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Les Sentinelles de l’Océan avec Jacques Rougerie, du Forum Global des Océans à Rio + 20

Entretien sur les enjeux maritimes d’aujourd’hui et "Sea Orbiter" au micro de Marianne Durand-Lacaze
Les Sentinelles de l’Océan, le rendez-vous régulier de Jacques Rougerie sur Canal Académie, est consacré cette fois, aux 10 ans du Forum Global des Océans, où il s’est rendu à Rio le 16 juin 2012. Faisons le point avec celui qui a initié une véritable architecture de la mer, au-delà de l’architecture marine, sur les enjeux maritimes du monde d’aujourd’hui, après la tenue du Forum Global des Océans et de la conférence de Rio +20. Son fantastique projet SeaOrbiter, présenté à Rio, a été accueilli comme l’emblème d’une nouvelle page à écrire : l’heure est venue du mettre le cap sur l’action.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : FOC712
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/foc712.mp3
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Date de mise en ligne : 5 août 2012

Il est le créateur de maisons sous-marines dès les années 1970, de bateaux révolutionnaires à l’intérieur desquels on peut voir ce qui se passe sous l’eau. On lui doit la première maison sous-marine Galathée, l’Océanopolis de Brest, celui de Boulogne-sur-mer, le projet du musée d’archéologie sous la mer d’Alexandrie pour ne citer que quelques unes de ses œuvres. Versant architecture marine, Jacques Rougerie est un créateur hors pair. L’œil des mers dit l’Aquaspace, est l’un de ses navires à coque centrale transparente qu’il a défendu et réalisé contre l’avis de tous. Plusieurs de ses vaisseaux qui allient science et imagination, ont vu le jour, l’Aquascope, semi-submersible d’observation et un trimaran à coque centrale transparente, le Seascope.

Il est surtout l’auteur du projet SeaOrbiter que le grand public commence à bien connaître.

SeaOrbiter, projet de Jacques Rougerie
SeaOrbiter, projet de Jacques Rougerie

SeaOrbiter, est un vaisseau des temps modernes, une plateforme flottante pensée depuis 1998, en forme de voile très allongée sur un axe vertical de 58 mètres de haut dont la partie immergée est aussi un poste d’observation des eaux sous-marines avec de grands hublots et un sas de communication direct pour les plongeurs et les robots sous-marins qui, eux, descendront à plus d’un kilomètre de fond. De haut en bas, on pourra y observer la mer au-dessus et en-dessous de la surface des eaux, simultanément.

Vaisseau du futur pour le futur, SeaOrbiter va parcourir les mers et les océans pour récolter des données scientifiques sur les courants sous-marins, sur la diversité des espèces, sur leur évolution par rapport aux problèmes engendrés par notre économie mondiale et le réchauffement climatique. Dans un avenir plus lointain, plusieurs SeaOrbiter devraient voir le jour. Pour l’heure, le premier SeaOrbiter, grâce à sa collecte de données uniques, effectuées en plusieurs points du globe, reliées à d’autres stations scientifiques marines ou terrestres, SeaOrbiter devrait apporter des réponses nouvelles au réchauffement climatique et des découvertes inattendues sur l’étude des courants et la diversité des espèces.

L’agenda du projet SeaOrbiter à la date du mois de juillet 2012

Jacques Rougerie peut dorénavant avancer que Seaorbiter fédère un certain nombre d’industriels pour construire et équiper son navire. De la motorisation aux matériaux des surfaces, le projet avance à grands pas. Certaines surfaces sont transparentes en polycarbonate, fidèle à la vision architecturale de Jacques Rougerie. Quant à la coque, elle est en aluminium. A l’heure actuelle, les différents acteurs appelés à construire le vaisseau et le lieu du chantier ont été choisis. Le chantier naval de Saint-Nazaire avec tous les acteurs des pays de la Loire seront associés en même temps aux acteurs nationaux et internationaux. Tout est prêt pour démarrer le chantier début Octobre ou Novembre 2012.

Il ne manque plus que 20% du financement du projet pour commencer le chantier. Un partenaire est en vue pour ce quart restant, 80% de la mise de fonds étant assurée.

Quelles énergies alimenteront le SeaOrbiter ?

L’exploitation du SeaOrbiter est de mieux en mieux cernée. Des universités et des instituts de recherche se sont déjà montrés intéressés par l’utilisation du vaisseau, l’Ifremer, la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) aux États-Unis, l’université d’Hawaï d’océanographie, ou l’équivalent de l’Ifremer en Corée qui accompagne le projet, avec des programmes très spécifiques, justement sur le phytoplancton, le zooplancton, voire sur de nouvelles souches de phytoplancton. Observer la biodiversité dans tel courant par rapport à telle époque de l’année pour étudier les phénomènes migratoires de certaines espèces ou le marquage par exemple en pleine mer de tortues luth. Les raisons diffèrent. À titre d’exemple, des essais pour les énergies renouvelables venant de la mer seront expérimentées. Ainsi, un système d’hélice mis au point avec le Marinetech (Pays-Bas), permettra de capter l’énergie de la houle à partir du disque du SeaOrbiter, situé à -12 mètres. Ce nouveau système qui n’existe pas, sera testé ainsi directement sur de longues durées pendant toute la traversée du Gulf Stream, première mission assignée au premier SeaOrbiter.

Le vaisseau lui-même sera donc alimenté par ce nouveau système. Ces tests serviront au développement de nouvelles technologies dérivant de ces capteurs de houle testés à son bord.
L’originalité consiste à faire le lien entre l’espace sous-marin, la surface de l’eau et l’air. Des capteurs seront aussi installés au dessus de la surface l’océan, c’est-à-dire que nous aurons des capteurs au niveau solaire. Nous avons des capteurs de deux grandes éoliennes au-dessus et en-dessous, nous avons également des capteurs de houle, donc toute une série de 20 capteurs de houle autour de ce disque qui fait 30 mètres de diamètre qui alimentera en énergie les capacités du Seaorbiter. Pour changer de cap ou se dégager d’une situation délicate ou tout simplement rester en positionnement dynamique c’est-à-dire en position fixe, ce système de propulsion est aussi associé à l’utilisation de biofioul algal (algal biofuels) que nous sommes en train d’étudier avec EADS. Son avantage, issu des algues, consiste à ne pas émettre de CO2.

SeaOrbiter, projet de Jacques Rougerie
SeaOrbiter, projet de Jacques Rougerie

Jacques Rougerie poursuit : c’est tout un système qui est en train de se mettre en place et qui va aller très loin dans les énergies de demain car il y a une potentialité énorme dans les algues à travers le phytoplancton pour fournir justement ce biofioul algal. Il contribuera de façon conséquente à la substitution des énergies fossiles.
On prendra un certain nombre de souche d’algues pour après les développer soit dans des bassins à terre soit dans des structures flottantes. Mais en aucun cas, on ne veut reproduire ce que l’on a déjà produit pendant près d’un siècle. La priorité est de rester dans la cohérence du développement durable, des énergies renouvelables venant de la mer et là, croyez-moi, il y a une réelle potentialité, soit sur le bio fioul algal soit sur les hydroliennes par exemple le long de la Bretagne, ou au niveau du Gulf Stream, donc beaucoup plus loin que la Bretagne. On peut espérer capter un certain nombre d’énergies avec de très grandes hydroliennes.

Comment travaillera l’équipage de SeaOrbiter ?

Imaginez un vaisseau, de 58 mètres de long vertical avec un certain nombre de ponts. Déjà c’est peu commun mais c’est pour des questions d’utilisation à la mer, de stabilité et surtout de programmes. On vivra sous l’eau en observation constante, 24h/24 grâce à des hublots qui permettront à l’équipage d’observer sur des longues durées 24h/24 ce qui se passe autour de Seaorbiter. Bien entendu avec des robots à disposition, l’équipage de 18 personnes pourra aller butiner un certain nombre d’informations pour les ramener dans cette ruche que représente en fait Seaorbiter. Ces 18 membres pourront surtout sortir de façon extra-véhiculaire comme la station orbitale de l’espace, à -12 mètres justement sur ce grand disque qui stabilise Seaorbiter.
[…] et donc sortir pour faire un certain nombre d’observations ou d’analyses quelque soit l’état de surface. S’il y a une houle avec des creux de 3-4 voire 5 mètres, nous pourrons directement aller à -12 mètres grâce à un hangar pressurisé, sortir avec un sous-marin bi- place. Les hommes pourront donc sortir à 600 mètres de profondeur mais ils pourront aussi sortir les robots sous-marins jusqu’à 1200 mètres et surtout on a un AUV, un drone qui descendra jusqu’à 6000 mètres de profondeur. Le grand avantage de Seaorbiter est de pouvoir, quel que soit l’état de la mer, continuer à travailler sous la mer, ce que n’offre pas un bateau océanographique ou un bateau de surface. C’est une belle aventure humaine du XXIe siècle, une grande aventure au cœur des océans, telle une sentinelle. On a prévu, à l’avenir 7 à 9 Seaorbiter pour rentrer en réseaux.
précise Jacques Rougerie.

SeaOrbiter au Forum des Océans à Rio+20

Jacques Rougerie a présenté le Projet SeaOrbiter au Forum des Océans. Très bien accueilli, il correspond en effet, à l’esprit de la blue society appelée à se concrétiser pour bon nombre d’acteurs du monde de l’océanographie dans un avenir proche.
Pour Jacques Rougerie, le but de Seaorbiter est de contribuer à la mise en place de la Blue Society de faire prendre conscience de ce que représente l’océan à l’ensemble des acteurs de la planète qui s’intéresse aux océans, jeunes et moins jeunes, à ceux qui veulent avoir une vocation quels que soient les métiers, la discipline. Pour donner cette information, il fallait bâtir le volet scientifique de SeaOrbiter sur un programme international. Nous avons proposé aux scientifiques mais surtout à l’organisation POGO (Partnership for Observation of the Global Oceans) de prendre en charge avec l’Ifremer, cette coordination pour le contenu scientifique de Seaorbiter.

Global Ocean Forum juin 2012- Jacques Rougerie (à droite)
Global Ocean Forum juin 2012- Jacques Rougerie (à droite)
© Photographe Joel Sheakoski

ARrio+20, les journalistes ont traduit à leur façon, un peu trop négative au goût de Jacques Rougerie, le bilan du sommet dont les avancées n’ont pas été aussi probantes que ce que l’on aurait pu espérer. Mais dans le domaine qu’il connaît bien, celui de l’océanographie, les avancées ont été réelles à ses yeux. D’abord au Forum global des océans sous l’égide des Nations-Unies, un certain nombre d’actions ont été définitivement entérinées comme la mise en œuvre de la Blue society pour créer une économie bleue à travers, un mouvement, une alliance des acteurs internationaux qui œuvrent par rapport aux grands enjeux maritimes de demain. Philippe Vallette a lancé ce concept depuis un certain temps, étant à la tête d’un regroupement de tous les aquariums et de tous les centres de la mer du monde. L’ensemble des acteurs concernés représente plus de 60 millions de personnes. Les statuts ont été déposés. L’ancrage est maintenant indestructible et va permettre aux différents acteurs d’œuvrer ensemble et d’apporter un certain nombre de solutions, à et par, cette Blue society naissante.

Global Ocean Forum- Jacques Rougerie (à droite)
Global Ocean Forum- Jacques Rougerie (à droite)
Global Ocean Forum juin 2012 © Photographe Joel Sheakoski

En savoir plus


- Forum Gobal des Océans

Jacques Rougerie, Canal Académie, 9 juillet 2012
Jacques Rougerie, Canal Académie, 9 juillet 2012
© Canal Académie

Jacques Rougerie sur Canal Académie

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- Biographie

Jacques Rougerie est architecte DPLG en 1972 ; il fonde en 1974 le Centre d’Architecture de la Mer et de l’Espace qui servira de creuset à ses projets et ses réalisations. En 1993, il fonde l’Association Espace-Mer. Grand plongeur, il fait partie de l’équipage qui détient le record du monde de vie sous la mer : 71 jours. Il est membre de l’Académie Française d’Architecture depuis 1999, membre de l’Explorer Club de New-York (2002), Président de Cités Marines -Prospectives 2100 (2006), membre permanent de L’École Agit (2008) et membre de l’Institut au sein de l’Académie des beaux-arts depuis 2008. Il a créé sa fondation en décembre 2009 qui distribue chaque année des prix et des distinctions destinés à de jeunes architectes. Dans les domaines de l’éducation et de la culture pour la découverte du milieu marin Jacques Rougerie a bâti le Pavillon de la Mer à Kobe, au Japon (1981), le Centre National de la Mer Nausicaa à Boulogne-sur-Mer (1990-2000), et Océanopolis à Brest (1991-2000). Dans le domaine spatial il a créé le satellite de la Symphonie de la Terre (1986) et la Voile Solaire de l’Espace (1989). Il travaille actuellement sur plusieurs grands projets dont le Centre de la Mer des Caraïbes, à la Martinique (réalisation 2014) et le Musée d’Archéologie sous la mer de la baie d’Alexandrie (Égypte 2015).

Distinctions

- Prix de l’Union Internationale des Architectes (1981), Officier de l’Ordre du Mérite Maritime (1997) et Officier des Arts et Lettres (2005).

Actualité récente de Jacques Rougerie

- Du 20 au 22 juin 2012 : présentation du projet SeaOrbiter en séance plénière lors de la Journée de l’Océan à la Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable Rio+20

- Le 10 juillet 2012 : conférence de Jacques Rougerie devant les élèves de l’École navale du Poulmic à l’École militaire (Paris VIIe, présentation de SeaOrbiter.

- Du 12 mai au 12 août 2012 : exposition internationale de Yeosu en Corée. La fondation y présente le SeaOrbiter, élément phare du Pavillon Français lors de l’exposition Pour des côtes et des océans vivants.

- Site internet de l’Agence d’architecture Jacques Rougerie
- Jacques Rougerie est membre de l’Académie des beaux-arts dans la section Architecture
- Site internet de la Fondation Jacques Rougerie, 3 prix décernés chaque année, règlement du concours annuel de la fondation, se reporter au site.

Le livre sur SeaOrbiter

- Jacques Rougerie (Auteur), Alexandrine Civard-Racinais (Auteur), Joël de Rosnay (Postface), Ariel Fuchs (Collaborateur), Jean-Loup Chrétien (Préface), De Vingt mille lieues sous les mers à SeaOrbiter , 256 pages, Édition Democratic Books, avril 2010, langue : Français.






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