Et vint Le Cid

par Bertrand Galimard Flavigny
Corneille avait un petit-neveu, Bernard de Fontenelle(1657-1757) qui fut aussi son premier biographe. Il a laissé la fameuse formule : "Pour trouver le grand Corneille, il fallait le lire". Cette émission appartient à la série Le Bibliologue animée par Bertrand Galimard Flavigny.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : PAG100
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Date de mise en ligne : 16 mai 2006

Il fallait le lire...Ce que des générations de lettrés et d’écoliers n’ont pas manqué de faire. Plus rares sont ceux qui ont pu suivre Le Cid dans une impression d’époque. Il ne subsiste plus que seize exemplaires connus dont quatre en main privée de l’édition originale imprimée. Nous en avons vu deux, récemment. Le premier, provenant de la bibliothèque de Charles Hayoit, un bibliophile belge, avait été exposé à la Biennale des antiquaires à Paris, en 2004, et proposé à environ 168 000 €. En saisissant cet exemplaire, nous sentions qu’il avait été apprécié. Un certain Servais y a inscrit son nom avec la date de 1720. On distingue,sur la page de titre, des essais de plume dont l’un pourrait représenter un arbre, à l’imitation de "la Palme" enseigne du libraire qui figure dans une vignette gravée sous le titre. On lit enfin, une indication : "commencé le 30 juin 1756". Le second, provenant de la bibliothèque Roger Hild, a été adjugé, le 7 avril 2006, à Drouot pour la somme de 249 879 €. Il est, également relié en velin d’époque et est conservé dans une boîte en maroquin exécuté par Madame Alix, un relieur renommé. Nous devons également préciser que quelques feuillets liminaires ont été anciennement restaurés, avec reprises à la plume de plusieurs mots.

Ces deux exemplaires de l’édition originale du Cid, ne mentionnent pas la même adresse bibliographique. Le premier indique Augustin Courbé, le 24 mars 1637, le second chez François Targa, le 23 mars 1637. Il ne faut pas s’en étonner. Les pièces de théâtre étaient d’ordinaire publiées en éditions partagées entre plusieurs libraires. Seule l’adresse de la page du titre était modifiée au moment de l’impression. "Les deux éditions présentant des variantes de texte dont l’étude, en l’absence du manuscrit, ne peut donner d’indication absolue quant à l’antériorité de l’une ou de l’autre", explique Me Michel Dubos, un bibliophile cornélien, qui penche naturellement pour celle de Targa, que les bibliophiles préfèrent. Cette petite journée explique la différence de prix que nous venons de mentionner.

Mais les bibliographies ont tranché, Courbé est le premier dans le temps. Il faut savoir, en effet que Corneille avait déjà une idée de la diffusion. Il faisait imprimer ses livres pour Maurry, dans la rue aux juifs à Rouen et en confiait la vente à plusieurs libraires à Paris. C’est la raison pour laquelle on voit sur les pages de titres, ces doubles mentions.

Passons maintenant à la deuxième édition in-quarto du Cid qui pourrait prêter à confusion car, à l’adresse de François Targa, elle est datée du 24 mars 1637. Quant à la première édition dans le format in-12, plus commun, elle porte les deux adresses : chez François Targa et Augustin Courbé, toujours en 1637.

Tout cela semble bien subtil, mais sans ces différences, le bibliologue n’aurait rien étudier et les bibliophiles ne ressentiraient pas l’excitation du collectionneur.

Et d’où vient le Cid que nous savons avoir été un héros de la Reconquista espagnole ? Au XVII ème siècle, la longue migration des marranes vers les provinces unies, via Bayonne, puis Bordeaux, Lyon d’un côté et Rouen de l’autre, a fait de ces villes des centres très importants de la culture hispanique, notamment dans le domaine de l’édition. L’édition originale des aventures de Don Quichotte (1605) conservée à la bibliothèque municipale de Rouen a, par exemple, appartenu à un marrane. Corneille emprunta son sujet à l’oeuvre de Guilhem de Castro, la Mocedades del Cid, qui date de 1621, dont il n’existait pas de traduction française.

La première du Cid a eu lieu le 6 décembre 1636, avec un succès immédiat. Suivirent aussitôt deux représentations officielles, l’une au Louvre, l’autre au Palais-Cardinal. Richelieu n’apprécia pas. Il conçut "une jalousie enragée contre le Cid à cause que ses cinq auteurs n’avaient pas trop bien réussi", devait noter Tallemant des Réaux dans ses Historiettes. On se souvient aussi des propos tenus par Boileau, dans la Satire X : "En vain contre le Cid un ministre se ligue. Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. L’Académie en corps a beau le censurer, le public récolté, s’obstine à l’admirer". Boileau faisait aussi allusion aux Sentiments de l’Académie sur le Cid, imprimé par Camusat, en 1638, rédigés principalement par Jean Chapelain (1595-1674) qui était sa cible favorite. Bref, la "querelle du Cid" n’entacha pas la carrière de Corneille.






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