Cent Mille Dollars au soleil, le western à la française par Henri Verneuil, de l’Académie des Beaux-Arts

Quand Belmondo et Ventura jouent les camionneurs aux gros bras...La chronique cinéma de Gauthier Jurgensen
Des gros camions, des hommes un tantinet machos et une course poursuite effrénée dans les décors du Sahara ; voici les ingrédients de Cent Mille Dollars au soleil, le film d’Henri Verneuil. Gauthier Jurgensen revient sur la sortie en DVD de ce western à la française, dans lequel s’affrontent Belmondo et ventura.


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Émission proposée par : Gauthier Jurgensen
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Date de mise en ligne : 13 novembre 2011
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Henri Verneuil ne fût membre de l’Académie des Beaux Arts que durant trois années, de 1999 à sa mort, en 2002. C’est le cinéaste Régis Wargnier qui occupe, aujourd’hui, son fauteuil.

D’origine arménienne, Achod Malakian est né en Turquie en 1920, et il n’a que quatre ans quand sa famille se réfugie en France. Il y devient Henri Verneuil, se lance dans des études d’arts décoratifs, puis se consacre au journalisme. Au début des années 50, il s’est déjà essayé au court métrage. C’est ainsi qu’il est repéré par une star française : Fernandel. Marseillais comme Verneuil, Fernandel lui fait réaliser deux films : La Table-Aux-Crevés et Le Fruit Défendu.

Verneuil, c’est la fidélité. Dans la même décennie, Fernandel et lui tourneront ensemble pas moins de huit films, jusqu’au plus grand succès du cinéaste : La Vache et le prisonnier qui compte près de neuf millions d’entrées à ce jour. C’est en tournant avec Fernandel qu’une complicité naît entre Verneuil et Françoise Arnoult. Il feront cinq films ensemble, qui amèneront le réalisateur à rencontrer Gabin, qu’il fera jouer à quatre reprises.

Dans un de ces films, Gabin donne la réplique à Belmondo, qui sera dirigé par Verneuil sept fois. Dans Cent Mille Dollars au soleil, par exemple, puisque c’est le film dont nous parlons ici.

Avant cela, n’oublions pas de dire un petit mot de la carrière internationale d’Henri Verneuil : il a fait équipe avec les plus grandes stars masculines : Anthony Quinn, Yul Brynner, Charles Branson ou encore Henry Fonda et Dirk Bogarde dans La Vingt-cinquième heure, La Bataille de San Sebastian et Le Serpent. Qui dit mieux ?

C’est le film à sketchs La Française et l’amour qui réunira Henri Verneuil et le dialoguiste Michel Audiard pour la première fois. Ils feront ensuite sept longs métrages ensemble, dont ce fameux Cent Mille Dollars au soleil, et ne cesseront de donner à Jean-Paul Belmondo ses meilleurs dialogues.

Dans son « Guide des films », Jean Tulard, de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, écrit à propos de Cent Mille Dollars au soleil : « Du cinéma du samedi soir. Bien fait, mais vite oublié ».

On peut, en effet, prendre le film à la légère. Il raconte l’affrontement entre deux camionneurs : Marek, interprété par Lino Ventura, est chargé par son patron de rattraper Rocco, qui a volé un camion contenant une mystérieuse cargaison. A travers le Sahara, tous deux s’engagent dans une poursuite impitoyable. L’histoire n’est pas des plus sophistiquées. Ajoutons à cela que les femmes ne sont bonnes qu’à faire la cuisine et que les Africains sont présentés comme de vulgaires marchands qu’on peut flanquer à la porte de leurs propres établissements à grands coups de pied. D’ailleurs, ils sont poltrons, ne comprennent pas les mots d’esprit et ne savent pas réparer un camion comme il faut !

Et pourtant, le film d’Henri Verneuil surmonte ces indéniables défauts. D’abord, grâce à ses dialogues. Tout amoureux d’Audiard ne résistera pas au charme de la réplique : « Les canards, c’est con, mais ça fait cossu ». Ensuite par son jeu d’acteur, car le réalisateur s’efface volontiers derrière la complicité et l’efficacité de ses comédiens. Mais là où le film fait surtout mouche, c’est dans son ambition d’offrir un spectacle inédit.

Il y a des mélodrames, des films de science-fiction, des thrillers, des contes sociaux… et il y a aussi des films de gros camions. Souvenez-vous du Salaire de la peur, d’Henri-Georges Clouzot, ou encore de Duel, de Steven Spielberg ! Cent Mille Dollars au soleil est un joyau de ce style viril, où de vrais machos conduisent des engins massifs ; mais avec une touche de western à la française en plus.

Pour les besoins du film, Henri Verneuil est allé chercher au Maroc un paysage qui nous manque en France, afin de faire référence au plus américain des genres cinématographiques. Il tourne en format 2:35, celui qui a été précisément inventé pour faire des plans de grand ensemble et filmer l’immensité des espaces.

Grâce à cela, ces convois de marchandises peuvent nous faire penser au bétail que John Wayne guidait à travers le Far West dans La Rivière Rouge d’Howard Hawks. Il est justement question de western dans un échange entre Belmondo et Ventura, quand Rocco reproche à Marek de « jouer les shérifs ». Comme prévu, ils se retrouveront tous les deux dans un duel final, au bout de leur course-poursuite, à l’heure la plus chaude de la journée.

D’ailleurs, ce ne sont pas eux, les personnages principaux de ce film, mais leurs camions, tout comme les cow-boys n’étaient rien sans leurs chevaux. Comme en témoigne le tout premier plan : le paysage désertique est envahi par l’arrivée d’un énorme poids lourd qui se rapproche de la caméra et qui traverse l’espace, imperturbable, en barrant même la route à quelques autochtones.

Cent Mille Dollars au soleil est un film à grand spectacle, populaire, comme l’est toute l’oeuvre d’Henri Verneuil. Il s’inscrit dans une démarche moins intellectuelle que les réalisateurs dont j’ai parlé dans d’autres émissions. Mais nous aurions bien tort de le bouder pour si peu. Le cinéaste a d’ailleurs réalisé un diptyque testamentaire, une œuvre plus personnelle, en signant Mayrig et 588 rue Paradis en 1991, où il romance ses souvenirs de jeunesse.

Ses films sont disponibles à la vente, mais dans des éditions assez sommaires, pour la plupart. Sauf notre Cent Mille Dollars au soleil, rénové par les soins de la Gaumont en 2008, qui est sorti dans une copie haute définition. On y trouve également d’amusants bonus : un témoignage d’un quart d’heure de Claude Pinoteau, assistant réalisateur sur le film, ainsi que des éléments de décryptage concernant les dialogues d’Audiard.

La jaquette promet aussi un livret de vingt pages que je n’ai jamais trouvé, mais vous aurez sans doute plus de chance que moi. En attendant, bonne séance, et n’oubliez pas : allez au cinéma !

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