Cervantes, un hidalgo désinvolte

Un bibliologue pour des bibliophiles
La chronique de Bertrand Galimard Flavigny


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 28 août 2006


Bertrand Galimard Flavigny
Bertrand Galimard Flavigny

« Cervantès a écrit divinement dans la divine langue espagnole, la plus belle qui se parle sous le ciel », affirmait Girault de Saint-Fargeau, auteur d’une Histoire littéraire française et étrangère publiée en 1854. L’éloge n’est pas faible. Mais, le sait-on ? Cervantès n’est pas l’auteur d’un seul livre. Il a composé plus de trente pièces de théâtre ainsi qu’une douzaine de nouvelles.

De Cervantès à nos jours, Bertrand Galimard Flavigny présente la chronique d’un livre universel.

Il est vrai que son personnage Don Quichotte, traduit dans toutes les langues, « est resté sans copie, comme il n’avait point eu de modèle ». Mais Cervantès n’est pas que l’auteur d’un seul livre. Il a composé plus de trente pièces de théâtre. Il a aussi écrit une douzaine de nouvelles traduites en français par l’abbé Saint-Martin et par Lefebvre de Villebrune.

Don Quichotte fait partie de la littérature universelle. Et cela fait quatre cents ans. Dès l’origine, ce fut une révélation. Trente mille exemplaires de l’édition originale de la première partie du El ingenioso hidalgo D. Quixote de la Mancha (Madrid, Juan de la Cuesta, 1605, pet.in-4°) furent vendus en quelques années. Un chiffre considérable pour l’époque. Malgré ce succès, Cervantès gardait sa préférence à Persiles y Sigismunda, un autre de ses romans, qualifiés de « monstrueux » par Ludovic Lalanne, auteur des Curiosités littéraires (P. Paulin, 1845, in-16°). Est-ce la raison pour laquelle Cervantès ne se pressa pas pour achever la suite des aventures de son héros. Un faussaire l’y poussa. En 1614, à Tarragone, un certain Alonzo Fernandez de Avalleneda qui se disait licencié en théologie - on pense qu’il s’agit du moine Fray Allianga - fit paraître une « Suite du don Quichotte » qui ne présentait qu’une lointaine ressemblance avec le style et l’allant de Cervantès. Cette version a été réimprimée un certain nombre de fois, même à Madrid, en 1732 (in-4°) et en 1805 (2 vol.pet-in8°). Le Sage traduisit cette « suite » sous le titre des Nouvelles aventures de D. Quichotte (P. 1716, 2 vol. in-12°). Piqué au vif, Miguel Cervantès reprit la plume et fit paraître la Segunda parte (Madrid, J. de La Cuesta, 1615, pet. In-4°). Il convient de l’ajouter avec la cinquième édition de la première partie (publié par M. J. de La Cuesta, 1608, pet. In-4°) qui contient des corrections importantes et d’importants changements. La première édition des deux parties réunies, Primera y segunda parte del ingeniosos Don Quixote, sortie à Barcelone, chez Seb. Matheoad, en 1617, en 2 vol. pet.- octavo, est, on s’en doute, aussi rare que précieuse. Et les éditions se succédèrent à un nombre qui nous dépasse.

Chez nous, en France, la première partie, traduite par César Oudin, est parue en 1614, titrée Le valeureux Don Quichotte de la Manche, traduit de l’espagnol de Michel Cervantes, à paris chez Jean Fouet, in-octavo) ; la seconde, traduite par François de Rosset, suivit en 1618. Les deux réunies ne seront publiées qu’en 1639 et souvent réimprimées.

Le nombre de traductions de l’histoire de don Quichotte serait aussi important que les illustrations qu’elle a inspirées. En 1677, Filleau de Saint-Martin, faisait paraître en 4 volumes (in-12°) une traduction, « mieux écrite, mais beaucoup moins exacte que celle de César Oudin », affirme le bibliographe Jean-Charles Brunet. Cette version fut à nouveau imprimée « suivant la copie de Paris, chez Claude Barbin », en 1681, en 4 volumes (pet.in-12°, figures) dans le même esprit que les productions des presses des Elsevier, les imprimeurs hollandais d’Amsterdam. Cette même traduction fut reprise encore à Amsterdam pour Mortier, en 1696, et en 5 volumes ( pet. in-12°, figures). On ignore le nom du traducteur du 5° volume, mais Robert de Challes s’est fait connaître pour être l’auteur du 6° imprimé à Amsterdam en 1715 et à Paris, en 1722. Dans les années 1790, Jean-Pierre de Florian (1755-1794) - un neveu de Voltaire - proposa une adaptation assez dans le goût de l’époque, donc peu fidèle et de plus abrégée qui sortit chez Didot, en l’an VII de la république, c’est-à-dire 1799, en 6 volumes dans le petit format in-18. François de Bretonne proposa en 1837, une synthèse assez laborieuse des versions antérieures qui continuaient néanmoins à être réimprimées. Pas une année sans que l’on ait vu apparaître une nouvelle édition de Don Quichotte dont certaines ne manquent pas d’une certaine allure.

Charles Coypel réalisa, pour le compte du duc d’Antin, vingt-huit cartons pour quinze tapisseries sur le thème de Don Quichotte, qui furent tissées vers 1717 par les Gobelins sous la direction de Robert de Cotte, architecte du Grand Trianon. Cette série connut un tel succès qu’elle fut remise sur le métier au moins neuf fois avec des variantes jusqu’au seuil de la Révolution. Cette série de Coypel fut copiée par les Italiens. Le thème de Don Quichotte était très prisé en tapisseries car il permettait une grande variété de scènes (extérieurs, intérieurs, batailles, genres, etc.). Des manufactures française, belges et même napolitaines s’en donnèrent à cœur joie.

La première traduction satisfaisante serait celle de Louis Viardot, Don Quichotte de la Manche, traduction nouvelle par... chez J.J.Dubochet, en 1836 et 1837, en 2 volumes in-octavo. Cette édition comporte 800 vignettes de Tony Johannot, l’illustrateur qui sans doute, a le mieux compris le texte de Cervantès. Nous ne sommes pas là pour juger toutes les traductions françaises, d’hier, d’aujourd’hui et à venir des aventures de Don Quichotte. D’autant plus qu’on en compte environ quatre-vingt. Sachons néanmoins que le texte de Viardot est aussi celui qui fut illustré par Gustave Doré, qu’Hachette publia en1863, en 2 volumes in-folio. Cette édition comprend 2 frontispices, 118 planches sur Chine collé et 257 vignettes dans le texte, gravées sur bois par Pisan. La renommée de Doré a beaucoup fait pour cette édition, alors que certains lui reprochent d’avoir accentué l’aspect grotesque de l’hidalgo. George Sand qui avait acheté un exemplaire de cette édition pour ses petits enfants, n’était pas de cet avis, elle écrivit à Doré, le 31 décembre 1863 : « ...Je vous dois, non pas seulement de doux instants, mais une impression profonde et durable qui se lie en moi à l’aspect et au sens du chef d’œuvre de Cervantès ».

Enumérer les différentes illustrations qui ont inspiré le célèbre hidalgo prendrait encore de nombreuses minutes. Au XIXe siècle, outre Johannot et Doré, Célestin Nanteuil, Bouchot et Demoraine, J.J Grandville, Bertall et Forest s’y sont aussi essayé. On en compte une dizaine au moins pour le vingtième siècle : Daniel Vierge, Gus Bofa, Berthold-Mahn, Dubout, Jacques Touchet, Louis Jou, Georges Regnault, Henry Lemarié, Decaris, etc. On peut encore citer celles de Dali qui ne présentent pas un grand intérêt. Et encore moins celle de Chirico pour une version italienne, considérée par un bibliographe comme « d’une exquise laideur ». L’une des dernières, mérite, en revanche que l’on s’y arrêta. Il s’agit de l’édition illustrée par Gérard Garouste dans la traduction de Gérard Oudin pour la première partie et de François de Rosset pour la seconde, revue par Jean Cassou, chez Diane de Selliers, en 1998, 2 volumes. Garouste a composé 150 gouaches et 126 lettres ornées. Ici, tout est neuf et nouveau. Ce Don Quichotte ne ressemble à aucun autre. L’humour et la force du texte s’allient à celle du peintre pour traduire « l’humeur donquichottesque » dont aucun siècle ne s’est détourné.

Pour en savoir plus :

. Bertand Galimard Flavigny






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