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Claude Abeille : Art sacré, figure du Christ en gloire

Le sculpteur, de l’Académie des beaux-arts, et son oeuvre à Notre-Dame du Rosaire aux Lilas (93)
Notre-Dame du Rosaire des Lilas est la première église du XXI e siècle construite en Seine-Saint-Denis par un jeune cabinet d’architectes, l’Agence Enia, associée à l’architecte italien Mauro Galantino, bâtisseur de nombreuses églises dans son pays. Elle accueille dans son chœur une œuvre du sculpteur Claude Abeille, membre de l’Académie des beaux-arts : un Christ en gloire de près de 5 m de haut.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : CARR842
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr842.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida7995-Claude-Abeille-Art-sacre-figure-du-Christ.html
Date de mise en ligne : 18 décembre 2011

D’autres artistes ont participé à la réalisation de l’ensemble. Les vitraux de Didier et Alice Sancey animent les parois de pierre blanche de douces et profondes couleurs. Dominique Kaeppelin a réalisé une Vierge en sculpture, Laurence Bernot a crée un chemin de croix au sol moderne et très original. Le mobilier liturgique est signé par Enia architectes et Claude Cheret.
La discrétion de Claude Abeille répond peut-être à l’intime conviction chère à Maurice Denis (1870-1943) : éviter l’idolâtrie, c’est-à-dire évitons le culte de nous-mêmes, le culte de l’artiste. Dans cette église moderne selon un plan presque carré, les fidèles entrent sur le côté par une entrée et un transept qui les conduit au fond de l’église à entrer dans ce qui est une nef ouverte, surplombée d’un balcon. Dans la simplicité apparente du lieu, les murs reçoivent la lumière extérieure par d’astucieuses ouvertures cachées au regard. Le chœur est un simple mur blanc de 10 mètres sur 10, éclairé latéralement et par le haut.

Intérieur de l'église du Rosaire des Lilas, Claude Abeille, Christ en Gloire, sculpture 2011
Intérieur de l’église du Rosaire des Lilas, Claude Abeille, Christ en Gloire, sculpture 2011
© Claude Abeille

L’art dit l’indicible. Il représente ce qui ne peut être vu. Le lien entre art et sacré appert dans toutes les civilisations comme un moyen de communication qui dépasse l’humain et sa finitude. Il porte en lui un caractère universel qui peut entraîner les hommes dans un autre rapport à leur temps. André Malraux affirmait que l’art était un dépassement du religieux. Claude Abeille est croyant et sculpteur. Robert Couturier, mort en 2008, disciple de Maillol lui avait affirmé, alors qu’il cherchait sa voix en peinture : tu es sculpteur !

Claude Abeille dans son atelier, novembre 2011
Claude Abeille dans son atelier, novembre 2011
© MDL/Canal Académie

Lauréat en 19363, du prestigieux prix Bourdelle, Claude Abeille part du plâtre pour modeler des formes qui ont à voir avec des bornes, des plis et depuis un certain temps avec des vêtements au point qu’on peut risquer le mot de "vestiaire" qu’il revendique, comme on parle de "bestiaire" pour certaines œuvres. Depuis 1976, les enveloppes vides : outres, sacs, vêtements, manteaux surtout, de Claude Abeille disent combien l’être de chacun est incertain. Cagoule, Manteau du berger, Veste renversée, Blouson d’hiver, Manteau d’insomnie... témoignent de son patient travail sur les plis, sur l’enveloppe, une manière de revisiter l’exercice de représentation des drapés d’autrefois sans y penser car c’est l’absence (celle des corps) qui saute au yeux. Pour certains spectateurs, les sculptures de Claude Abeille sont des objets philosophiques. Claude Abeille cherche à exprimer l’homme, à travers la première couche qui le protège et qu’on voit : le vêtement, qui trahit et révèle. En marbre, mais la plupart du temps en bronze, les œuvres de Claude Abeille peuvent être soit sans tête, soit avec tête. Capable de portraits figuratifs pour les siens, ses proches et ses amis (petits enfants, le compositeur Jean-Louis Florentz décédé en 2004), l’art de Claude Abeille ne sombre pas dans un figuratif académique. La tête de L’indécis, ou de L’Impromptu, ou du Dandy (des sculptures en bronze de 2002), sont interprétées presque symboliquement de main de maître. Elles disent d’abord "la personne", avec un "trois fois rien" qui fait tout.

Bas-relief de Claude Abeille, Christ en Gloire, 2011
Bas-relief de Claude Abeille, Christ en Gloire, 2011
© Claude Abeille

Comment le sculpteur s’est-il accommodé d’un mur pour représenter un Christ en Gloire ?

Croyant mais pratiquant peu, Claude Abeille a accepté volontiers de réaliser cette sculpture. Très vite l’idée du bas-relief s’est imposée. Sa place sur ce grand mur monochrome, semblable au Carré blanc sur fond blanc de Malevitch (1918) qui faisait référence à une vision globale du monde, a été décidée de concert avec les architectes. Légèrement placée dans le côté droit et bas de cette toile de béton, la figure du Christ en Gloire semble se diriger vers l’au-delà, selon la religion chrétienne. La tête nimbée au centre, comme le désirait Claude Abeille, semble sortir du mur ou s’y enfoncer pour symboliser l’idée du passage entre les deux mondes. Les mains du Christ tendues vers le haut indiquent le ciel. La main droite avec son avant-bras se détache presque complètement du mur alors que la main gauche semble être déjà passée de l’autre côté. L’idée en est accentuée par les morceaux du pan de cette manche qui semble chuter vers le sol, le long du voile ou du manteau du Christ fragmenté indiquant la direction du monde terrestre, lui même symbolisé par un arc concave dont quelques éléments, tels des morceaux de roches, rappellent par leur volume et un peu leur forme, les fragments du manteau du Christ ici dessiné tout en vagues et plis. On est très loin d’un Christ en Gloire hiératique ou d’une représentation trop matérielle. Claude Abeille raconte dans cette interview, que les représentations du Christ de la Cathédrale Santa Maria Assunta de Torcello, à Venise l’ont inspiré ; comment ? Il n’en dira pas plus. Loin des mosaïques de mille feux de Torcello, la lumière blanche et douce du plâtre accroche le regard.
Cette dynamique dans la composition et sa direction générale anime le grand mur blanc d’un souffle, "divin" pour les uns, mystérieux pour les autres.

Dans cette émission, face à l’œuvre, un Christ de près de cinq mètres de haut en résine, collé sur le mur en lieu et place du cœur, Claude Abeille évoque l’histoire de cette œuvre en cohérence avec ses sculptures habituelles au regard du manteau du Christ et par ce jeu entre absence et présence avec lequel il est en familière compagnie.

Eglise du Rosaire, Mairie des Lilas à Paris.
Eglise du Rosaire, Mairie des Lilas à Paris.
© MDL/Canal Académie

Pour en savoir plus

- Claude Abeille sur le site de l’Académie des beaux-arts

Atelier de Claude Abeille
Atelier de Claude Abeille
© MDL/Canal Académie





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