Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Lilian Thuram : "Exhibitions, L’invention du sauvage"

Interview de Lilian Thuram sur l’histoire des zoos humains, une exposition au Musée du Quai Branly à Paris

Aujourd’hui nous avons conscience que nous faisons partie de la même humanité. Les visiteurs qui venaient voir les personnes exhibées dans les zoos humains au XIXe et XXe siècle, mettaient en doute leur humanité par conditionnement culturel. Sans culpabiliser ou « victimiser » les uns et les autres, Lilian Thuram porte à la connaissance du grand public cette histoire, à travers l’exposition dont il est le commissaire Exhibitions, L’invention du sauvage pour déconstruire les préjugés raciaux du présent et de l’avenir. Il est l’invité de Marianne Durand-Lacaze.


Bookmark and Share

Interroger le passé pour combattre le racisme et construire une autre vision du monde et de l'humanité, est le vœu le plus cher de Lilian Thuram car nous sommes justement la première génération, au sens large, à avoir une vision globale du monde et de l’humanité. N'ayant jamais manqué d'interroger les autres et de s'interroger lui-même, à commencer, enfant, par sa mère, puis tous ceux qu'il a croisés, optimiste, il ne ménage pas son énergie et sa notoriété pour faire bouger les esprits sur la question du racisme par l'éducation.




Les travaux de l'historien Pascal Blanchard, spécialiste du fait colonial, lui ont appris comment le racisme scientifique du XIXe siècle était devenu un racisme culturel, par le biais du développement des zoos humains où des millions de visiteurs venaient voir ces personnes amenées contre leur gré d'Afrique, d'Asie, d'Océanie ou d'Amérique.




Cette vision de l'Autre à travers le prisme de l'idée de l'inégalité des races a conquis à l'époque, l'ensemble des couches de la population à quelques exceptions près. Les zoos humains, les numéros de cirque, les représentations théâtrales, les revues de cabarets dans les foires ou lors des grandes expositions universelles ou coloniales, ont largement et profondément diffusées ces représentations racistes, préparant le terrain à l'idéologie nazie. Si chacun d'entre nous en est convaincu, peu savent l'ampleur du processus. L'intérêt de l'exposition du musée du Quai Branly à Paris réside dans la présentation d'une multitude d'objets, d'images, de films, de peintures et de sculptures qui révèle une véritable industrie du spectacle exotique. Le phénomène a fasciné un milliard de visiteurs de 1800 à 1958 et a concerné près de 35 000 figurants dans le monde. Lilian Thuram, commissaire général de l'exposition, avec à ses côtés Pascal Blanchard et Nanette Jacomijn Snoep, anthropologue et responsable des collections d'histoire du musée du Quai Branly, ont voulu montrer un processus qui commence au XVIe siècle dans les cours royales et qui va croître jusqu'au milieu du XXe siècle, en Europe, en Amérique et au Japon.


Ces spectacles ont légitimé les politiques de domination coloniale créant une frontière du regard très active jusqu'à la disparition des zoos humains dans les années trente du XXe siècle. Ces frontières mentales sont encore opérationnelles dans nos imaginaires puisque les préjugés(...)


© Canal Académie - Tous droits réservés

Notez cette émission :

Pour poursuivre la lecture de cet article et écouter cette émission,
devenez membre du Club pour 25€ par an seulement ! abonnez-vous ici Déjà abonné ? identifiez-vous

Commentaires