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Vladimir Velickovic, les versants du silence

L’artiste présente sa propre exposition : Un parcours thématique exceptionnel, au Musée des Abattoirs à Toulouse
Vladimir Velickovic présente dans cette émission sa propre exposition Vladimir Velickovic, les versants du silence au musée des Abattoirs de Toulouse. Conçue pour dépasser la simple rétrospective, elle invite à la découverte de la cohérence de l’œuvre à travers un parcours thématique exceptionnel. Une alliance réussie entre les œuvres et le lieu qui témoigne d’un juste dialogue entre l’artiste et les commissaires. Peintre et dessinateur, Vladimir Velikovic, de l’Académie des beaux-arts, est l’invité de Marianne Durand-Lacaze.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : CARR847
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr847.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida8178-Vladimir-Velickovic-Les-versants-du-silence.html
Date de mise en ligne : 15 janvier 2012
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Neuf thèmes parmi lesquels "Human in motion", "Gisants", "Bête philosophique", "Origine", "Lieu", "Crucifixions", permettent aux visiteurs de découvrir d’un œil neuf, l’œuvre peinte et dessinée de Vladimir Velickovic depuis ses débuts, dans les années soixante. Ainsi exposée, elle révèle une évolution dans la continuité. Certaines pièces présentées à Toulouse n’ont jamais été montrées en France. Le peintre lui-même raconte combien cette expérience muséale, lui permet de voir les liens entre ses différentes œuvres, conçues indépendamment les unes des autres, au fur et à mesure de son travail sans le percevoir vraiment au moment de la création des toiles, dessins et sculptures.

Vladimir Velickovic est né à Belgrade en Yougoslavie en 1935. Il a été témoin des atrocités de la Seconde Guerre mondiale dès l’enfance, une expérience déterminante dont il est un des rares en peinture à s’être emparé sans parvenir à s’en défaire, rattrapé par les atrocités, sans cesse renouvelées dans l’actualité du monde, sans parler de la guerre civile qui a fait éclater sa Yougoslavie natale dans les années 1990.

La peinture de Velickovic appartient au registre du tragique, nourrie par une tradition picturale qui remonte au Moyen Âge et qui aborde la souffrance, la mort, la guerre, le mal.

Vladimir Velickovic, "Grande Poursuite", 1986, Huile sur toile, 4 X (225 X 165 cm), Collection particulière, quadriptyque, exposition Vladimir Velickovic, les versants du silence", Musée des Abattoirs ; novembre 2011
Vladimir Velickovic, "Grande Poursuite", 1986, Huile sur toile, 4 X (225 X 165 cm), Collection particulière, quadriptyque, exposition Vladimir Velickovic, les versants du silence", Musée des Abattoirs ; novembre 2011
© MDL/Canal Académie

Il présente sa première exposition personnelle en 1963 et reçoit 2 ans plus tard, le prix de la Biennale de Paris, à l’époque, considéré comme un des grands prix de peinture. Il décide alors de s’installer à Paris où il vit et travaille aujourd’hui encore.

Vladimir Velickovic, 14 décembre 2011, Studio Canal Académie
Vladimir Velickovic, 14 décembre 2011, Studio Canal Académie
© MDL/Canal Académie

Il a enseigné 18 ans à l’École des beaux-arts. Il est membre de l’Académie Serbe des sciences et des arts. Il est également membre de l’Académie des Beaux-arts à Paris, au sein de l’Institut de France, où il a été élu en 2005, dans la section peinture.

Les Abattoirs à Toulouse lui consacrent une grande exposition : « Vladimir Velickovic, Les versants du silence », présentée du 17 novembre 2011 au 29 janvier 2012 qui a été et est encore, un indéniable succès.

Toiles de Vladimir Velickovic, exposition "Vladimir Velickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abattoirs, 2011
Toiles de Vladimir Velickovic, exposition "Vladimir Velickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abattoirs, 2011
© MDL/Canal Académie

Les œuvres de Vladimir Velickovic sont présentes dans de nombreux musées et ont intégré des collections publiques et privées un peu partout dans le monde. Les voir réunies en grand nombre : toiles et œuvres sur papier, par thème, par salle, par espaces dans cette cathédrale de briques, autrefois destinée à l’abattage, est un moment d’émotion pour ceux qui connaissent sa peinture et ceux qui découvriront l’œuvre. L’exposition montre pour la première fois certains dessins et certaines toiles des années soixante, permettant de prendre la pleine mesure et la cohérence de l’œuvre au fil des années. De grands formats papier à l’encre des années soixante montrent combien Velickovic était déjà un admirable dessinateur.

Toiles et sculpture de Vladimir Velickovic, exposition "Vladimir Velickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abattoirs, 2011
Toiles et sculpture de Vladimir Velickovic, exposition "Vladimir Velickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abattoirs, 2011
© MDL/Canal Académie

Point d’orgue, gouvernail ou phare : une grande sculpture de Velickovic est exposée au rez-de chaussée, pointant ses crochets dans toutes les directions.
Le musée des Abattoirs a dépassé depuis longtemps l’échelle régionale par ses programmations et réussit là, à faire venir le public sur des "œuvres contemporaines figuratives", bien que le terme soit trop étroit pour qualifier justement la peinture de Velickovic.

Vladimir Velickovic, exposition "Vladimir Velickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abattoirs, 2011
Vladimir Velickovic, exposition "Vladimir Velickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abattoirs, 2011
© MDL/Canal Académie

Le musée des Abattoirs est devenu une plate-forme de la création artistique contemporaine, incontournable par le succès de ses expositions temporaires et de ses collections (3500 œuvres). La présence d’une œuvre de Picasso tendue sur l’un de ses murs immenses, en permanence exposée, à savoir le rideau de scène peint par Picasso en 1936, pour une pièce de théâtre de Romain Rolland, Le 14 juillet, assure au musée une réputation déconnectée de la programmation des expositions. Il s’agit de La dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin : une œuvre gigantesque par ses dimensions et en parfaite harmonie avec l’œuvre de Velickovic par le thème abordé.

Vladimir Vélickovic, exposition "Vladimir Velickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abbatoirs, 2011
Vladimir Vélickovic, exposition "Vladimir Velickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abbatoirs, 2011
© MDL/Canal Académie

Dans cette émission, Vladimir Velickovic décrit ce dialogue inattendu (car ses œuvres n’ont pas été conçues pour ce lieu) entre ses œuvres et ce rideau. Il évoque la proximité chromatique et thématique de l’allégorie de la guerre civile, un thème commun aux deux artistes. Il rend hommage à la composition de Picasso, à la virtuosité de la transposition du maître. Pour la décrire, le regard et les mots du peintre sonnent juste la décrivant comme une sorte d’aquarelle géante. Au départ Amélie Adamo, historienne d’art et Alain Mousseigne, conservateur en chef et fondateur du musée, actuel directeur dont le départ vient d’être annoncé (commissaires de l’exposition) n’avaient pas prévu d’utiliser les salles du bas du musée où l’une d’entre elles, abrite l’immense rideau de scène de Picasso. Finalement, ils ont fait le choix de mettre en regard certaines toiles de Velickovic, en particulier autour de la thématique du néant et ses grands corbeaux agressifs, mêlant dessins et toiles grands formats.

Pablo Picasso, <i>La dépouille du Minotaure en costume d'Arlequin</i>, rideau de scène pour <i>Le 14 juillet</i> de Romain Rolland (1936)
Pablo Picasso, La dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin, rideau de scène pour Le 14 juillet de Romain Rolland (1936)
© Auriol - Gineste, Toulouse

La peinture de Velickovic, dont Toulouse offre là une magnifique vue d’ensemble, s’insurge contre l’anéantissement de l’Être. Le peintre aime à préciser dans les entretiens qu’il accorde, qu’il s’intéresse à ce que l’homme est capable et coupable, de faire à l’homme dans ce qu’il y a de pire… Sa peinture est viscéralement positive malgré la dureté des thématiques qu’elle aborde : la cruauté crue, le corps torturé, les dépouilles mortelles souillées, en décomposition, les paysages presque sans repère qui expriment le vertige du mal possible. Ces thèmes activent chez le spectateur des visions de champs de bataille non identifiés d’une part, et d’autre part, sur un autre versant, pour reprendre le titre de l’exposition, le corps humain en mouvement, en course, l’animal, chien, rat ou corbeau, double de notre animale humanité. Le catalogue publié par les Abattoirs - Editions Lienart rend absolument l’esprit et le contenu de l’exposition.

Retable d’Isenheim de Matthias Grünewald
Retable d’Isenheim de Matthias Grünewald

Dans cette interview Vladimir Velickovic, explique qu’il n’a jamais dessiné ou peint d’après modèle vivant. Il revient sur ses thématiques picturales, telles que "Les origines" et les "crucifixions" et décrit quelques-unes de ses œuvres majeures comme le quadriptyque "La grande Poursuite" (2011) et sa toile "Sans nom" (2002) qui fait 7 mètres de long. Cette dernière est composée de 56 têtes, sans nom qui sont des portraits non identifiables, liés à la guerre qui a fait éclater la Yougoslavie, « un moment très douloureux. »

Vladimir Velickovic,<i> Grünewald 2009</i>, Huile sur toile 325 x 225 cm, exposition "Vladimir Vélickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abbatoirs, 2011
Vladimir Velickovic, Grünewald 2009, Huile sur toile 325 x 225 cm, exposition "Vladimir Vélickovic, les versants du silence", Toulouse, Les Abbatoirs, 2011

Pour en savoir plus

- Vladimir Velickovic sur le site de l’Académie des beaux-arts _





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