Le nom des poissons, du petit poisson-clown au grand requin blanc

La linguiste Henriette Walter et son coauteur Pierre Avenas : du sérieux et de l’humour...
Dans Le nom des poissons, Henriette Walter et Pierre Avenas nous livrent avec facétie l’origine de 250 noms de poissons ; un ouvrage à la fois naturaliste et étymologique qui donne aussi au passage quelques recettes (ce qui n’aurait pas manqué de plaire à Boby Lapointe qui aime la maman des poissons... avec du citron !) et quelques énigmes à résoudre. Détails dans cette émission en compagnie des deux auteurs.


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Date de mise en ligne : 8 janvier 2012


C’est une des spécificités de livre d’Henriette Walter et Pierre Avenas consacré non sans humour au nom des poissons : s’intéresser à l’origine de ces noms et les comparer avec leurs homologues anglais, allemand, espagnol italien et autres langues européennes. Et en France comme ailleurs, les expressions utilisant les noms de poissons sont nombreuses :
« Fresco come uno alasca » disent les Italiens pour « frais comme un gardon » ou encore « sano come une pesce » pour « saint comme un poisson » cite Henriette Walter.
« Pour le requin, toutes les langues sont d’accord pour considérer que le terme de requin désigne de manière imagée l’homme rapace et cupide » ajoute Pierre Avenas.

Certains se sont plu à penser que l’étymologie du mot requin se rapprochait du mot « requiem ». Il serait souhaitable de faire votre prière si vous tombez nez à nez avec requin ! Mais la deuxième étymologie possible semble beaucoup plus raisonnable : « « quin » en normand et en picard signifie « chien ». Le « re » serait comme un superlatif formant ainsi le mot « re-quin » » nous explique Henriette Walter. Il est vrai qu’en italien, requin se dit « pescecane ». De nouveau, le chien est là.
On compare le requin au chien pour sa mâchoire et pour son flair. « Et aussi pour ses talents de chasseurs. D’ailleurs, il est assimilé comme tel en espagnol » ajoute Pierre Avenas.

Le requin-baleine est le plus grand poisson du monde. Contrairement à ses cousins, il se nourrit surtout de plancton en ouvrant une bouche démesurée.
Le requin-baleine est le plus grand poisson du monde. Contrairement à ses cousins, il se nourrit surtout de plancton en ouvrant une bouche démesurée.

Autre poisson à dent qui fait tout aussi frémir que le requin : le piranha. « Son nom signifie poisson à dents ». Tout simplement ! Sachez que tous ne sont pas carnivores, le tout est de les reconnaître…
Côté poisson d’eau douce, le brochet est lui aussi catalogué poisson denté. « Brochus » en latin signifie le croc. Il s’agit de la même raci,e pour la « broche » ou encore le verbe « brocarder ».

Le brochet doit son nom à ses dents.
Le brochet doit son nom à ses dents.
© Luc Viatour www.Lucnix.be

Au chapitre des poissons monstrueux, on compte la rascasse dont le nom évoque la rugosité, une pierre ou encore un scorpion puisque en anglais la rascasse se dit « scorpion fish ». « En provençal, la rascasse c’est le poisson teigneux. Et pourtant, sans rascasse, pas de bouillabaisse ! » lance Henriette Walter. Car là encore, le livre est l’occasion de livrer quelques recettes mais sans jamais faillir à la règle de donner l’étymologie des noms. « Bouillabaisse veut tout simplement dire qu’on fait bouillir, puis qu’on diminue rapidement le feu pour ne pas abîmer le poisson. Pour la pissaladière : pissa ici signifie le poisson. Généralement, ce sont des anchois » poursuit la linguiste.

Le silure, immense poisson-chat qui circule dans les fleuves fait aussi figure de monstre avec ses 1,5 mètre pour 250 kg ! « Les poissons-chats comptent 3000 espèces différentes » note Pierre Avenas. « Le nom de « silure » vient du grec mais demeure en partie inconnu. « Ros » est associé à la queue mais le radical « sil » est inconnu en grec » poursuit-il.

La distinction des poissons : une particularité française

Si la morue et le cabillaud désignent le même poisson, de même que la sardine et le pilchard ou encore la lotte et la lote, il y a une bonne raison. « La langue française adore les distinctions » annonce Henriette Walter.
La sardine (qui vient de la Sardaigne) se transforme en pilchard « lordqu’elle atteint une certaine taille et seulement dans l’Atlantique » précise Pierre Avenas.
Le cabillaud, poisson frais, se transforme en morue lorsque sa chaire est séchée et salée.
« Preuve de la spécificité française, les Canadiens eux, ne font pas la différence entre la morue et le cabillaud. Ils n’utilisent que le nom de morue pour désigner le poisson en question. Le cabillaud à vraisemblablement une origine germanique puisqu’en allemand, il se dit Kabeljau » poursuit Pierre Avenas. Quant à la baudroie qui n’est autre que la lotte, elle peut s’écrire avec un ou deux « t » : « Encore une distinction qui permet de déterminer s’il s’agit d’une lotte de mer ou d’une lote d’eau douce » s’amuse Henriette Walter.

Banc de sardines.
Banc de sardines.

Des noms imagés

Certains poissons ont hérité de noms imagés. Par exemple, le maquereau (mackerel en anglais) vient probablement du fait qu’il jouait les entremetteurs avec les harengs… !
La racine de « maquerelle » est donc bien antérieure à l’appellation du poisson.

La maquereau doit son nom pour ses qualités d'entremetteur avec le hareng !
La maquereau doit son nom pour ses qualités d’entremetteur avec le hareng !

Quant au gardon, il doit son nom au simple fait qu’il tourne toujours au même endroit, donnant l’impression de garder quelque chose. De même pour le grondin, qui, comme son nom l’indique, grogne, ce qui n’est pas commun chez des poissons habituellement muets comme... des carpes.

Pour connaître l’origine des quelque 250 noms de poissons retenus par Pierre Avenas et Henriette Walter, il ne vous reste plus qu’à taquiner le goujon en feuillant La fabuleuse histoire du nom des poissons !

Pierre Avenas et Henriette Walter
Pierre Avenas et Henriette Walter

Henriette Walter est Professeur honoraire de linguistique à l’université de Haute-Bretagne, membre du Conseil Supérieur de la langue française. Retrouvez sur Canal Académie les 20 émissions d’Henriette Walter sur les langues de France.

Pierre Avenas est polytechnicien, ingénieur au corps des Mines, et s’intéresse particulièrement aux sciences naturelles en plus de ses activités professionnelles dans le domaine de l’industrie chimique.

Henriette Walter et Pierre Avenas ont déjà publié ensemble :
- L’étonnante histoire des noms des mammifères, Robert Laffont, 2003
- La mystérieuse histoire du nom des oiseaux, Robert Laffont, 2007
- La fabuleuse histoire du nom des poissons, Robert Laffont, 2011






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