Demain tous sourds ?

avec le professeur Claude-Henri Chouard, membre de l’Académie nationale de médecine
On associe le plus souvent la perte auditive à l’âge. Mais la surdité touche une population de plus en plus jeune, il n’est pas rare de voir désormais des personnes appareillées dès 40 ans. Le phénomène risque de s’accentuer et de toucher un nombre croissant d’individus jusqu’alors épargnés par cette pathologie. Quels sont les facteurs de cette surdité précoce, Et comment prévenir les risques ? Réponses en compagnie du professeur Claude-Henri Chouard.


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Date de mise en ligne : 18 décembre 2011

Si vous montez régulièrement le volume de votre télévision ou de votre poste de radio, que vous faites répéter aux personnes qui vous parlent ou que vous prenez souvent un mot pour un autre, créant sans le savoir des calambours… vous avez sans doute une petite surdité à faire examiner par un professionnel.

La surdité se traduit par une diminution de la perception de l’intensité des fréquences sonores.
Mais pas évident de « s’entendre devenir sourd » lorsque la perception diminue petit à petit !
Ce sont donc ces signes qui doivent vous alerter pour consulter. La surdité liée à la vieillesse est bien connue. On estime que l’oreille, organe « fragile comme une aile de papillon formé dès les premières semaines chez l’embryon », commence à vieillir à partir de 40 ans nous explique Claude-Henri Chouard.

Outre certaines maladies qui peuvent être à l’origine de surdités, il y a la rubéole chez la future mère, ou les otites à répétition chez les jeunes enfants ; des surdités qui peuvent désormais être traitées.
Mais pour le professeur Claude-Henri Chouard, son inquiétude porte sur les traumatismes sonores créant des hypoacousies, de petites surdités qui ne sont pas gênantes au début mais qui vont s’amplifier avec l’âge.
Le premier de ces traumatismes, c’est la boîte de nuit et les salles de concert. Si vous ressortez avec un acouphène [ndlr : bourdonnement dans les oreilles], c’est un signe que votre oreille est arrivé à saturation. Lorsque ce traumatisme est répété, vous finissez par perdre de la capacité auditive. « Si les acouphènes durent plusieurs jours, il faut cependant absolument consulter » précise Claude-Henri Chouard. Et d’insister sur les professionnels de la musique. « Depuis plusieurs années, je rencontre des musiciens qui viennent me voir pour des problèmes de surdité. Tout est devenu plus intense. Il faut dire qu’aujourd’hui l’art ne doit pas forcément être agréable, il doit d’abord étonner y compris dans le domaine de la musique. Tout est plus fort. Mais le traumatisme sonore du musicien professionnel est une réalité, une réalité qu’ils cachent de peut d’être déclassé. Pourtant, on peur considérer que certains musiciens sont près de sources sonores semblables au volume sonore des percussions de marteau-piqueurs dans le BTP, qui eux portent des casques ».
C’est d’ailleurs la loi : les professionnels soumis à des bruits intenses doivent obligatoirement être protégés. Des mesures jugées insuffisantes par notre ORL qui préconise l’information plutôt que la répression : « J’ai rencontré des gens dans le BTP sans casque sur les oreilles. Lorsque je leur ai demandé pourquoi ils ne se protégeaient pas, ils m’ont répondu que c’était pour pouvoir parler entre eux… »

La loi intervient aussi pour brider le volume sonore des baladeurs mp3. Mais là encore, elle a ses limites. « Votre baladeur est bien bridé si vous l’achetez en France, mais pas si vous l’achetez à l’étranger » et notamment sur Internet. « Ensuite, si votre baladeur mp3 est bridé, rien de vous empêche au préalable d’enregistrer vos musiques préférées plus fort pour être dans votre bulle hyper sonore dans les transports. Des volumes sonores élevés répétés régulièrement abîment les oreilles et finissent par créer une cicatrice indélébile. Cela ne sera pas gênant jusqu’à 25-30 ans, mais commencera à être plus problématique dès l’âge de 40 ans ».
Quant aux oreillettes, ces écouteurs que vous insérez dans les oreilles, ils peuvent être dangereux si le volume sonore vus arrive trop fort d’un coup.

Un nouveau symptôme : l’hyperacousie douloureuse

Les patients de plus en plus nombreux, viennent donc de plus en plus jeunes consulter les ORL pour des troubles sonores, mais le plus inquiétant est l’arrivée d’un nouveau symptôme depuis une dizaine d’années, beaucoup plus difficile à traiter : l’hyperacousie douloureuse. Dans ce cas précis, le patient ne supporte plus aucun bruit, y compris le bruit d’une cuillère contre une tasse. « Ces personnes sont obligées de se cacher, de se protéger tous les jours avec des bouchons d’oreilles qui ne sont efficaces que s’ils sont visibles, ils sont coupés de la vie sociale. On en voit malheureusement de plus en plus. Ce nouveau mal passionnent chercheurs et praticiens, mais il est redoutable pour ceux qui en sont atteints car on ne sait pas comment palier ce mal une fois installé ».

Alors serons-nous tous sourds dans les générations à venir ? le professeur Chouard se veut optimiste : « L’homme est animal intelligent qui sait tirer les conclusions de ses erreurs. Il y aura peut-être une génération de sourds précoces, mais grâce à l’enseignement et à la prévention, nous éviterons de perpétuer ce mal ».

Claude-Henri Chouard est médecin oto-rhino-laryngologiste, spécialiste de l’audition, à l’origine des implants cochléaires, Membre de l’Académie nationale de médecine.

En savoir plus :

Page personnelle du professeur Claude-Henri Chouard

Claude-Henri Chouard, L’oreille musicienne, éditions Gallimard, collection, Folio, 2010.






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