Les mots des religions « l’ange »

Un mot du christianisme avec Sylvie Barnay
Qu’est-ce qu’un ange ? Qu’elles sont les grandes étapes historiques de l’angélologie occidentale ? Tous les chrétiens croient-ils aux anges ? Et l’ange gardien ? A toutes ces questions, l’historienne Sylvie Barnay, chargée de cours à l’Institut catholique, apporte une réponse précise.


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Émission proposée par : Sylvie Barnay
Référence : TOR019
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Date de mise en ligne : 1er juin 2006

L’ange (du grec aggelos) «  désigne étymologiquement le « messager » de Dieu. En Occident, les anges sont perçus comme des êtres intermédiaires entre ciel et terre, médiateurs et intercesseurs. L’image que l’homme se fait des anges est tributaire de la vision biblique. Dans la Bible, les anges sont fortement présents. Dans l’Ancien Testament, ils forment la cour céleste, ils sont les messagers de la volonté de Dieu, les recteurs des éléments cosmiques. Les angélophanies bibliques ou apparitions des anges sont nombreuses : hospitalité d’Abraham, échelle de Jacob, lutte de Jacob avec l’ange etc... Dans le Nouveau Testament, les anges sont surtout les annonciateurs des grands mystères du christianisme, l’Incarnation et la Résurrection. Les Actes des Apôtres soulignent aussi la familiarité des anges avec les hommes : ils rappellent les disciples à leur mission, ils donnent des avertissements salutaires, ils sauvent de la prison ou de la mort... Dans l’Apocalypse, ils annoncent la venue du Royaume...

La doctrine sur les anges

C’est à la fin de l’Antiquité tardive que l’Eglise fixe sa doctrine sur les anges. Elle doit alors faire face à deux dangers : les spéculations gnostiques sur les êtres spirituels envoyés et médiateurs du salut ; la vénération populaire pour des entités invisibles souvent assimilées aux astres. La réflexion théologique sur les anges commence au IIIe siècle. Mais c’est surtout saint Augustin (354-430) qui fournit le premier pilier d’une tradition angélologique médiévale. Il établit en effet la nature spirituelle des anges, leur création au premier jour de la Genèse. Il expose leurs fonctions : veilleurs, gardiens et messagers. Il aborde également l’angélologie sous l’angle d’une théorie de la connaissance en développant une conception angélique du Fiat lux de la Genèse qui va servir de base à toutes les doctrines ultérieures. Les anges sont alors assimilés à la lumière créée issue du Verbe, ils ont accès à une connaissance matutinale des êtres et des choses dans l’incréé et voient la création matérielle transfigurée dans la lumière divine. Augustin met aussi en valeur la correspondance profonde qui unit les anges et les hommes : les deux créatures sont créées à l’image de Dieu, mais l’une est spirituelle et l’autre corporelle.

Une hiérarchie céleste

L’étape doctrinale suivante est celle que représente la traduction en latin des œuvres de Denys l’Aréopagite, auteur syrien du VIe siècle. Il est le premier à établir l’idée d’une hiérarchie des anges. Organisés en rangs célestes, les anges occupent l’ensemble de l’espace céleste. Ils font irradier la lumière divine. Les anges se répartissent en trois triades de trois chœurs (ce sont les neuf chœurs angéliques) : Séraphins, Chérubins, Trônes ; Dominations, Puissances, Vertus ; Principautés, Archanges, Anges. Au mouvement descendant de la diffusion de la lumière par les trois chœurs des anges répond le mouvement ascendant de purification, d’illumination et d’union mystique de l’homme à Dieu. Ainsi le Moyen Age se trouve placé sous la double autorité d’Augustin et du Pseudo-Denys en matière d’angélologie.

Le développement de la dévotion aux anges en Occident est étroitement lié à celui du monachisme. Saint Benoît emploie l’image de l’échelle de Jacob pour signifier les degrés de l’ascension mystique. Les anges sont des êtres spirituels présentés comme des modèles de la vie monastique. En les imitant, les moines deviennent à leur tour des hommes angéliques. Ils touchent le ciel et aident l’humanité à y accéder. Ils sont aussi les gardiens des sanctuaires.

La haute figure de saint Michel garde ainsi les sanctuaires de l’Occident. A partir de 813, il est promu comme gardien et protecteur de l’Empire. Il est aussi considéré comme un véritable « double » du Christ, combattant victorieux contre le démon, protecteur du peuple chrétien, conducteur des âmes, artisan du jugement dernier, introducteur des élus au Paradis. Le rôle des anges est également de plus en plus assujetti à l’image d’un Christ souffrant, comme en témoigne la vie de saint François d’Assise (+1226). En prélude à sa stigmatisation, il a la vision d’un séraphin crucifié qui combine la figure de l’ange le plus élevé dans les hiérarchies célestes et la figure du Christ de la Passion.

La dévotion à l’ange gardien individuel semble issue de la dévotion aux anges protecteurs des lieux de culte et de la puissante figure du gardien collectif qu’est saint Michel. Cette dévotion prend son essor au XIe siècle, mais s’amplifie à la fin des siècles du Moyen Age, en se diffusant largement dans la piété des laïcs. L’ange gardien n’est pas considéré comme un maître intérieur, mais comme un conseiller, un protecteur, un intercesseur dont la mission ne s’arrête pas au seuil de la mort. Il aide notamment l’âme à combattre contre le démon, ainsi que le montre au XVe siècle, « l’art de bien mourir ». Son action se prolonge aussi dans l’au-delà : avec la diffusion du Purgatoire, l’ange individuel est amené à agir en faveur de son protégé pour soulager ses souffrances et susciter les suffrages des vivants. Dans son effort pour définir et canaliser la dévotion rendue aux anges, l’Eglise se heurte également très tôt au problème des pratiques théurgiques, visant à utiliser des prières secrètes pour faire apparaître les anges. Le concile de Latran IV (1215) a rappelé avec force le libre arbitre des anges.

L’ange dans l’art

L’art ne cesse de représenter les anges. Ils y sont les musiciens de Dieu. Ils tiennent les instruments de musique entre leurs mains pour rappeler à l’homme que leur langage est celui de la musique. Leur présence emplit de beauté l’iconographie : Cimabue, Giotto, Fra Angelico... animent l’espace pictural de leur bruissement d’ailes. Ils rappellent que les anges sont au milieu des hommes comme le dit la liturgie qui les prie de « garder, réconforter, protéger, visiter et défendre » les hommes.






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