Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

On n’enjoint personne et personne n’est enjoint

Faut-il le dire ? la chronique de Pierre Bénard

Le verbe « enjoindre » est à la mode et fait une rude concurrence à « ordonner », « commander », « prescrire » ... Dommage qu’on l’emploie de travers. Sans rien enjoindre à quiconque, Pierre Bénard plaide pour que l’on use d’ « enjoindre » d’une manière correcte.


Bookmark and Share

Ecrite ou parlée, la presse raffole d’ « enjoindre ». Ce vieil « enjoindre » est devenu chic, ou, comme on dit plutôt aujourd’hui, chicos. Enjoindre, c’est commander d’une manière claire et forte, expresse et sans réplique. Au verbe enjoindre correspond le nom injonction. On ne discute pas une injonction. On s’empresse d’accomplir ce que l’on vous a enjoint de faire.



« Ce que l’on vous a enjoint de faire » ... La langue française est ainsi faite que l’on peut prendre le « vous », ici, pour un complément d’objet direct. Le résultat est que l’on dira, que l’on croira pouvoir dire et écrire : « J’ai enjoint Pierre de répondre ». Du coup, on dira, on croira pouvoir dire et écrire : « Pierre a été enjoint de répondre ».



C’est un solécisme. Le terme qui désigne la personne à qui s’adresse l’injonction est un complément d’objet indirect. Dans « ce que l’on vous a enjoint de faire », vous répond à la question « à qui ? », non à la question « qui ? ». Aussi doit-on dire et écrire « J’ai enjoint à Pierre de répondre », ainsi doit-on dire et écrire, si l’on veut adopter une autre construction, dans laquelle Pierre soit sujet, « Pierre a reçu l’injonction de répondre ».



Tout le reste est contraire à l’usage de mille ans de français, où « enjoindre » est toujours entré dans une construction analogue à celle qui vaut pour « imposer », « ordonner », « commander », « prescrire » ...



Une ou deux cuillerées de Littré, voulez-vous ? Pour le plaisir autant que pour l’illustration de ce que j’avance... L’admirable lexicologue cite une phrase d’Henri de Mondeville, médecin du XIVe siècle, dans son traité de chirurgie : « La XIe règle est que nous devons enjoindre silence et repos au patient, tant comme le sang court», aussi longtemps, autrement dit, que le sang coule, aussi longtemps que dure l’hémorragie. Enjoindre quelque chose à quelqu’un ! Autre exemple, puisé par Littré dans la traduction faite au XVIe siècle par Jacques Amyot de la Vie de Romulus de Plutarque : « Tarchetius bailla les deux jumeaux à un nommé Teratius, lui enjoignant de les faire mourir. » « Lui enjoignant » et non « l’enjoignant » : il est bien clair ici encore que le complément d’ « enjoindre » est indirect et non direct. Tarchetius enjoint à(...)


© Canal Académie - Tous droits réservés

Notez cette émission :

Pour poursuivre la lecture de cet article et écouter cette émission,
devenez membre du Club pour 25€ par an seulement ! abonnez-vous ici Déjà abonné ? identifiez-vous

Commentaires