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La littérature comparée : Qu’est-ce-que la Littérature générale et comparée ? (1/11)

Le comparatiste Pierre Brunel invite Sylvain Menant : première émission d’une série animée par Anne Jouffroy
Le comparatiste Pierre Brunel ouvre sa série sur la Littérature comparée avec Sylvain Menant, son invité pour cette première émission. Les « parallèles littéraires » ne sont pas nouveaux, certes. Mais la « littérature générale et comparée », qui étudie les échanges littéraires internationaux, leurs sources, leurs motifs, leurs influences réciproques, ne devint une discipline universitaire qu’au XIXe siècle. Quel est l’historique de la Littérature comparée ? Pourquoi cette dénomination ? Quels en furent les initiateurs, les théoriciens ?


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : RC534
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/rc534.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 11 septembre 2011


Le point de vue de la comparaison au XIXe siècle

À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, on se mit à tout comparer. Ce fut une mode - pour ne pas dire une manie ! (ouvrages de comparaisons scientifiques, morales, etc.) Un seul exemple : L’Essai sur les Révolutions de Chateaubriand a failli s’appeler Histoire des Révolutions comparées.
Tout au long du XIXe siècle, dans l’enseignement supérieur français, on parlait de « littérature étrangère », au singulier ou, parfois, au pluriel (1830 : première chaire de « Littérature étrangère » à la Sorbonne). Le changement de dénomination officielle se produisit en France au début du XXe siècle (1925 : première chaire de « Littérature comparée » à la Sorbonne). Etiemble (1909-2002), grand connaisseur des langues orientales, introduisit la réflexion sur la nouvelle appellation dans les années 1960-1970 : « Littérature générale et comparée ». Un de ses nombreux ouvrages participa à cette nouvelle dénomination : Essais de Littérature (vraiment ) générale, (1974).

Claude Fauriel, un père fondateur

Claude Fauriel (1772-1844), de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, est considéré par les comparatistes comme véritablement le fondateur, en tant qu’universitaire, de leur discipline.
Fauriel, prêtre avant 1789, fut un ardent révolutionnaire. Après la Révolution il eut des fonctions officielles puis se trouva titulaire en 1830 de la première chaire de Littérature étrangère.
Parmi ses assistants comparatistes, deux d’entre eux eurent une carrière universitaire remarquable : Philarète Chasles (1798-1873) et Fréderic Ozanam (1813-1853), figure emblématique des littératures étrangères.
Philarète Chasles, fut bibliothécaire à la Bibliothèque Mazarine de 1837 à 1873 et professeur au Collège de France. Il permit au public français de mieux connaître la littérature britannique.

Paul Hazard, un des plus grands comparatistes français

Paul Hazard (1878-1944), de l’Académie française, fut un des fondateurs, d’une part de la Littérature comparée en France, et, d’autre part des Études modernes sur le XVIIIe siècle. Il renouvela complètement notre vision sur les trente dernières années du règne de Louis XIV, en France et en Europe, par la confrontation des littératures nationales. Ses rapprochements littéraires permirent, en effet, de mieux comprendre comment la pensée et les idées évoluèrent.
Dans son œuvre principale La Crise de la Conscience européenne, 1680-1715, il s’attacha à étudier une époque de comparaison foisonnante. Le monde français s’ouvrit alors à l’examen des concepts, des morales, des idées politiques et artistiques, dans les pays voisins. La circulation des idées amena à des comparaisons continuelles entre la France, l’Angleterre, l’Italie, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Russie.
Un homme nouveau apparut : grande curiosité pour les mondes extérieurs et développement du doute – qui portait sur les questions religieuses, les comportements moraux, les liens sociaux, les interdits de toutes espèces. Une vague de doute extrêmement troublante déferla. L’« honnête homme » moderne apprit à assumer et dépasser ce doute. Le livre posthume de Paul Hazard La Pensée européenne au XVIIIe siècle de Montesquieu à Lessing, atteste qu’il fut un grand érudit, un grand chercheur et un homme de conviction.
Il sut rassembler non seulement des résultats fascinants mais aussi des matériaux qui feront travailler longtemps ses successeurs.
Avec Fernand Baldensperger, Paul Hazard fonda le Revue de littérature comparée en 1921, à laquelle s’adjoignit une collection, la « Bibliothèque de la Revue de littérature comparée » qui, en 1939, comptait plus de cent-vingt volumes.

Fernand Baldensperger et Balzac

Orientation étrangère dans l’œuvre d’Honoré de Balzac, l’ouvrage que Fernand Baldensperger (1871-1958) écrivit en 1927, montra les univers culturels de Balzac et sa postérité dans la littérature russe. Dans ses débuts littéraires Balzac fut influencé par Walter Scott. Il subit, par ailleurs, une sorte de tentation des Mille et une nuits. Baldensperger précisa encore l’importance de Dante pour notre romancier français, ainsi que les correspondances entre son œuvre et celles des écrivains allemands (Goethe, Hoffmann) et ceux de l’Europe de l’Est. L’élan donné au roman par Balzac inspira Tolstoï, Dostoïevski, Tourgeniev. Le nouveau roman russe, en retour, révéla à l’opinion française les richesses intellectuelles et spirituelles de la Russie. Il marqua une date importante dans l’histoire littéraire et politique de la fin du XIXe siècle.
En établissant ces liens planétaires entre les écrivains, Fernand Baldensperger, considérait – comme tous les comparatistes - que les grandes catégories littéraires dépassent les littératures nationales et ne peuvent être vraiment comprises que par une approche aussi universelle que possible.
Le Roman russe du vicomte Melchior de Voguë (1848-1910), de l’Académie française, illustra, lui aussi, l’apport irremplaçable de chaque littérature nationale au fonds commun de la Littérature. Les travaux comparatistes tissent des liens entre tous les univers culturels, toutes les créations artistiques : musique, opéra, danse, peinture, cinéma, etc.
Dans son ouvrage entièrement consacré à César Franck, Fernand Baldensperger se pencha sur les correspondances entre musique et littérature.



En savoir plus :

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Pierre Brunel, directeur des Cours de Civilisation Française de la Sorbonne
Pierre Brunel, directeur des Cours de Civilisation Française de la Sorbonne

Pierre Brunel fut professeur de Littérature comparée à l’Université de Paris IV-Sorbonne et dirigea le département de Littérature française et comparée de 1982 à 1989. Il est l’actuel directeur des Cours de Civilisation Française de la Sorbonne. Il fonda le Centre de recherche en Littérature comparée dont il fut le premier directeur. Il est le président du Collège de Littérature comparée qu’il a fondé en 1995.
Membre de l’Association internationales de Littérature comparée, il est le fondateur et le directeur de plusieurs collections : « Recherches actuelles en Littérature comparée », « La Salamandre » et « Musique et musiciens » avec Xavier Darcos, de l’Académie des sciences morales et politiques.
Il a participé à l’émission Don Juan ou l’éternel mythe moderne (1/5)

-  Sylvain Menant est professeur émérite de Littérature française et comparée à l’Université de Paris IV-Sorbonne, spécialiste du XVIIIe siècle. Il fut directeur du Centre de recherche en Littérature comparée.

- Les pauses musicales choisies par Pierre Brunel rappellent ces concordantes artistiques :
Brahms, 2e mouvement de la Sonate pour violoncelle et piano, opus 99.
César Franck, début du Prélude choral et fugue






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