L’imaginaire musical de Franz Liszt : des oeuvres pour la postérité

Danièle Pistone, correspondant à l’Académie des beaux-arts, rend hommage à Franz Liszt
Danièle Pistone, musicologue reconnue, ne s’est pas fait prier pour rendre hommage à Franz Liszt, le plus européen des compositeurs du XIXe siècle, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance (1811) ! Elle évoque l’imaginaire lisztien et sa réception, en retrait par rapport à celle de Chopin, au XXe siècle. Pourquoi le premier fut-il moins en faveur que le second ? Et pourtant son modernisme est indéniable... Liszt, le plus grand des musiciens romantiques, fut, aussi un précurseur. Serait-il le premier des compositeurs modernes ? Quel accueil le XXI° siècle lui réserve-t-il ?


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : CARR824
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Date de mise en ligne : 6 novembre 2011

Danièle Pistone, correspondant à l’Académie des beaux-arts, est musicologue, professeur à l’université de Paris IV Sorbonne et directeur de l’Observatoire Musical Français. Elle souligne d’emblée que notre vision lisztienne est influencée par notre conception actuelle -pas toujours positive- du romantisme.

Certes, les romantiques Schumann, Chopin et Liszt sont bien présents dans notre société mais on constate un léger retrait, dont « Liszt-romantique » souffre encore plus que Chopin.

Danièle Pistone, musicologue et correspondant de l'Académie des beaux-arts
Danièle Pistone, musicologue et correspondant de l’Académie des beaux-arts

Et Danièle Pistone de préciser : «  Mais n’exagérons rien : toutes les statistiques de 1913 à la fin du siècle, le classe, d’un point de vue quantitatif, à la neuvième place parmi le palmarès des musiciens. Il reste très écouté, mais moins que Mozart, Bach, Beethoven, Chopin, pour ne citer qu’eux. Pourquoi Liszt est-il moins en faveur que Chopin ?Les raisons, bonnes ou mauvaises, sont multiples. D’abord, chez Chopin, tout est toujours parfait. Et je vous mets au défi d’enlever une mesure dans une partition de Chopin, sans que cette musique ne s’effondre. Chez Liszt, parce que le discours est beaucoup plus fragmenté, parce que c’est un homme de théâtre et, enfin, parce que sa musique est animée par beaucoup d’idées, c’est une musique -dirait-on- moins parfaite que celle d’un Mozart ou d’un Chopin.  Et puis le XXe siècle n’était pas ouvert à la dimension sacrée du romantisme lisztien. »

« J’ai eu une vie trifurquée » (Franz Liszt)

Né en Hongrie, Liszt passa la fin de son adolescence et sa jeunesse en France ; puis il vécut entre l’Allemagne, l’Italie et de nouveau son pays natal. Déraciné, ce musicien « de partout » fut, en fait, un musicien « de nulle part » -à la différence de Chopin revendiqué fortement par la Pologne et la France, même s’il ne devint jamais français.

La liaison et la fuite en Suisse de Liszt avec Mme d’Agoult, une femme mariée de laquelle il eut trois enfants, scandalisa les Français.

En Allemagne, Il eut le malheur de plaire à Hitler. C’est encore un problème, aujourd’hui, pour la perception allemande de ses œuvres.

Certes, il est un héros en Hongrie. Les poèmes qui chantent ses louanges sont nombreux mais on remarque qu’ils sont rarement signés des grands auteurs hongrois du XXe siècle.

Virtuosité et modernité

« Liszt fut un virtuose reconnu en son temps mais cela ne dura pas. On sait que la virtuosité n’a pas bonne presse ! poursuit Danièle Pistone. Et pourtant il a écrit dans tous les genres musicaux, alors que Chopin est étroitement lié au piano.

Même sa postérité littéraire est très importante. Il a immensément écrit (toute sa correspondance n’est pas encore complétement éditée) et a fréquenté des milieux très savants ; la princesse Sayn-Wittgenstein, avec laquelle il vécut un grand amour, était une des personnes les plus cultivées de son époque.

Liszt par Nadar
Liszt par Nadar

Si sa virtuosité lui fit du tort, son modernisme le rapproche de nos dernières décennies. »

Le succès des Rhapsodies hongroises, des Préludes et d’autres œuvres triomphantes aux dimensions héroïques du piano-orchestre, atteste d’un récent renouveau d’intérêt pour son écriture d’instrumentiste, caractérisée par beaucoup d’octaves, une habileté digitale extraordinaire, une force d’attaque du clavier qui vient du bras – différente du mécanisme de Chopin.

Liszt, éternel chercheur dans l’écriture musicale, fut encore plus inventif et moderne que Wagner, son gendre.

De ses œuvres ultimes, il disait, à juste titre, qu’elles étaient sans doute conçues pour la postérité : « Ma seule ambition était et serait de lancer mon javelot dans les espaces indéfinis de l’avenir... »

Pour Danièle Pistone, le moment est venu. Cet automne, à la Sorbonne, les thèmes des études en musicologie en témoignent. Un seul exemple : une thèse ne porte que sur les soixante dernières mesures de ses œuvres ultimes.

Liszt est incontournable pour les musiciens et les musicologues du XXIe siècle, souhaitons qu’il remplisse bientôt autant les salles de concert que Chopin.

Écoutez les autres émissions en présence de Danièle Pistone, correspondant de l’Académie des beaux-arts sur Canal Académie

Pauses musicales :

- Franz Liszt : Le grand galop chromatique, Les Préludes

- Michel Philippot : Á la manière de Liszt, 12 variations sur le thème d’Erik Satie, Un sospirinĭo.






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