Victor Hugo et Alphonse de Lamartine sont-ils des écrivains politiques ?

Michael Paraire les confronte dans son livre : Victor Hugo, Lamartine, Discours et Lettres, collection Les grands combats de la liberté
Hugo et Lamartine, les deux grands noms du romantisme français, étaient, aussi, des orateurs magnifiques, engagés et courageux. En une sorte d’histoire littéraire et politique comparée, Michael Paraire a choisi et rassemblé quelques discours et quelques lettres des deux auteurs qui témoignent de leurs engagements, de leur humanisme et de l’estime profonde qu’ils se portaient l’un à l’autre. Quel idéal politique, quels combats, quels exils rapprochaient, par-delà l’écriture et la littérature, ces hommes de conviction ?


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : PAG945
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Date de mise en ligne : 25 décembre 2011

Michael Paraire, directeur des Éditions de l’Épervier, explique sa position éditoriale : « De la confrontation des textes et des hommes, on tire souvent des leçons d’opposition ; nous, nous souhaitons, au contraire, en tirer des leçons de complémentarité. Nous aimons montrer comment les grands auteurs se rejoignent, sur le plan littéraire, mais surtout sur le plan politique. Pourquoi est-ce particulièrement intéressant en ce qui concerne Hugo et Lamartine ?La réponse est double. D’une part, en s’opposant à une certaine vision classique dans la littérature française, il s’agissait de montrer les nombreuses concordances entre leur sensibilité et leur parcours politiques -ne parlons pas de leur sensibilité littéraire commune, elle est évidente chez ces deux poètes romantiques ! D’autre part, nous souhaitions rendre justice à Lamartine, dont le rôle politique est trop méconnu. La valorisation, très importante aujourd’hui, de Victor Hugo par rapport à Lamartine ne peut se comprendre quand on étudie, avec soin, les engagements politiques des deux hommes. Non seulement les similitudes sont fréquentes mais, parfois, Lamartine fut plus progressiste encore qu’Hugo ! Leurs textes respectifs sur « L’Abolition de la peine du mort », que nous présentons dans le livre, sont très éclairants, à ce sujet. Sachant que Lamartine l’écrit en 1836, et Victor Hugo en 1848 !  On constate, sans cesse, que ces poètes politiques, tous deux inscrits dans la tradition du romantisme progressiste, se différencient du romantisme plus conservateur qui viendra après. Eux ont une réelle volonté de changer les choses. »

Lamartine, le promoteur de la Révolution de 1848

Alphonse de Lamartine (1790- 1869), reçu à l’Académie française en

Alphonse de Lamartine (1790- 1869) vers 1856
Alphonse de Lamartine (1790- 1869) vers 1856

1830, fut très engagé politiquement. Son évolution, sa métamorphose politique, est révélatrice de ses valeurs humanistes. Cet immense poète, aristocrate bourguignon, qui fut garde-du-corps de Louis XVIII, finit ses jours en hobereaux républicain socialiste. Hugo, aussi, ira du monarchisme au radical socialisme. On a tendance à oublier, en effet, que le romantique Lamartine, l’auteur du célèbre poème Le lac, fut député de 1833 à 1851, chef de l’opposition au gouvernement à partir de 1843. Donc, opposant à la Monarchie de Juillet. Il inaugura le premier des banquets qui conduiront à l’effondrement de régime de Louis-Philippe et à La Révolution de février 1848. Alors que Victor Hugo n’était encore qu’un « suiveur »à cette époque-là -mais il faut reconnaître qu’il avait douze ans de moins !

N’oublions pas que c’est à Lamartine que nous devons notre drapeau national ! Il fut l’âme, le chef d’orchestre du gouvernement provisoire lors de l’avènement de la Deuxième République (1848-1852). Mais il fut écrasé aux élections à la présidence de la République par son rival Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III. Après le coup le d’État du 2 décembre 1851, Lamartine quitta la politique et se retira sur ses terres bourguignonnes. Ruiné, criblé de dettes, il se réfugia dans la production littéraire pour survivre. Son « exil intérieur » commençait. Il rédigea des souvenirs d’enfance, des romans sociaux, des études historiques, « entre deux huissiers qui attendent le salaire du jour » (lettre à Hugo du 4 mai 1860). Ce personnage, dont le rôle politique avait été déterminant, connut une vieillesse d’une infinie tristesse.

La dimension politique de Victor Hugo

Victor Hugo (1802-1885), fut reçu à l’Académie française en 1841. Si l’on ne peut nier sa dimension sociale dans ses œuvres comme Les Misérables ou Les travailleurs de la mer, il reste qu’elles n’apparaissent pas comme directement politiques. Seuls Les Châtiments, féroce satire de Napoléon III, nous rappellent l’engagement républicain de Victor Hugo. Hugo, bonapartiste, soutint l’élection de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, mais il lui fera payer très cher après ! Le 17 juillet 1851, Hugo sentant venir le coup d’État de décembre 1851, prononça, devant l’Assemblée législative ce fameux discours : « [...] Quoi ! Après Auguste, Augustule ! Quoi ! Parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit ! » 

Victor Hugo (1802-1885) vers 1875
Victor Hugo (1802-1885) vers 1875

Par une sorte de vision admirative romantique pour le personnage de Napoléon Ier, Hugo resta assez longtemps attaché au premier des Bonaparte, même quand il aura rompu avec la philosophie du « leadership », de l’homme unique, au profit d’un radicalisme socialisant et d’une volonté démocratique de partage du pouvoir et des richesses. Quand cet « exilé de l’extérieur » revint de Guernesey en 1871, il abandonna complétement son bonapartisme. Lamartine, lui, avait pris très tôt ses distances avec la figure du premier Napoléon. Son discours du 26 mai 1840 à la Chambre des députés au sujet du transfert des cendres de Napoléon en témoigne. De 1872 à 1885, Hugo, sénateur, fut un homme politique respecté. Il intervint à la Chambre sur les grandes cause sociales : le travail forcé des enfants, la scolarité universelle, la réduction du nombre d’heures de travail par semaine. Il défendit aussi des emprisonnés et demanda au Sénat l’amnistie des Communards.

Des amis très proches

Tels deux athlètes d’une course de fond, Lamartine, parti en tête, s’arrêta le premier et Hugo, parti de bien plus loin en arrière, continua plus longtemps. Mais finalement ils se rejoignirent dans une forme de progressisme politique. Et leurs lettres d’exil sont emplies d’une amitié sincère : « […] Nos âmes sont diverses, mais nos cœurs se touchent ; […]  » ( Victor Hugo à Lamartine. Dimanche 27 avril 1856, Hauteville-House).

Les textes choisis du recueil de Michael Paraire sont :

- Victor Hugo : L’Abolition de la peine de mort ; La Liberté du théâtre ; La Misère ; La Déportation ; La Révision de la Constitution ; l’Amnistie au Sénat.

- Lamartine : L’Abolition de la peine de mort ; L’Abolition de l’esclavage (discours du 10 février 1840) ; L’Abolition de l’esclavage (discours du 10 mars 1842) ; Le Transfert des cendres de Napoléon ; Le Drapeau.

Michael Paraire, directeur des Éditions de l'Épervier
Michael Paraire, directeur des Éditions de l’Épervier

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- Découvrez la biographie pédagogique et vivante de Lamartine par Dominique Dupart :






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