Nouveau visage pour le musée d’Orsay à Paris : "le meilleur de la peinture française"

Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, présente les principales nouveautés de ce grand musée du XIX e siècle et des Impressionnistes
Heureuse chronique que celle d’aujourd’hui, puisqu’elle fête, après deux ans de travaux, la nouvelle installation des Impressionnistes au cinquième étage du musée dans des espaces totalement rénovés, et l’ouverture du pavillon Amont. Il ne s’agit pas de l’installation d’une exposition éphémère, mais d’une véritable recréation d’une partie du musée. On peut même dire qu’il s’agit du meilleur de la peinture française après Delacroix et avant le XXème siècle. "Nous la voyons comme si nous ne l’avions jamais vue..." Partagez ici l’enthousiasme de notre chroniqueur.


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Date de mise en ligne : 18 mars 2012

Merveilleuse surprise, car, depuis qu’ils ont quitté le musée du Jeu de paume (aux Tuileries), ces tableaux n’avaient jamais trouvé, au dernier étage du Palais d’Orsay un cadre à leur mesure : les différents conservateurs, Jean Jenger, Françoise Cachin, Henri Loyrette, Serge Lemoine s’en sont toujours plaints. Guy Cogeval, lui, a trouvé les moyens.

Cette redécouverte, ce nouveau regard vient de la couleur des murs, et de la transformation de l’éclairage qu’a su mettre en place Jean-Michel Wilmotte : double tonalité sombre presque noire des cimaises mettant en valeur, dans tout le parcours de la galerie des Impressionnistes, le jeu des couleurs et précédée, dans le hall de la galerie des Impressionnistes, entourant la vue de Paris et du mécanisme de l’horloge, d’une autre variante foncée, teintée de violet ; double éclairage, du plafond avec le jour, lumière zénithale, laissant voir par transparence le ciel, et latéralement, dans une salle sur deux, de l’autre côté de la Seine, une vue transversale de la rive droite parisienne.

 Pavillon Amont niveau 2
Pavillon Amont niveau 2
© Musée d’Orsay - Sophie Boegly

Alors ?

Alors, les tableaux se transforment. Le noir de Manet, différent de celui des cimaises, apparaît comme une vraie couleur, dans toute son intensité, sa variété, entourant, dans les mèches de la chevelure, le regard de Berthe Morisot, ou le cachant derrière un éventail, faisant apparaître, par transparence, la pièce du fond du Balcon et précipitant en avant les trois personnages, retenus par la balustrade verte, étonnés de ce nouvel espace, qu’ils découvrent à notre vue et qui ne doit rien à la perspective.
Ces mêmes cimaises mettent aussi en valeur les tonalités claires, comme l’infini du paysage marin de L’Evasion de Rochefort ou, à l’opposé, la perspective du Déjeuner sur l’herbe (de Manet).

Claude Monet (1840-1926)<i>Le déjeuner sur l'herbe</i> 1865-1866
Claude Monet (1840-1926)Le déjeuner sur l’herbe 1865-1866
Huile sur toile H. 248 ; L. 217 cm Paris, musée d’Orsay© Musée d’Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Et ce même éclairage, ces mêmes teintes des cimaises, renforcent encore les palettes claires de tous les Impressionnistes : triomphe de Monet avec l’étalement des nappes blanches de son Déjeuner sur l’herbe, du rouge des Coquelicots qui jouent avec le modelé du paysage, se laissant aussi éclairer par les taches jaunes des chapeaux de la femme et l’enfant, sous la fixité de la lumière d’un ciel pommelé ; polyphonie des verrières des gares ; long cheminement le long de la Seine à Argenteuil, Vétheuil, Giverny jusqu’à l’univers des Nymphéas, qui se suffit à lui-même.
Lumière claire, qui reste toujours teintée d’une joie communicative d’Auguste Renoir, où elle prend quelque chose de physique, avec la robe blanche, le canotier, les lampadaires et les taches des visages du Bal du moulin de la Galette, les couples de La danse à la campagne et de La danse à la ville qui terminent admirablement une autre salle. La sculpture profite aussi de la rénovation de cette galerie : le réalisme cru de la Petite Danseuse de Degas y a trouvé son espace.

galerie impressionniste
galerie impressionniste
© Musée d’Orsay - Sophie Boegly
salle des Impressionnistes_Avant
salle des Impressionnistes_Avant
© Musée d’Orsay - Sophie Boegly

Bonheur de redécouvrir ces tableaux que nous avions cru bien connaître mais trois remarques viennent pondérer notre enthousiasme : les modalités de l’accrochage, l’excès des tableaux et la permanente présence de l’architecte d’intérieur Gae Aulenti, que l’actuelle présentation n’a pu faire oublier.

L’accrochage semble obéir à un ORDRE CHRONOLOGIQUE mais, parfois aux dépens de la valeur esthétique.
Les choses commencent mal à l’entrée de cette galerie, avec une grande toile de Friant, dont ni l’inspiration (La Toussaint) ni les couleurs (un noir qui n’est pas celui de Manet ni celui choisi par l’architecte des lieux, Jean-Michel Wilmotte) ne répondent à ce qui va être montré. Je veux bien que la toile ait été peinte à la même époque (1888), mais le respect de la chronologie devient, ici, presque de la provocation et pour Wilmotte et pour Manet.

Pourquoi aussi ne pas regrouper les toiles de chaque artiste ?

Pourquoi Olympia et Le Fifre au rez-de-chaussée et Le Déjeuner sur l’herbe au cinquième étage ? Pourquoi disperser, dans cette galerie, Manet en plusieurs salles, sans reprendre la continuité que le Grand Palais lui avait accordée ?
La qualité des œuvres est telle que les moins abouties y résistent mal. Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte, par la perspective qu’ils développent, ont peut-être leur place dans la Galerie des Impressionnistes, mais les trois paysages de Caillebotte supportent mal leur voisinage. Caillebotte, lui-même, avec toute sa généreuse modestie, en aurait convenu.

réaménagement galerie impressionnistes
réaménagement galerie impressionnistes
© Musée d’Orsay - Sophie Boegly

Pourquoi encore ce poids des « ACADEMIQUES », dans l’introduction de l’entrée ? On ne peut assimiler Ingres et Cabanel, même si La Naissance de Vénus a été peinte la même année qu’Olympia. Sont encore trop montrés les Cabanel, les Chassériau, les Gérôme et les Bouguereau.

Enfin, les œuvres de l’architecte d’intérieur, Gae Aulenti restent trop présentes dans la grande Galerie et ses constructions semblent toujours dissimuler, enfermer, enserrer la naissance des piliers. Pourquoi ne pas lui substituer un matériau plus léger, comme l’avait proposé le projet initial d’Yves Boiret ?

Mais ne jouons pas trop les enfants gâtés. L’accrochage perdra un jour son ordre chronologique pour mieux individualiser chacun de ces immenses peintres ; les mauvaises toiles finiront par être oubliées et peut-être que le grand hall sera rendu à lui-même pour mieux faire apparaître (Même si Victor Laloux, l’architecte de l’ancienne gare d’Orsay, préférait la pierre) l’espace de fer et de verre qu’il contient.
Et sans attendre, il faut voir, voir et revoir ce magnifique nouveau musée d’Orsay !

Jacques-Louis Binet.


Musée d’Orsay

 Pavillon Amont niveau 2 vue de la passerelle
Pavillon Amont niveau 2 vue de la passerelle
© Musée d’Orsay - Sophie Boegly

1, rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris

En savoir plus :

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- La fiche de Jacques-Louis Binet sur le site de l’Académie des beaux-arts

- Visitez le site du musée d’Orsay et les horaires d’ouverture des expositions.






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