celui de 1900 qui réunit, le 22 septembre, dans le jardin des Tuileries, tous les maires de France. Ce fut le banquet le plus immense jamais organisé, et sous l’œil vigilant du préfet de police Lépine : 60 000 couverts, 1800 maîtres d’hôtel, 3600 serveurs... La maison Potel et Chabot était aux commandes de ce banquet aux chiffres inouis : 95 000 verres, 250 000 assiettes, 500 bœufs abattus ! Le menu on s’en doute fut remarquable (et peu léger !). Jean Vitaux nous le détaille, car avec sa mémoire infaillible, il le connaît par cœur ! Autant qu’il peut citer le nom des vins, dont 6 crus, qui furent servis, le tout pour la modique somme globale de 700 000 francs de l’époque, mais quand la République veut emporter l’adhésion de tous, elle fait bien les choses et ne lésine pas !

Ce sont plus de 50 histoires que Jean Vitaux raconte dans son livre, et une dizaine que vous pouvez écouter dans cette émission. Comment pourriez-vous désormais déguster un œuf sans savoir pourquoi il est devenu le symbole de la résistance huguenote, effeuiller vos artichauts en ignorant qu’ils ont provoqué une indigestion à Catherine de Médicis, sucrer vos fraises (sans jeu de mot) sans penser à l’ingénieur Frézier ?

Et lorsque le temps de Pâques sera venu, vous comprendrez enfin pourquoi le soldat romain a tendu au Christ en croix une éponge imbibée de vinaigre (geste de compassion affirme notre invité) et quels anticléricaux militants figuraient parmi les convives du "scandaleux" dîner du Vendredi Saint (jour maigre) chez Sainte-Beuve !

En savoir plus :

Jean Vitaux est non seulement docteur en médecine et spécialiste gastro-entérologue mais aussi fin gastronome, membre de plusieurs clubs renommés, et, bien sûr, grand connaisseur de l’Histoire de la gastronomie.
Il est, avec Benoît France, l’auteur du célèbre Dictionnaire du gastronome (éditions PUF).

Retrouvez notre article sur cet ouvrage, ainsi que toutes les chroniques Histoire et Gastronomie !






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