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Chu Teh-Chun et le secret des paysages chinois

L’académicien, à l’honneur au musée Cernuschi, est évoqué par Eric Levèbvre, invité de Krista Leuck
Eric Lefebvre, conservateur du patrimoine au Musée Cernuschi, nous introduit dans l’univers de Chu Teh-Chun, cet exceptionnel artiste de l’abstraction lyrique, membre de l’Académie des beaux-arts depuis 1997.


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Émission proposée par : Krista Leuck
Référence : carr845
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr845.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida8298-Chu-Teh-Chun-et-le-secret-des-paysages-chinois.html
Date de mise en ligne : 8 janvier 2012
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Le Musée des Arts de l’Asie de la Ville de Paris, le Musée Cernuschi, nous a offert une importante exposition intitulée Artistes chinois à Paris, de 1920 à 1958, dans laquelle Chu Teh-Chun est représenté. Eric Lefebvre, également commissaire de cette exposition retrace pour nous le parcours et l’œuvre de cet artiste devenu académicien. L’Académie des Beaux-Arts peut s’enorgueillir de compter parmi ses membres deux des plus influents peintres venant de cette Chine millénaire, Chu Teh-Chun et Zao Wou-ki, à qui nous avons déjà consacré une autre émission.

Eric Lefebvre nous éclaire sur ce qui distingue ces deux artistes au-delà d’une certaine parenté dans leur approche de l’art abstrait et d’un parcours assez semblable.

L’épée d’académicien de CHU Teh-Chun
L’épée d’académicien de CHU Teh-Chun
Sur la poignée sont inscrustés 4 jades précieux choisis en Chine par l’artiste.

Tous deux sont nés en 1920, ont fréquenté la très renommée Ecole des Beaux-Arts de Hang- Zhou, ont eu le même maître LIN FENGMIAN et sont tous deux venus en France dans les années 40-50 où chacun va poursuivre une voie bien particulière évoluant de la figuration à l’abstraction.
Les différences de parcours sont déjà notables au niveau de leur jeunesse en Chine. Chu Teh-Chun est né au nord du pays dans un milieu rural, alors que Zao Wou-Ki, né à Pékin, a passé une grande partie de sa jeunesse à Shanghai, un tout autre contexte culturel donc. Différences également quant à leur venue en France. La scène parisienne que découvre Zao Wou-Ki en 1948 n’est pas celle que découvrira Chu Teh-Chun en 1955. En dehors de l’Académie de la Grande Chaumière, quasiment obligatoire pour tout artiste à l’époque, leurs rencontres s’inscrivent dans des milieux différents. Leur évolution artistique vers l’abstraction ne sera donc pas la même. Chu Teh-Chun a choisi très rapidement cette direction, il s’y jette à corps perdu, alors que l’évolution de Zao-Wou-Ki vers l’abstraction a été très lent et très réfléchi.

Chu Teh-Chun<i>Pureté originelle</i>, 1997
Chu Teh-ChunPureté originelle, 1997

Chu Teh-Chun avait déjà une carrière bien marquée comme peintre et professeur dans différentes universités en Chine, dont l’Université de Nankin, également l’Université Normale Nationale où il enseignait la peinture occidentale. Durant la guerre sino-japonaise, à partir de 1937, beaucoup d’universités, fuyant les combats, s’étaient déplacées vers l’intérieur du pays, à l’ouest. En 1947, le mouvement s’inverse et l’Université de Nankin retourne dans sa ville. Chu Teh-Chun effectue la descente du Yang Zhejiang et les impressions du paysage chinois resteront pour lui une source d’inspiration durant toute sa vie.

Chu Teh-Chun, <i>Nue</i>
Chu Teh-Chun, Nue

En 1955 il décide de faire le grand voyage en Europe, rejoignant ainsi une petite colonie d’artistes compatriotes, émigrant en France après l’ouverture du pays et cherchant eux aussi de nouvelles inspirations. Pour Chu Teh-Chun, comme pour Zao Wou-Ki, ce dépaysement en Europe, fut une rupture fondamentale et un déclic essentiel dans le développement de leur peinture.
Chacun de ces deux artistes avait son « déclencheur » artistique, pour Zao Wou-Ki, c’était Paul Klee ; pour Chu Teh-Chun ce fut Nicolas de Staël, un choc, une révélation, qui décide de son orientation vers l’abstrait.

A Paris, il s’ouvre à une nouvelle vision, les décors parisiens vont devenir le canevas de ses premières toiles abstraites. Mais, derrière cette abstraction, la permanence demeure d’un paysage que l’on peut reconnaître comme un paysage chinois.
Dès 1956, Chu Teh-Chun rencontre ses premiers succès et, dès l964, son nom figure dans d’importantes expositions internationales, à Pittsburgh, Jérusalem, Athènes ou Sao Paulo.
Dans les années 1970, il reprend la calligraphie qu’il avait exercée en Chine. Il la pratique dorénavant en parallèle avec la peinture. Il utilise également la céramique comme support. Elle devient pour lui une forme d’ascèse volontaire pour livrer d’emblée l’essentiel de la peinture sans possibilité de retouches.

Le retour des artistes chinois en Chine

Chu Teh-Chun était foncièrement attaché à son pays natal, mais les circonstances politiques en Chine vont tenir la plupart des artistes éloignés de leur pays. Durant la Révolution culturelle encore, les échanges avec l’extérieur sont difficiles, il faudra attendre la Réforme, la réouverture de Deng Xiaoping à la fin des années 1970 pour lui permettre de retourner. Il accomplit alors de grands voyages qui vont l’amener sur des sites très célèbres qu’il n’avait jamais pu visiter, tels les Montages Jaunes par exemple, avec ses paysages spectaculaires par leurs reliefs fortement accidentés, ou encore des sites culturels, en particulier des sites bouddhiques du nord de la Chine, comme le grand sanctuaire de Datong.
Chu Teh-Chun est alors confronté à ses amis peintres restés dans le pays après une séparation de plus de vingt-cinq ans. Il se produit bien sûr un grand choc entre les traditions figuratives et réalistes toujours poursuivies en Chine et la voie nouvelle de l’abstraction.
Chu Teh-Chun a certainement apporté une ouverture aux artistes de sa génération qui se cherchaient dans la conviction qu’une autre peinture était possible, que l’on n’était pas tenu de s’attacher au sujet, ou aux réflexions politiques. La peinture abstraite était une revendication de liberté dans la recherche formelle. Chu Teh-Chun venait donc conforter certaines aspirations des peintres chinois de cette période.

Eric Lefebvre nous éclaire ensuite sur la singularité de l’œuvre de Chu Teh-Chun, son évolution artistique ainsi que sur sa technique particulière. Il aborde deux œuvres plus en détail :

Chu Teh-Chun, <I> Inspirations hivernales</i>, vers 1980
Chu Teh-Chun, Inspirations hivernales, vers 1980
Chu Teh-Chun<i>Vibrante orchestration</i>, 2004-2005
Chu Teh-ChunVibrante orchestration, 2004-2005

Une œuvre – un regard

Chu Teh-Chun, <i>La source</i>
Chu Teh-Chun, La source

Selon le principe de cette série, Eric Lefebvre porte ensuite son regard sur une toile particulière choisie dans l’œuvre immense du maître : La source, 1965. Elle correspond à une étape importante dans le cheminement artistique du peintre : une œuvre charnière, une première synthèse entre la peinture traditionnelle de ses origines et les dix années de ses débuts à Paris qui le mènent vers l’abstraction. On y reconnaît aisément, au fond, comme une vision de montagnes abruptes dans un paysage chinois, intégrés dans une composition de fulgurances et d’éclatements de lumière.







Pour en savoir plus

- Musée Cernuschi, Musée des Arts de l’Asie de la Ville de Paris, exposition ARTISTES CHINOIS A PARIS, 1920-1958. www.cernuschi.paris.fr

- Catalogue de l’exposition, Editions Paris-Musées, 264 pages – 170 illustrations, ISBN 978-2-7596-0175-2, prix de vente 39 Euros.

- Livre : Monographie, Chu Teh-Chun par Pierre-Jean Rémy

- Ecoutez l’émission "Zao Wou-Ki : un magicien, perfectionniste de la beauté". L’artiste chinois devenu français et membre de l’Académie des Beaux Arts était également exposé au Musée Cernuschi dans le cadre de l’exposition Artistes chinois à Paris .

- Et aussi L’oeuvre céramique de Chu Teh-Chun, de l’Académie des beaux-arts

- Consultez la fiche de Chu Teh-Chun sur le site de l’Académie des beaux-arts







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